Le comité de suivi arabe, un alibi pour les modérés

Aliaa Al-​​Korachi, dimanche 8 août 2010

Cette ins­tance de la Ligue arabe qui a prôné, en toute sur­prise, le retour aux négo­cia­tions directes, constitue une cou­verture pour l’Autorité pales­ti­nienne et les Etats dits pragmatiques.

« Il a dépassé ses pou­voirs … Il a même dépassé les pou­voirs du Conseil minis­tériel de la Ligue arabe … Il a dépassé toutes les ins­ti­tu­tions palestiniennes … ».

Des accu­sa­tions diverses qui ont été pointées vers le comité de suivi arabe dépendant de la Ligue arabe qui a donné l’aval pour le retour à des négo­cia­tions directes. C’est lui qui a donné aupa­ravant son feu vert pour des négo­cia­tions indi­rectes, et sans aucune raison, voire aucun progrès dans ce dossier, il donne une autre fois son feu vert pour faire passer cette fois-​​ci des négo­cia­tions directes. Une situation jugée ambiguë et pré­ci­pitée d’un comité qui ne possède pas parmi ses attributs de prendre de telle position. Mais quel est le rôle essentiel de ce comité ? Son nom l’explique bien. Intitulé le comité de suivi de l’initiative de paix arabe, ce comité a vu le jour en 2002, suite au lan­cement de l’initiative de paix arabe durant le sommet de Bey­routh. En fait, la décision de former ce comité a été prise par la Ligue arabe suite à des cri­tiques inter­na­tio­nales selon les­quelles le plan de paix arabe a été décidé sans le pré­senter au monde. Il serait alors uni­la­téral. Alors, la mission de ce comité, affichée lors de sa création, a été de mobi­liser et d’activer cette ini­tiative arabe de paix, et ceci à travers des tournées du comité pour faire une pro­pa­gande de cette ini­tiative auprès de l’opinion inter­na­tionale et même celle israé­lienne. En ce temps, les décla­ra­tions des res­pon­sables de la Ligue arabe assu­raient que ce comité n’a le pouvoir ni de prendre des déci­sions, ni de constituer une réfé­rence pour l’Autorité pales­ti­nienne, ni pour le pro­cessus de paix. 13 pays ont été alors choisis parmi les pays de la Ligue arabe pour former ce comité : Qatar, qui est le pré­sident actuel du comité, Egypte, Syrie, Jor­danie, Liban, Palestine, Tunisie, Algérie, Maroc, Bahreïn, Arabie saoudite, Yémen et Soudan, en plus du secré­taire général de la Ligue arabe, Amr Moussa.

8 ans sont passés depuis sa création, et selon les ana­lystes, le bilan est tota­lement négatif.

Pour Emad Gad, le comité a échoué durant toute cette période à accomplir son rôle pour lequel il a été créé : « Oui, il a pré­servé l’initiative arabe, mais seulement en tant qu’un document, mais il n’a pas joué un rôle concret pour la pro­mouvoir. Cette ini­tiative a connu alors jusqu’à présent une négli­gence inter­na­tionale, et même régionale ». Des rares tournées et des réunions qui avaient pour titre de sou­tenir l’initiative, mais sans la moindre efficacité.

Mohamad Abdel-​​Salam, poli­to­logue au Centre des Etudes Poli­tiques et Stra­té­giques (CEPS) d’Al-Ahram, partage ce même point de vue, en ajoutant que « le monde arabe a espéré, lors de la création de ce comité, de mettre en valeur la formule de 2+1+1. C’est-à-dire d’être un pôle actif à côté de la Palestine alors qu’Israël est avec les Etats-​​Unis. Et de jouer un rôle efficace dans les négo­cia­tions comme celui du comité 5+1 de l’Iran ou le comité des 5 pour la Corée concernant les négo­cia­tions sur le dossier nucléaire ». « Ce qui s’est passé est que le comité est resté tou­jours inactif et n’avait même pas enre­gistré le moindre pas », dit Abdel-​​Salam.

Si le comité n’a pas accompli sa mission, il a bien joué un autre. C’est lui qui, aujourd’hui, fournit une cou­verture arabe pour les choix de l’Autorité pales­ti­nienne soumise à des pres­sions amé­ri­caines. Il lève ainsi l’embarras où se trouve Abou-​​Mazen. « Ce comité repré­sente un secours pour le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne en plein conflit avec le Hamas. Celui-​​ci dit à chaque fois qu’il ne va pas prendre de telle position sans l’acceptation du comité de suivi arabe. Et le comité se regroupe pour lui donner son aval. Une fois pour des négo­cia­tions indi­rectes et une autre pour des négo­cia­tions directes ».

Non seulement c’est pour fournir une cou­verture pour Abbass, mais aussi pour les pays de l’axe modéré, aussi sous pression amé­ri­caine, et qui font partie eux aussi de ce comité, comme l’Egypte, la Jor­danie et l’Arabie saoudite.

Selon Gad, le choix des membres de ce comité était de tenir compte que son centre de gravité soit les pays dits modérés. Le seul membre opposant c’est la Syrie, qui repré­sente l’axe du non pour la poli­tique américaine .