Le Hamas et Israël s’échangent des menaces de représailles

L’Orient le Jour, vendredi 18 avril 2008

Plus de 10 000 per­sonnes ont par­ticipé hier aux funé­railles de 18 Pales­ti­niens tués par l’armée israé­lienne la veille à Gaza, le Hamas et Israël s’échangeant des menaces de représailles.

Tra­versant les camps de réfugiés de Boureij et Nous­seirat, d’où était ori­gi­naire la majorité des 18 morts, plus de 10 000 per­sonnes, bran­dissant les dra­peaux du Hamas, du Jihad isla­mique ou du Fateh, ont crié « ven­geance ». « Ô martyrs bien-​​aimés, nous ripos­terons à Tel-​​Aviv ! » « Que Dieu détruise les Juifs. Ils ont brisé mon cœur, ils me l’ont arraché. Il était mon plus jeune fils. J’espère qu’il est au paradis et que eux iront en enfer », a affirmé Oum Talha, dont le fils Talha, 13 ans, a été tué dans un raid aérien à Boureij. La famille d’un autre ado­lescent tué, Islam al-​​Issawi, 15 ans, tente de retenir ses larmes. « Des résis­tants ont tiré des RPG. Les chars et un héli­co­ptère ont ensuite tiré, tou­chant Issam », a raconté son frère Mohammad, 14 ans, témoin de l’attaque.

L’armée israé­lienne avait lancé une série d’opérations dans Gaza suite à la mort de trois de ses soldats dans une embuscade tendue par le Hamas qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007 après en avoir chassé le mou­vement rival Fateh du pré­sident Mahmoud Abbas. Parmi les Pales­ti­niens morts, figure un jour­na­liste de l’agence bri­tan­nique Reuters, Fadel Chanaa, 23 ans. Aux funé­railles, ses col­lègues ont porté son corps, recouvert d’un drapeau pales­tinien, et disposé sur un autre brancard sa caméra brisée et son gilet pare-​​balles encore couvert de sang.

Le Hamas a appelé dans un com­mu­niqué sa branche armée, les Bri­gades Ezzedine al-​​Qassam, à « frapper l’ennemi sio­niste partout et par tous les moyens pos­sibles en réponse aux crimes de Boureij (car) l’ennemi ne com­prend que le langage de la force ». De son côté, le Premier ministre israélien Ehud Olmert a réaf­firmé qu’il consi­dérait le Hamas comme le « seul res­pon­sable direct de ce qui se passe dans la bande de Gaza. Nous lui en ferons payer le prix ». Cependant, selon la radio mili­taire, les res­pon­sables israé­liens hésitent à lancer une vaste opé­ration ter­restre à Gaza de crainte que le Hamas tire « une pluie de roquettes » sur le sud d’Israël durant la célé­bration de la Pâque juive qui débute samedi et dure huit jours. D’autres res­pon­sables mili­taires cités par les médias affirment que le Premier ministre préfère attendre la fin de la visite du pré­sident amé­ricain George W. Bush, prévue à la mi-​​mai à l’occasion des célé­bra­tions du 60e anni­ver­saire de l’État d’Israël, avant d’envisager une offensive d’envergure. La police israé­lienne a été placée en état d’alerte avancé et la Cis­jor­danie tota­lement bouclée de crainte d’un attentat pendant la fête.

La Maison-​​Blanche s’est dit « inquiète » face à aux vio­lences, alors que l’Union euro­péenne, emboîtant le pas au patron de l’ONU Ban Ki-​​moon, a appelé à la retenue. Le Foreign Office a déploré « la mort de civils, d’enfants inno­cents et du jour­na­liste de Reuters, que nous jugeons par­ti­cu­liè­rement trou­blante ». Et au Caire, la Ligue arabe a condamné les opé­ra­tions israé­liennes, les qua­li­fiant de « crimes de guerre ». La vio­lence s’est pour­suivie hier avec la mort de deux acti­vistes du Jihad isla­mique en Cis­jor­danie et d’un autre du Hamas à Gaza, tués par l’armée israé­lienne, alors que 13 roquettes ont été tirées depuis le ter­ri­toire pales­tinien contre le sud d’Israël. Face à cette escalade, le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas a appelé depuis Moscou à orga­niser « au plus vite » une confé­rence sur le Proche-​​Orient dans la capitale russe, affirmant que les négo­cia­tions de paix avec Israël n’avançaient pas suf­fi­samment. Il a aussi de nouveau appelé à un « cessez-​​le-​​feu immédiat » à Gaza aux termes duquel les groupes armés pales­ti­niens met­traient fin aux tirs de roquettes contre Israël, et ce pays arrê­terait ses opé­ra­tions et lèverait le blocus imposé au ter­ri­toire palestinien.

Au moins 413 per­sonnes ont été tuées depuis la confé­rence de paix d’Annapolis le 27 novembre aux États-​​Unis, qui a marqué la reprise des pour­parlers israélo-​​palestiniens après une inter­ruption de plu­sieurs années.