Le blocus israélien est maintenu à Gaza, où les cou­pures d’électricité se multiplient

Le Monde et Libération, dimanche 20 janvier 2008

La bande de Gaza, placée sous blocus total par Israël depuis jeudi, était frappée par d’importantes cou­pures d’électricité, dimanche 20 janvier.

Celles-​​ci risquent de s’aggraver avec l’arrêt pro­bable de l’unique cen­trale du ter­ri­toire, en raison de la pénurie de car­burant. Si la cen­trale arrête de fonc­tionner, seule la moitié de la bande de Gaza sera couverte.

Les cou­pures de courant, fré­quentes depuis qu’Israël a déclaré le ter­ri­toire "entité hostile" après la prise de contrôle du Hamas, se sont empirées quand que Tel-​​Aviv a cessé les four­ni­tures de car­burant, de pro­duits ali­men­taires et huma­ni­taires, en riposte aux tirs de roquettes pales­ti­niennes. La plupart des quar­tiers de la ville de Gaza – où vivent plus de 400 000 per­sonnes – sont privés de courant, alors que les stocks de gaz domes­tique et ceux de fuel étaient épuisés.

Selon des chiffres fournis par des res­pon­sables pales­ti­niens et israé­liens, la bande de Gaza consomme 200 méga­watts, dont 120 sont direc­tement fournis par Israël, 17 pro­viennent d’Egypte et 65 sont pro­duits par la cen­trale locale. "C’est un système très fragile, explique Sari Bashi de l’ONG israé­lienne Gisha, qui souffre depuis plu­sieurs mois en raison du bou­clage. Chaque nouveau coup a des effets sur les hôpitaux, sur l’eau ainsi que les habitations".

"Punition collective"

Le gou­ver­nement israélien a décidé de main­tenir le blocus sur le ter­ri­toire lors d’une réunion des ministres, dimanche. "Nous rendons plus dif­ficile la vie quo­ti­dienne à Gaza, nous visons des éléments ter­ro­ristes et nous essayons de montrer à la com­mu­nauté inter­na­tionale que nous épuisons toutes les options avant de décider d’une vaste opé­ration", a affirmé le ministre de la défense israélien, Ehoud Barak.

La décision des auto­rités israé­liennes inter­vient alors que les appels à reprendre les appro­vi­sion­ne­ments, pour éviter une crise huma­ni­taire, se sont mul­ti­pliés ces der­niers jours. Parmi eux, celui de l’Unrwa, l’agence de l’ONU pour les réfugiés à Gaza, qui a mis en garde contre contre les "effets dévas­ta­teurs" de la pour­suite du blocus. "Priver les gens de choses fon­da­men­tales comme l’eau revient à les priver de la dignité humaine. Il est dif­ficile de com­prendre la logique qui consiste à faire souffrir des cen­taines de mil­liers de per­sonnes pour rien", a lancé son porte-​​parole, Chris­topher Gunness. Le secré­taire général adjoint de l’ONU aux affaires huma­ni­taires, John Holmes, a pour sa part dénoncé une "punition col­lective visant la popu­lation de Gaza".

Samedi, au moins deux membres du Hamas ont été tués au cours d’un raid aérien israélien dans le nord de la ville de Gaza, portant à 36 le nombre de Pales­ti­niens tués depuis le 15 janvier.

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Voir également Libération :

Israël maintient le blocus de la bande de Gaza

Consé­quence des opé­ra­tions israé­liennes, les impor­tantes cou­pures d’électricité risquent de s’aggraver avec l’arrêt de l’unique cen­trale du ter­ri­toire en pénurie de car­burant.

La bande de Gaza, placée sous blocus total par Israël en repré­sailles aux tirs de roquettes pales­ti­niennes, était frappée dimanche par d’importantes cou­pures d’électricité ris­quant de s’aggraver avec l’arrêt de l’unique cen­trale du ter­ri­toire en pénurie de car­burant. Lors de sa séance heb­do­ma­daire, le cabinet israélien a décidé dimanche de main­tenir le blocus décidé la semaine der­nière malgré les appels inter­na­tionaux, notamment des Nations unies, pressant Israël de reprendre les appro­vi­sion­ne­ments pour éviter une crise humanitaire.

