La violente charge du roi Abdallah contre l’Iran et Israël

Georges Malbrunot, vendredi 2 juillet 2010

Le monarque saoudien, qui ren­contre ce mardi Barack Obama à la Maison Blanche, n’a pas mâché ses mots lors de la récente visite à Djeddah d’Hervé Morin, le ministre de la Défense. « Il y a deux pays au monde qui ne méritent pas d’exister : l’Iran et Israël », lui a déclaré le roi Abdallah, le 5 juin dernier.

Cette vio­lente dia­tribe contre les deux ennemis désignés de l’Arabie nous a été confirmée par deux sources, diplo­ma­tique et mili­taire, fran­çaises à Paris. On ignore quelle a été la réaction du ministre de la Défense, qui était entouré d’une poignée de diplo­mates et de hauts-​​gradés lors de l’audience avec le roi, point d’orgue d’une visite de deux jours en Arabie, un mois avant celle du sou­verain à Paris.

La charge d’Abdallah est inter­venue quelques jours après l’assaut israélien contre la flot­tille huma­ni­taire au cours duquel neuf Turcs ont été tués par les forces de sécurité de l’Etat hébreu. La bavure [1] a suscité une vague de cri­tiques dans le monde arabe et placé Israël sur la défensive au plan inter­na­tional. L’impunité dont jouit, selon lui, Israël exaspère le roi Abdallah, déçu que l’Etat hébreu n’ait jamais accepté son plan de paix global, pré­senté au nom des 22 pays arabes lors d’un sommet à Bey­routh en 2002.

Toute aussi pro­fonde, sa colère contre l’Iran est ali­mentée par les craintes que sus­citent en Arabie les ambi­tions nucléaires de Téhéran. Il faut y ajouter l’antagonisme tra­di­tionnel entre les deux pôles prin­cipaux de l’islam : Riyadh pour le monde sunnite et Téhéran pour les chiites. Le pouvoir saoudien ne sup­porte pas l’entrisme iranien dans les affaires inté­rieures liba­naise, ira­kienne, yéménite et même au sein du royaume wahabite, où l’Iran est soup­çonné de « tra­vailler » cer­taines franges radi­cales de la minorité chiite.

Ironie du calen­drier : il y a quinze jours, le Times rap­portait que l’Arabie saoudite avait donné son feu vert au survol de son ter­ri­toire par des avions israé­liens pour aller bom­barder des sites nucléaires ira­niens. Riyadh a caté­go­ri­quement démenti ces allégations.

Le roi Abdallah est attendu le 12 juillet à Paris pour l’inauguration de l’exposition au Louvre consacrée aux « Routes d’Arabie, archéo­logie et his­toire du royaume d’Arabie saoudite ». Le monarque saoudien aura à cette occasion des entre­tiens poli­tiques avec Nicolas Sarkozy. Claude Guéant, le secrétaire-​​général de l’Elysée, s’est rendu en mai en Arabie pour « pousser » cer­tains dos­siers com­mer­ciaux, notamment celui lié à la construction d’un TGV entre les villes saintes de La Mecque et Médine pour laquelle Alsthom est en lice.