Le basculement du PSU en faveur de la Palestine

Bernard Ravenel - Pour la Palestine n°54, mercredi 3 octobre 2007

Dossier 1967 vu de France /

Entre 1960 et 1967, le PSU, après avoir marqué une sym­pathie cer­taine pour le « modèle israélien de socia­lisme », a mené une cri­tique mesurée d’Israël, une cri­tique restée proche de celle portée par la gauche sio­niste en Israël même. En 1967, au sein même du PSU, com­mence la confron­tation ouverte. Explications.

Tout jeune parti, né sept ans aupa­ravant de la lutte contre la guerre d’Algérie, le PSU se trouve confronté à la guerre des Six Jours dans un contexte poli­tique et idéo­lo­gique très particulier.

Deux faits, l’un externe, l’autre interne, pèsent sur le débat très intense que connaît alors le PSU. Sur le plan externe, c’est l’état de l’opinion publique à ce moment-​​là. Comme en 1956, quand il avait fallu aller faire la guerre à Nasser, la presse est pas­sion­nément pro-​​israélienne. Dans Le Monde se suc­cèdent les tri­bunes libres en faveur d’Israël. En pro­vince, mais surtout à Paris, se mul­ti­plient les mani­fes­ta­tions pro-​​israéliennes. Selon un sondage publié avant le 5 juin, 58% des Français sou­tiennent la cause israé­lienne, 2% seulement prennent parti pour « les Arabes ».

Sur le plan interne, le PSU, depuis la fin de la guerre d’Algérie, en recherche d’interlocuteurs socia­listes étrangers non liés à la social-​​démocratie, s’est inté­ressé à la fois au « socia­lisme arabe » et aux socia­listes de gauche israé­liens, en par­ti­culier le Mapam (ancêtre du Meretz). La presse du PSU accorde une place rela­ti­vement impor­tante à l’expérience israé­lienne pré­sentée entre 1962 et 1965 comme la recherche d’une voie ori­ginale vers le socia­lisme (rôle de la His­ta­drout et des kib­boutz). Puis, pro­gres­si­vement, le PSU marque son intérêt pour les forces pro­gres­sistes arabes en Egypte et en Syrie, sans oublier les rap­ports établis avec l’Algérie indé­pen­dante, avec le FLN.

Quant au conflit israélo-​​arabe, le PSU a long­temps estimé que « la néces­saire entente israélo-​​arabe doit être fondée sur la recon­nais­sance de la sou­ve­raineté arabe comme d’Israël et sur une solution humaine apportée au dou­loureux pro­blème des réfugiés » [1]. Le parti se pro­posait, un peu pré­ten­tieu­sement, comme médiateur pri­vi­légié du dia­logue entre socia­listes arabes et socia­listes israé­liens, dia­logue considéré comme la voie prin­cipale pouvant mener à une solution poli­tique. Le PSU estimait alors que le préa­lable à toute solution était la recon­nais­sance d’Israël par les Etats arabes. Sur la question des réfugiés le PSU reprenait plutôt les thèses israé­liennes, attri­buant la res­pon­sa­bilité prin­cipale de ce pro­blème aux diri­geants arabes. La création de l’OLP en 1964 au Caire avait à peine été relevée par la presse du PSU qui dénonça surtout le « bel­li­cisme » de Chou­keyri, le premier diri­geant ins­tallé par Nasser à la tête de l’OLP.

Assez vite, la presse du PSU, qui s’intéressait à la question des mino­rités natio­nales, a concentré son attention sur la situation des « Arabes israé­liens » consi­dérés comme vic­times de dis­cri­mi­na­tions civiques et sociales et soumis à un régime mili­taire inad­mis­sible. Mais la cri­tique était tem­pérée par le rappel de l’état de bel­li­gé­rance avec le monde arabe envi­ronnant. Fina­lement, à partir de 1965, le PSU a durci sa cri­tique à l’égard d’Israël, à la fois de l’évolution à droite du régime et du rap­pro­chement avec les Etats-​​Unis qui s’enfonçaient dans la guerre du Vietnam. Bref, entre 1960 et 1967, le PSU, après avoir marqué une sym­pathie cer­taine pour « le modèle israélien de socia­lisme », a mené une cri­tique mesurée d’Israël, une cri­tique restée proche de celle portée par la gauche sio­niste en Israël même. Pour le PSU, le pro­blème prin­cipal à l’époque restait le refus arabe de négocier. Mais la ten­dance per­cep­tible était celle d’une radi­ca­li­sation très pro­gressive de la cri­tique d’Israël. Dans le parti vont se cris­tal­liser deux sen­si­bi­lités qui finiront par s’opposer : l’une proche du sio­nisme socia­liste, l’autre proche du « socia­lisme arabe ». En 1967, ce sera la confron­tation ouverte.

[1] Extrait de la réso­lution du 5e congrès du PSU, juin 1967.