Depuis jeudi soir, Israël a cessé les four­ni­tures de car­bu­rants, de pro­duits ali­men­taires et huma­ni­taires à Gaza, un ter­ri­toire pauvre abritant environ 1,5 million d’habitants entiè­rement dépendant de l’aide exté­rieure. Dimanche matin, la plupart des quar­tiers de la ville de Gaza -où vivent plus de 400.000 personnes-​​ étaient privés de courant alors que les stocks de gaz domes­tique et ceux de fuel, néces­saire pour le fonc­tion­nement des géné­ra­teurs, étaient épuisés, selon un cor­res­pondant de l’AFP.

La seule cen­trale élec­trique de la bande de Gaza, ali­mentée au fuel et qui fournit jusqu’à 30% de l’électricité au ter­ri­toire, a encore réduit sa pro­duction dans la matinée et pourrait tout sim­plement arrêter sa pro­duction. "Nous avons cessé ce matin la pro­duction d’une des deux tur­bines qui fonc­tion­naient encore. Si nous ne recevons pas de car­burant nous devrons arrêter la der­nière turbine dans la soirée ce qui mettra à l’arrêt total la cen­trale", a affirmé à l’AFP le directeur de la cen­trale Rafiq Mliha.

Selon l’association israé­lienne de défense de droits de l’homme, Gisha, les besoins hivernaux de la bande de Gaza en élec­tricité s’élèvent à 240 méga­watts. Si la cen­trale arrête de fonc­tionner, seule la moitié en sera cou­verte, fournie en majeure partie par Israël. Le gou­ver­nement israélien n’a pas inter­rompu ces livraisons car il doit encore s’en expliquer devant la cour suprême.

Début décembre, Israël avait déjà réduit ses four­ni­tures de car­burant à la bande de Gaza, ce qui avait forcé la cen­trale élec­trique de Gaza à diminuer de moitié sa pro­duction. "C’est un système très fragile qui souffre depuis plu­sieurs mois en raison du bou­clage. Chaque nouveau coup a des effets sur les hôpitaux, sur l’eau ainsi que les habi­ta­tions", a indiqué Sari Bashi, la res­pon­sable de Gisha. L’agence de l’Onu pour les réfugiés à Gaza (Unrwa), qui mis en garde contre les "effets dévas­ta­teurs" de la pour­suite du blocus, s’est élevée contre le blocus israélien.

"Priver les gens de choses fon­da­men­tales comme l’eau revient à les priver de la dignité humaine. Il est dif­ficile de com­prendre la logique qui consiste à faire souffrir des cen­taines de mil­liers de per­sonnes pour rien", a cri­tiqué son porte-​​parole, Chris­topher Gunness. Le gou­ver­nement israélien a tou­tefois décidé de "main­tenir la pression" sur Gaza et le Hamas, qui contrôle le ter­ri­toire depuis juin, pour tenter de stopper ou du moins réduire les tirs de roquettes, a affirmé à l’AFP un haut res­pon­sable israélien sous couvert de l’anonymat. "Il n’y a aucun chan­gement concernant le statut de ce ter­ri­toire, et Israël a pour l’heure décidé de main­tenir le blocus", a précisé le porte-​​parole du ministère des Affaires étran­gères Aryeh Mekel.

