Le coût caché de la politique israélienne d’occupation

Chris McGreal à Jerusalem, lundi 21 mars 2005

Chris McGreal à Jéru­salem, Le Guardian, ven­dredi 25 février 2005. Les Israé­liens paient un prix social et écono­mique élevé - rarement admis - pour une occu­pation de près de dix ans, affirme un rapport com­mandé par OXFAM [1] et publié aujourd’hui.

Le rapport affirme que les dépenses mili­taires, le coût de la construction des colonies juives à des fins d’appropriation de la terre des Pales­ti­niens, l’effondrement du tou­risme et d’autres entre­prises à cause des deux inti­fadas ont miné l’économie et accru la pau­vreté dans des pro­por­tions considérables.

Le rapport émanant du Centre Adva de Tel Aviv, qui suit les ten­dances sociales et écono­miques, conclut que les consé­quences en sont plus pro­fondes, biaisant la poli­tique israé­lienne et créant une société encore plus divisée.

On y lit : "La seconde Intifada a frappé durement Israël, pro­vo­quant un arrêt de la crois­sance écono­mique, un abais­sement du niveau de vie, une dété­rio­ration des ser­vices sociaux, un affai­blis­sement des aides et pro­tec­tions sociales ainsi qu’un accrois­sement et une aggra­vation de la pauvreté."

"Ce prix … place les 37 années d’occupation dans une pers­pective radi­ca­lement nou­velle." L’occupation qui a pro­voqué la mort de 4 000 per­sonnes des deux côtés, a en outre entraîné une insta­bilité de plus d’une décennie, incluant la chute de cinq gou­ver­ne­ments et l’assassinat de Yitzak Rabin.

Au cours des vingt pre­mières années qui sui­virent l’occupation de la Cis­jor­danie par Israël, le coût fut rela­ti­vement modique. Les Ter­ri­toires Occupés étaient contrôlés par un petit nombre de soldats et le gou­ver­nement faisait un minimum d’investissements dans les zones palestiniennes.

Israël béné­fi­ciait d’un marché captif pour ses mar­chan­dises et d’une main d’œuvre exploitée. De fait, le gou­ver­nement forçait les Pales­ti­niens à sub­ven­tionner l’occupation en pré­levant sur eux 250 mil­lions de dollars [2] de contri­bu­tions pour la sécurité sociale alors qu’il les empê­chait de béné­ficier de pen­sions de retraites et d’allocations familiales.

Mais Israël a effec­ti­vement dépensé des mil­liards de livres sterling pour construire des colonies qui, selon le rapport, imposent une charge écono­mique énorme en termes de sub­ven­tions et de défense. Le coût est dif­ficile à chiffrer, en partie parce que le budget du Ministère de la Défense est secret. Mais depuis 1967 le gou­ver­nement a ajouté 6,5 mil­liards de dollars à ses dépenses mili­taires ordi­naires en raison « d’évènements dans les Territoires ».

« C’est de l’argent qui a été détourné du pro­gramme social interne », dit l’auteur, Shlomo Swirski.

Il y a deux coûts prin­cipaux. Le premier est tout sim­plement le coût écono­mique, en par­ti­culier la baisse de PIB résultant des pertes subies par le tou­risme, etc. Le second est plus important, parce qu’il est à long terme. C’est l’abandon de l’objectif visant à édifier une société où la majorité de la popu­lation appar­tien­drait aux classes moyennes.

Le coût de la der­nière Intifada a été par­ti­cu­liè­rement élevé. L’économie est passée d’un taux de crois­sance de 8% en 2000 à un taux avoi­sinant à peine 1% trois ans plus tard parce que les inves­tis­se­ments étrangers ont accusé une chute libre et que le tou­risme s’est effondré. Les budgets des ser­vices sociaux, de la santé et de l’éducation ont été lour­dement amputés.

Leur effet cumulé peut pro­ba­blement être comparé aux chan­ge­ments struc­turaux qui se sont pro­duits dans les pays de l’Est à la suite de l’éclatement de l’Union sovié­tique, ou aux chan­ge­ments struc­turaux imposés par les ins­ti­tu­tions finan­cières inter­na­tio­nales aux pays qui ont subi des crises finan­cières graves.

Comme le chômage a aug­menté de même que la pau­vreté, de nom­breux avan­tages sociaux ont été dras­ti­quement réduits, y compris une dimi­nution de près d’un tiers des revenus d’assistance aux pauvres et aux mères isolées. « Le résultat le plus tan­gible a été la mul­ti­pli­cation des soupes popu­laires et des asso­cia­tions pro­posant des « articles d’occase », ce qui était aupa­ravant inconnu en Israël sauf dans les com­mu­nautés juives ortho­doxes, indique le rapport.

Le coût ne va pas cesser de s’alourdir même lorsque Israël évacuera la bande de Gaza, versera des indem­nités aux colons et déman­tèlera peut-​​être d’autres colonies en contre-​​partie d’un accord final avec les Palestiniens.

Un coût très lourd à payer

- Des dépenses mili­taires sup­plé­men­taires s’ajoutant au budget normal de la défense pour faire face à la résis­tance pales­ti­nienne depuis le début de la pre­mière Intifada en 1987 : 6, 5 mil­liards de dollars.

- Coût de la construction des colonies juives dans les Ter­ri­toires Occupés : 10 mil­liards de dollars

- Coût de la construction du Mur en Cis­jor­danie : plus de 1 mil­liard de dollars

- Esti­mation des indem­nités versées par le gou­ver­nement aux Israé­liens blessés par suite du conflit pour la seule année 2003 : 230 mil­lions de dollars

- Esti­mation de perte de PIB de 2000 à 2004 : entre 7 et 12 mil­liards de dollars

- Crois­sance écono­mique : 2000 : +5,2 % PIB par habitant 2003 : -0,5 % PIB par habitant

- En 2003 : 19,2% des Israéliens vivaient sous le seuil de pauvreté.

[1] OXFAM : Oxford Com­mittee for Famine Relief

[2] 190,7 mil­lions d’euros