Le baroud d’honneur des « flottilleurs » français

Un faux départ en guise d’au revoir. Les membres de la délégation française "Un bateau pour Gaza" ont symboliquement hissé les voiles du "Louise Michel" lundi midi pour protester contre le refus des autorités grecques d’autoriser l’appareillage de leur navire.

Elise Barthet, mardi 5 juillet 2011

Tous réunis sur le pont, drapés dans des étendards aux couleurs de la Tunisie ou du mouvement pour la paix, les passagers ont donné de la voix, répétant sans fin "Palestine vivra". Un joyeux tintamarre couvert, l’espace d’un instant, par le grondement du moteur actionné par le capitaine Connan.

Rien à faire, cette année, la flottille internationale restera à quai. Le navire canadien, qui a tenté une sortie du port de Corfou où il était amarré, mais il a rapidement été arraisonné par les garde-côtes. A l’exception notable d’un petit yacht français sur lequel ont embarqué une douzaine de passagers (voir la note précédente), tous les autres bateaux engagés dans l’espoir de briser le blocus de Gaza ont finalement renoncé à partir. Retardés par deux sabotages présumés et une montagne de tracasseries administratives, le convoi a jeté l’éponge après l’emprisonnement du capitaine américain John Klusmer suite à l’appareillage raté du bateau "The Audacity of Hope".

"Jamais je n’aurais pensé que pour faire vivre mes convictions et ma liberté, je devrais me heurter aux pressions d’une démocratie européenne comme la Grèce", expliquait hier soir Alain Connan. "Athènes, avec la bénédiction du monde entier s’oppose à notre départ. S’y risquer, ce serait commettre un acte proche de la piraterie. Avec Jo (Le Guen) et Eugène (Riguidel), on est des gens de mer, on ne fait pas ça. Et puis je n’ai pas envie de passer un an en prison ici", a-t-il ajouté face aux militants français.

Bénéficiant de l’immunité parlementaire, la sénatrice écologiste Alima Boumediene s’est proposé pour remplacer le vieux capitaine à la barre, mais les passagers ont refusé. "C’est une bataille juridique que nous devrons mener" pour contester la position des autorités grecques, a insisté Jean-Paul Lecoq, député communiste du Havre. Une série de plaintes pour entrave à la liberté de circulation de citoyens européens dans l’espace Schengen doit être déposée dans les jours à venir, ainsi qu’un recours devant la Cour de Justice européenne.

Rejoints par une partie de la délégation américaine sur le "Louise Michel", les militants ont promis qu’ils reviendraient. Coûte que coûte. "Une troisième flottille se prépare", assure Thomas Sommer-Houdeville, membre du comité de coordination de la campagne française. "Mais avant, nous devrons tirer des leçons de nos succès et de nos erreurs, trouver des moyens pour fonctionner de manière moins ouverte tout en restant visible", ajoute-t-il.

Peu importe cet échec, "au nom de tous les Palestiniens, je vous dis merci, a conclu député palestinien Moustafa Barghouti, présent sur le "Louise Michel". Ce que vous avez fait sera écrit avec l’encre de la dignité. Nous ne l’oublierons jamais."

NB : La Grèce a proposé dimanche à l’Autorité palestinienne d’assurer elle même le transfert à Gaza de ces 5 000 tonnes de médicaments, matériaux de construction et autres matériels scolaires collectés par les différentes délégations et que devaient acheminer les deux cargos de la flottille. Aucune réponse n’est parvenue pour le moment de la part des organisateurs du convoi.