La plus grande colonie israélienne en Palestine occupée

Chaimaa Abdel-​​Hamid, dimanche 15 juin 2008

Maalé Adumim est l’exemple le plus fla­grant de la volonté israé­lienne de battre en brèche la popu­lation palestinienne.

Maalé Adumim, située à l’est des fron­tières pro­longées de Jérusalem-​​Est, est la plus grande colonie israé­lienne. Elle fut bâtie en 1975, sous le premier gou­ver­nement Rabin. Le projet israélien consiste à entourer la popu­lation pales­ti­nienne de Jérusalem-​​Est par des colonies juives ; ainsi, la sou­ve­raineté juive sera-​​t-​​elle légi­timée sur l’ensemble de la région de Jérusalem.

Avec une popu­lation de 32 000 per­sonnes, la colonie s’étend sur 53 kilo­mètres carrés, soit une surface plus vaste que Tel-​​Aviv et équi­va­lante à la moitié de Paris.

Maalé Adumim a été bâtie sur des pro­priétés prises aux Pales­ti­niens : Abou-​​Dis, Al-​​Izriyeh, Al-​​Issawiyeh, Al-​​Tour, Anata.

Cette colonie possède énor­mément d’atouts aux yeux du pouvoir israélien, car elle est située sur la route qui relie Jéru­salem et Jéricho, le déve­lop­pement de Maalé Adumim isole Jérusalem-​​Est du reste de la Cis­jor­danie et bloque les rela­tions inter­pa­les­ti­niennes entre Ramallah et Bethléem, or en pré­venant toute conti­nuité ter­ri­to­riale, Maalé Adumim rend pro­blé­ma­tique la via­bilité de l’éventuel futur Etat palestinien.

Classée comme zone de déve­lop­pement hau­tement prio­ri­taire, la colonie reçut une myriade de béné­fices tels que des sub­ven­tions au logement, des réduc­tions d’impôts et des prêts à faible intérêt. Par la suite, tous les gou­ver­ne­ments suc­cessifs entre­prirent des pro­grammes massifs : des déve­lop­pe­ments des infra­struc­tures, des construc­tions de routes et des trans­ports urbains.

Cette injection massive de res­sources favorisa la crois­sance rapide du nombre de colons. En octobre 1992, Maalé Adumim devint la pre­mière colonie à obtenir le statut de ville.

Le bloc de Maalé Adumim, tel qu’il a été conçu, est censé séparer le nord de la Cis­jor­danie (Ramallah, Jénine et Naplouse) de son sud, Hébron, Bethléem et Beit Jala. Israël a relié Maalé Adumim à Jérusalem-​​Ouest par des tunnels construits en dessous de la mon­tagne Al-​​Macharef. L’objectif étant de regrouper toutes les concen­tra­tions démo­gra­phiques arabes à Jéru­salem der­rière le mur de sépa­ration et, par consé­quent, de s’assurer que les Pales­ti­niens ne deviennent une majorité dans la Ville sainte.

Au fil des années, les auto­rités civiles et mili­taires ont publié une myriade de lois et règle­ments concernant les colons. Deux sys­tèmes légis­latifs coexistent donc sur le même territoire :

— Les colons ont les mêmes droits que ceux des citoyens d’Israël.

— Les Pales­ti­niens, par contre, sont soumis à la loi mili­taire et jugés le plus souvent par des cours militaires.

En 2004, un plan d’élargissement de la colonie, baptisé le projet « E1 », a été lancé. La construction de la colonie a été annoncée depuis 1994, à l’époque de Ytzhak Rabin. Elle a ensuite été approuvée en 1997, et en 2004 son infra­structure est lancée. Avec 4 000 loge­ments et 3 hôtels. Le plan « E1 » est considéré comme une partie impor­tante de l’ensemble du projet du « Grand Jéru­salem », qui est un projet israélien destiné à annexer une énorme portion de la Cis­jor­danie et à confirmer son annexion en 1967 de la Jérusalem-​​Est palestinienne.

Le projet du « Grand Jéru­salem » a été approuvé offi­ciel­lement et publi­quement par la Knesset le 28 mai 1997. [1]

Par ailleurs, signe du refus israélien d’aller vers un véri­table pro­cessus de paix, on annonce un nouveau projet d’extension d’un quartier de colo­ni­sation à Jérusalem-​​est. Le Nou­velObs écrit [2] :

Une com­mission israé­lienne de pla­ni­fi­cation urbaine vient d’approuver un projet de construction de 1.300 loge­ments dans l’un des quar­tiers déjà annexé de Jérusalem-​​est. Une annonce qua­lifiée de des­truc­trice "du pro­cessus de paix" par le négo­ciateur pales­tinien Saeb Erakat.

Une extension d’un quartier de colo­ni­sation de Jérusalem-​​est annexé a été approuvée, ven­dredi 13 juin, par une com­mission israé­lienne de pla­ni­fi­cation urbaine. D’après la muni­ci­palité, le projet prévoit la construction de 1.300 logements.

Le porte-​​parole de la muni­ci­palité, Gidi Schmerling, indique dans un com­mu­niqué que le quartier de Ramat Shlomo, où sont prévus les loge­ments, com­prend déjà quelques 2.000 unités d’habitation. Il confirme ainsi une infor­mation du journal Haaretz.

Après un premier feu vert de la com­mission muni­cipale, la décision défi­nitive a été prise mardi par la com­mission de pla­ni­fi­cation de Jéru­salem, qui relève du ministère de l’Intérieur.

"Détruire le processus de paix"

Réagissant à cette annonce, le négo­ciateur pales­tinien Saëb Erakat a accusé Israël de "chercher à détruire le pro­cessus de paix". "Nous condamnons fer­mement ce projet qui traduit la déter­mi­nation du gou­ver­nement israélien à détruire le pro­cessus de paix", a-​​t-​​il déclaré. "La com­mu­nauté inter­na­tionale doit contraindre Israël à arrêter la colo­ni­sation si elle veut donner une chance aux négo­cia­tions de paix", a-​​t-​​il ajouté.

Il s’agit d’un des projets de construction les plus ambi­tieux dans des implan­ta­tions à Jérusalem-​​est, occupée et annexée par Israël en 1967. Le projet, prévoit en tout de doubler le nombre de loge­ments dans ce quartier, en le portant à 4.000.

Pour des jeunes couples et des mal logés

"Ces deux mille loge­ments sup­plé­men­taires des­tinés à des jeunes couples (israé­liens) et des mal logés sont de pre­mière nécessité", a sou­ligné le porte-​​parole de la muni­ci­palité de Jéru­salem. Plus de 200.000 Israé­liens se sont ins­tallés depuis 1967 dans une dou­zaine de quar­tiers de colo­ni­sation construits à Jérusalem-​​est. Les Pales­ti­niens qui ambi­tionnent de faire du secteur oriental de Jéru­salem la capitale de leur futur Etat, estiment que la colo­ni­sation israé­lienne est le prin­cipal obs­tacle sur la voie de la paix.

Les Etats-​​Unis, qui par­rainent les négo­cia­tions de paix israélo-​​palestiniennes relancées en novembre 2007 à Anna­polis et censées aboutir à un accord avant fin 2008, avaient cri­tiqué la pour­suite de la colo­ni­sation par Israël. Ces négo­cia­tions n’ont tou­jours pas enre­gistré de progrès notables [3].