Le Moyen-​​Orient, zone instable à long-​​terme, pour le renseignement américain

AFP, mercredi 19 novembre 2008

"Le Moyen-​​Orient, en réalité (la région allant) du Maghreb à l’Asie cen­trale, est une zone où presque tous les pro­blèmes qui poseront un défi aux diri­geants poli­tiques à travers la planète, peuvent être trouvés, et souvent avec une plus grande gravité ou intensité"

L’attrait du ter­ro­risme à la manière d’Al-Qaïda faiblit au Moyen-​​Orient, mais la région fait face à de mul­tiples pro­blèmes qui risquent d’en faire une zone d’instabilité pendant les années à venir, a affirmé mardi le directeur adjoint du Ren­sei­gnement américain.

"Le Moyen-​​Orient, en réalité (la région allant) du Maghreb à l’Asie cen­trale, est une zone où presque tous les pro­blèmes qui poseront un défi aux diri­geants poli­tiques à travers la planète, peuvent être trouvés, et souvent avec une plus grande gravité ou intensité", a affirmé Thomas Fingar.

Que les pires scé­narios se maté­ria­lisent dans la région dépendra du type de diri­geants qui émer­geront sur la scène poli­tique et de la façon dont ils répon­dront aux demandes d’une popu­lation jeune, en expansion et poten­tiel­lement hostile, a dit M. Fingar, qui a dirigé une table-​​ronde d’experts du ren­sei­gnement amé­ricain qui ten­taient d’anticiper sur l’état du monde en 2025.

Ces dis­cus­sions ont débouché sur la rédaction d’un rapport qui sera rendu public pro­chai­nement dans le but d’influencer une future admi­nis­tration Obama, a-​​t-​​il dit.

Selon ces experts, un transfert majeur des richesses de l’ouest à l’est sera en cours d’ici 2025, un grand nombre de puis­sances se dis­pu­teront influence et avan­tages, et la planète aura 1,4 mil­liards d’habitants supplémentaires.

Mais le Moyen-​​Orient sera tou­jours "au centre d’une arche d’instabilité", a dit M. Fingar lors d’un dis­cours au Washington Ins­titute for Near East Studies.

Même si l’attrait pour une idéo­logie du type de celle du réseau Al-​​Qaïda faiblit, le ter­ro­risme restera au moins un pro­blème potentiel "comme ins­trument des faibles contre les forts". Et il sera plus dan­gereux en raison d’un accès facilité à des sub­stances nocives et d’une hausse du caractère létale des armes conventionnelles.

"On peut ima­giner que dans l’ensemble, la menace diminue, mais que les occur­rences soient beaucoup plus dévas­ta­trices", a dit M. Fingar.

La pénurie de res­sources comme l’eau, couplée à une absence de méca­nismes pour résoudre les conflits "créé le potentiel pour un recours aux armes", a par ailleurs indiqué le res­pon­sable du renseignement.

Les chan­ge­ments démo­gra­phiques, notamment un boom de la jeu­nesse, repré­sen­teront aussi un défi pour les gou­ver­ne­ments et ins­ti­tu­tions de la région, a-​​t-​​il ajouté.

"Un facteur qui risque de rendre les choses plus com­plexes est qu’une grande partie de la popu­lation soit en plein bou­le­ver­sement hor­monal, et d’un âge où les défis à l’autorité sont la norme", a expliqué Thomas Fingar.

A l’ère de la com­mu­ni­cation, la popu­lation sera aussi plus informée, même au sein des régimes auto­cra­tiques, et elle sera plus exi­geante pour demander des ser­vices et aux auto­rités de rendre des comptes, a-​​t-​​il expliqué.