La seule démocratie au Moyen-​​Orient

MIFTAH, lundi 2 août 2004

Miftah analyse la Loi sur la Citoyenneté et l’Entrée en Israël, loi ouver­tement raciste qui vient d’être prorogée.

Israël, qui se glo­rifie d’être "la seule démo­cratie au Moyen-​​Orient", vote régu­liè­rement des lois éton­namment racistes qui sont expli­ci­tement dis­cri­mi­na­toires à l’encontre de ses propres citoyens [1] .

Ces lois, aucun pouvoir légis­latif démo­cra­ti­quement élu et doué de bon sens ne les voterait nulle part ailleurs dans le monde. Aucune Cour Suprême ne les sou­tien­drait et aucune ins­tance exé­cutive, res­pon­sable devant un pouvoir légis­latif démo­cra­tique, ne se verrait auto­risée à les mettre en pra­tique nulle part ailleurs dans le monde.

Et pourtant la dis­cri­mi­nation, sou­tenue par l’état, contre les non-​​ juifs (Arabes israé­liens ou immi­grants), une dis­cri­mi­nation qui nie l’essence même de la démo­cratie, est ram­pante en Israël au point que quand la Knesset [2] vote une loi raciste de plus, presque per­sonne ne le remarque .

Le par­lement de "la seule démo­cratie au Moyen-​​Orient" a voté le 31 juillet 2003 la Loi sur la Citoyenneté et l’Entrée en Israël. Cette loi, écrite spé­ci­fi­quement pour tous les citoyens non-​​ juifs d’Israël et donc dis­cri­mi­na­toire spé­ci­fi­quement contre eux, a été votée ini­tia­lement pour un an et puis pro­longée de 6 mois la semaine dernière.

Pour les 6 mois à venir et vrai­sem­bla­blement pour tou­jours à partir de là, la citoyenneté et le droit de rési­dence seront refusés à tous les conjoints non-​​juifs (et leurs enfants) des citoyens israé­liens non-​​juifs.

La Loi sur la Citoyenneté et l’Entrée, comme nombre de lois de noms sem­blables dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, cherche à limiter le nombre de non-​​juifs qui vivent en Israël et à Jérusalem-​​Est par­ti­cu­liè­rement, pour main­tenir l’ « équi­libre démo­gra­phique » de l’Etat juif.

Comme l’a récemment observé le ministre israélien Dani Neveh, de même que de nom­breux intel­lec­tuels et hommes poli­tiques israé­liens,« l’Etat d’Israël a clai­rement le droit élémen­taire de pré­server son caractère d’Etat juif, d’Etat des Juifs ».

L’une des manières de pré­server ce « droit élémen­taire »au racisme est de nier caté­go­ri­quement le "droit au retour" des réfugiés pales­ti­niens. Une autre manière est de garantir auto­ma­ti­quement, par la Loi du Retour, la citoyenneté à toute per­sonne juive de n’importe quel pays du monde, même si cette per­sonne n’a jamais mis les pieds e n Israël avant. Une troi­sième manière, plus subtile et non moins insi­dieuse, est de forcer tous les citoyens qui ont commis le double crime d’être non-​​juifs et de ne pas avoir de conjoint juif,à quitter Israël et sinon à y vivre -choix agréable-​​ sans leurs familles.

L’article 2 de la Loi sur la Citoyenneté et l’Entrée pose que « le ministre de l’Intérieur ne donnera pas la citoyenneté à un résident de la région, selon la Loi sur la Citoyenneté, qu’il ne donnera pas de permis de séjour en Israël à un résident de la région selon la loi d’Entrée et que le com­mandant mili­taire régional ne donnera pas à ces rési­dents de permis de séjour en Israël selon la légis­lation sur la défense dans la région. »

Comme l’article 1 de la loi définit comme « rési­dents de la région », les rési­dents de Cis­jor­danie et de Gaza et qu’il exclut spé­ci­fi­quement les rési­dents des colonies juives dans ces zones, ceci veut dire essen­tiel­lement que tous les citoyens israé­liens ou les Pales­ti­niens déten­teurs d’une carte d’identité de Jéru­salem mariés à des Pales­ti­niens de Cis­jor­danie ou Gaza se voient interdire de demander la citoyenneté ou un permis de séjour pour leurs conjoints et même leurs enfants.

Alors, s’ils veulent vivre avec leurs familles , ces citoyens israé­liens ou ces Pales­ti­niens Jéru­sa­lé­mites doivent faire un choix impos­sible : ou bien leurs conjoints et leurs enfants vivent illé­ga­lement en Israël et courent par consé­quent le risqu d’être déportés ou pire, ou bien ils vont vivre dans les Ter­ri­toires Occupés et risquent par consé­quent de perdre la vie, comme les dizaines d’autres vic­times quo­ti­diennes de l’occupation.

La Loi sur la Citoyenneté rejoint ainsi la cohorte de lois israé­liennes qui cherchent à pro­téger "l’équilibre démo­gra­phique" de la pré­sence accrue des non-​​juifs : des lois qui empêchent des citoyens natu­ra­lisés israé­liens non-​​juifs de vivre avec leurs familles ; des lois qui inter­disent aux enfants non-​​juifs d’immigrants de demander la citoyenneté ; des lois qui auto­risent des tests AND sur des immi­grants pour s’assurer de leur "origine juive" ; et bien sûr, enfin mais ce ne sont pas les moindres, les lois racistes inhu­maines de l’occupation.

Alors que les excès de la « démo­cratie israé­lienne » sont appa­rents pour tous ceux qui veulent bien les observer, cette Loi sur la Citoyenneté en par­ti­culier rap­pelle tel­lement les lois de citoyenneté et de rési­dence votées par le régime d’apartheid d’Afrique du Sud (qui se réclamait aussi - et c’est intéressant-​​ de la démo­cratie) que la com­pa­raison entre les deux est inévitable.

[1] lire : et citoyennes, de même lire aussi au féminin pour conjoint, résident etc.

[2] par­lement israélien