La pérennisation des camps palestiniens inquiète les Libanais

AFP, mardi 8 décembre 2009

« La situation dans les camps est au-​​delà de ce qui est humai­nement accep­table » , selon un ancien res­pon­sable libanais

Bloqués depuis des décennies par l’absence de règlement israélo-​​palestinien, près de 300.000 réfugiés pales­ti­niens vivent dans des condi­tions pitoyables dans des camps au Liban où le risque d’une péren­ni­sation de la situation est de plus en plus mal vécu.

En visite à Bey­routh aujourd’hui (7 décembre), le Pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas devrait se pencher avec ses inter­lo­cu­teurs sur le sort des réfugiés pales­ti­niens, dont des dizaines de mil­liers n’ont jamais vécu dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, et sur le malaise que génère au Liban la per­ma­nence d’une dizaine de camps dont le contrôle échappe aux auto­rités libanaises.

Nom­breux sont en effet ceux qui, au Liban, craignent que les Libanais soient les grands per­dants d’un hypo­thé­tique accord sur la question des réfugiés.

« L’installation per­ma­nente des Pales­ti­niens au Liban constitue une véri­table menace démo­gra­phique, poli­tique et pour la sécurité », affirme à l’AFP le député libanais Farid Al-​​Khazen, pro­fesseur de sciences poli­tiques à l’Université amé­ri­caine de Beyrouth.

Les réfugiés sont en majorité arrivés après la création de l’Etat d’Israël en 1948. Une seconde vague a suivi dans les années 1970, suite à la décision du roi Hussein de Jor­danie d’expulser l’Organisation de Libé­ration de la Palestine et ses mil­liers de combattants.

Bien que l’ONU chiffre à 400.000 le nombre de réfugiés pales­ti­niens au Liban, cer­tains avancent un chiffre plus proche de 250.000 à 270.000, car l’ONU n’a pas effacé de ses listes les réfugiés partis dans d’autres pays. Le Liban compte quatre mil­lions d’habitants.

Comme la loi liba­naise leur interdit d’acheter des pro­priétés et d’exercer la majorité des pro­fes­sions, tous les réfugiés dépendent de l’Agence de l’ONU d’aide aux réfugiés pales­ti­niens (Unrwa).

Leur pré­sence devait ini­tia­lement être tem­po­raire, mais leurs chances de rentrer chez eux se sont évanouies avec l’enlisement israélo-​​palestinien.

De même, l’espoir né de l’arrivée de Barack Obama à la Maison-​​Blanche a rapi­dement rendu leur place à l’amertume et au cynisme.

« La lenteur des négo­cia­tions et l’absence de progrès tan­gibles signi­fient que les dis­cus­sions sur le statut final, et la question des réfugiés, sont indé­fi­niment reportées », a déclaré à l’AFP Karen Abu Zayd, com­mis­saire générale de l’Unrwa, lors d’une récente visite à Beyrouth.

L’idée d’une ins­tal­lation per­ma­nente au Liban des réfugiés pales­ti­niens ter­rorise les Libanais, qui craignent pour le fragile équi­libre confes­sionnel de leur pays.

Pour beaucoup, les camps de réfugiés sont « des pépi­nières de ter­ro­ristes », une conviction ren­forcée par les san­glants affron­te­ments de l’été 2007 entre l’armée liba­naises et des com­bat­tants isla­mistes retranchés dans le camp de Nahr Al-​​Bared.

« L’extrémisme est pour une large part dû à l’absence de solution », estime Mme Abu Zayd. « Leur détresse ne relève pas du gou­ver­nement libanais, mais de la com­mu­nauté internationale ».

De nom­breuses orga­ni­sa­tions mettent en garde contre une explosion des camps si la situation des réfugiés n’évolue pas.

« La situation dans les camps est au-​​delà de ce qui est humai­nement accep­table », explique Khalil Mekkawi, ancien res­pon­sable d’une com­mission liba­naise mise en place pour amé­liorer la situation dans les camps. « Les gens qui vivent dans une telle misère n’ont plus d’espoir ».

Cer­tains Pales­ti­niens dénoncent pour leur part une ins­tru­men­ta­li­sation de leur cause par cer­taines fac­tions libanaises.

« La question de l’installation per­ma­nente (des réfugiés) est un épou­vantail de la poli­tique liba­naise », accuse Souheil El-​​Natour, membre du Front démo­cra­tique de libé­ration de la Palestine. « C’est cela qui prive les réfugiés de leurs droits civiques », ajoute-​​t-​​il.