Paral­lè­lement, l’armée israé­lienne a mené des opé­ra­tions meur­trières dans la bande de Gaza, qui ont tué 36 Pales­ti­niens, pour la plupart des acti­vistes, depuis le 15 janvier. Ven­dredi, le secré­taire général de l’ONU Ban Ki-​​moon s’est dit très inquiet des consé­quences huma­ni­taires du blocus par Israël de la bande de Gaza et a renouvelé son appel à un arrêt immédiat des vio­lences dans la région.

http://​www​.libe​ration​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​m​o​n​d​e​/​305014​.​F​R.php

[1] Voir aussi l’article de M. Bôle Richard posté hier et publié dans l’édition papier du 20 janvier :

Israël, "en guerre" contre le Hamas, décrète un blocus total de Gaza La guerre est désormais ouverte entre Israël et le Hamas, qui a pris le pouvoir par les armes dans la bande de Gaza le 15 juin 2007. Cette semaine, 33 Pales­ti­niens ont été tués et une pluie de roquettes s’est abattue sur le sud de l’Etat juif, sans faire de vic­times. "Une guerre est en cours dans le Sud, chaque jour, chaque nuit. Nous pour­sui­vrons nos opé­ra­tions avec sérénité et déter­mi­nation", a déclaré, jeudi 17 janvier, le premier ministre israélien Ehoud Olmert. "Cette guerre ne s’arrêtera pas" tant que les tirs ne cesseront pas.

Les auto­rités israé­liennes ont donc décidé d’intensifier leurs opé­ra­tions dans la bande de Gaza, afin de mettre à genoux les isla­mistes du Hamas. Cette pression est mili­taire et écono­mique. Depuis ven­dredi, la bande de Gaza est également soumise à un blocus total. Tous les points de passage qui, depuis que ce ter­ri­toire a été déclaré "entité hostile" le 19 sep­tembre 2007, ne lais­saient passer que le minimum de mar­chan­dises et un nombre extrê­mement limité de per­sonnes, sont totalement bouclés.

Même l’aide huma­ni­taire ne passe plus, a déploré l’Unrwa, l’agence de l’ONU pour les réfugiés pales­ti­niens, pour qui "l’isolement accru ne fera que radi­ca­liser davantage sa popu­lation démo­ra­lisée". Près de quatre Pales­ti­niens sur cinq (1,5 million d’habitants) étant dépen­dants de l’aide inter­na­tionale, la situation peut rapi­dement empirer même si, pour le moment, per­sonne ne meurt de faim. "Il y a une aug­men­tation des cas de rachi­tisme chez les enfants. Il n’y a plus de ciment pour les tombes et les hôpitaux four­nissent des draps pour rem­placer les lin­ceuls. Même dans la mort, les Pales­ti­niens sont affectés par le blocus", a déploré Chris­topher Gunnes, porte-​​​​parole de l’Unrwa.

"C’est au Hamas de décider s’il veut se battre ou prendre soin de la popu­lation", a déclaré Shlomo Dror, porte-​​​​parole du ministère de la défense israélien, ajoutant "qu’il n’y aura pas de crise huma­ni­taire à Gaza, car il y a suf­fi­samment de nour­riture", et que la situation sera réévaluée la semaine pro­chaine. Il a précisé que, "si le lait vient à manquer, une auto­ri­sation de livraison sera demandée au ministère et elle pourra entrer". John Holmes, secré­taire général adjoint aux affaires huma­ni­taires de l’ONU, a pro­testé contre cette "punition col­lective", estimant que "la réaction israé­lienne n’est pas jus­tifiée par ces tirs de roquettes, même (s’ils) en sont la cause".

Quatre raids aériens ont été menés, ven­dredi, dans la bande de Gaza, tuant trois per­sonnes et en blessant des dizaines d’autres. Un F-16 a détruit l’ancien ministère de l’intérieur inoccupé, causant la mort d’une femme, blessant une cin­quan­taine de per­sonnes et endom­ma­geant près de quinze maisons. Une autre attaque a eu lieu contre un local de la police maritime.

Israël a haussé d’un cran ses objectifs en s’attaquant direc­tement à des bâti­ments du pouvoir isla­mique. Cette recru­des­cence de la tension se produit moins d’une semaine après la visite du pré­sident amé­ricain George Bush et alors que les pour­parlers de paix sont entrés dans le vif du sujet.

Michel Bôle-​​​​Richard

http://​www​.lemonde​.fr/​w​e​b​/​a​r​t​i​c​l​e​/​0​,​1​-​0​@​2​-​3218​,​36​-​1001353​@​51​-​891944​,​0​.html