Le choix de Rahm Emanuel par Obama douche l’enthousiasme arabe

Alistair Lyon, Reuters, jeudi 13 novembre 2008

Si l’élection de Barack Obama a soulevé des attentes incon­tes­tables au Moyen-​​Orient, où les huit ans de pré­si­dence de George Bush ont déçu, braqué ou révolté Arabes et Ira­niens, le choix de son secré­taire général de la Maison blanche inquiète.

La région avait mis ses espoirs dans une poli­tique plus équi­librée de la part de Barack "Hussein" Obama, mais le pré­sident élu a semé le doute en choi­sissant comme chef de son cabinet Rahm "Israël" Emanuel, repré­sentant juif de l’Illinois, ayant de fortes racines fami­liales dans l’Etat juif.

"Pour des mil­lions d’Arabes qui avaient donné libre cours à leur allé­gresse lors de la monu­mentale vic­toire d’Obama, cette nomi­nation a fait l’effet d’une douche froide après une fête éphémère", écrit mer­credi l’éditorialiste Oussama al Charfi dans le quo­tidien saoudien Arab News.

Aux yeux du journal ara­bo­phone marocain Al Massa, ce choix à un poste clé de la Maison blanche dénote qu’"Israël a le bras long au sein de l’administration d’Obama", tandis que le journal radical iranien Kayhan qua­lifie Emanuel de "sio­niste dis­posant de liens fami­liaux bien établis avec Israël".

Ces pré­ven­tions sem­ble­raient confirmées par le journal israélien Maariv, qui a pré­senté Rahm Emanuel la semaine der­nière comme "notre homme à la Maison blanche" et publié une interview de son père Ben­jamin pré­disant qu’il convertira Obama à la cause israélienne.

"Ce n’est pas un Arabe, il ne va pas cirer les par­quets de la Maison blanche", a-​​t-​​il ajouté, sou­levant par ses propos déso­bli­geants une vive indignation.

"Je suis un Arabe amé­ricain. Je ne veux par être jugé selon des cri­tères eth­niques, mais sur ce que je fais et que je dis", lui a rétorqué le pro­fesseur de science poli­tique Shibley Telhami, en invitant à juger Emanuel "en fonction de ses actes et non pas de son père, de son histoire".

Des préventions exagérées ?

Rahm Emanuel, qui a tra­vaillé dans l’équipe de Bill Clinton, a certes pris dans le passé des posi­tions pro-​​israéliennes, mais il a soutenu le pro­cessus de paix par­rainé par les Etats-​​Unis qui a mené aux accords israélo-​​palestiniens d’Oslo sur la pelouse de la Maison blanche en 1993.

Pour l’analyste David Levy, le poste d’Emanuel ne lui conférera pas une influence pré­do­mi­nante sur la poli­tique proche-​​orientale de Barack Obama. Sa loyauté envers Obama primera et rien dans son passé ne traduit une hos­tilité au pro­cessus de paix.

L’ancien ministre des Affaires étran­gères égyptien Ahmed Mahed estime que c’est Obama qui prendra les déci­sions et pas ses conseillers. Rahm Emanuel l’a confirmé mer­credi à Reuters en affirmant que le pré­sident élu n’avait nul­lement besoin de son influence pour se déter­miner face à Israël, dont il sou­tient la sécurité de façon "ferme et inébranlable".

Les pré­ven­tions arabes contre l’homme char­nière de la Maison blanche ne sont peut-​​être donc pas jus­ti­fiées. Le poli­to­logue israélien Shmuel Sandlet, de l’université de Bar Ilan, va même jusqu’à se méfier de lui. "Il est très proche de la gauche et il me fait plus peur qu’Obama."

Quoi qu’il en soit, plus qu’Emanuel, ce sont le choix du pré­sident élu à la tête du secré­tariat d’Etat et au sein du Conseil de sécurité nationale qui seront éven­tuel­lement pro­bants pour ce qui concerne ses projet dans la région.

En attendant, l’Iran comme son protégé libanais le Hez­bollah semblent ne pas vouloir insulter l’avenir.

Même si Barack Obama s’est pro­noncé pour des sanc­tions ren­forcées contre l’Iran sur le dossier nucléaire et n’a pas exclu en dernier ressort un recours à la force, il s’est aussi dit prêt au dia­logue avec les diri­geants iraniens.

Pour le journal Kayhan Inter­na­tional, "le défi pour Obama est de montrer au monde qu’il est véri­ta­blement prêt à offrir à Téhéran une négo­ciation globale plutôt qu’un big bang".

Quant au chef du Hez­bollah, Hassan Nas­rallah, il s’est voulu prudent sur les chances d’un chan­gement tout en relevant que l’ascendance d’Obama, dont le père était musulman, et la couleur de sa peau sus­ci­taient de l’empathie dans le monde arabe et africain.

"Je ne veux pas anti­ciper les événe­ments, mais la logique veut que nous ne misions pas sur une réduction de l’injustice ou sur une éven­tuelle attitude plus clé­mente ou moins inique que celle de ses pré­dé­ces­seurs", a tou­tefois ajouté Nasrallah.

Version française Marc Delteil