La paix entre la Syrie et Israël est sus­pendue aux scrutins amé­ricain et israélien

L’Orient le Jour, mardi 9 septembre 2008

Si Damas sort gagnant du sommet, aucun résultat concret n’a cependant été enregistré

Le sommet de jeudi (4 sep­tembre) à Damas a consacré le rôle régional de la Syrie, qui a clai­rement indiqué que toute avancée dans les négo­cia­tions de paix avec Israël était sus­pendue aux pro­chains chan­ge­ments d’administration aux États-​​Unis et dans l’État hébreu, estiment des analystes.

À l’ouverture du sommet qua­dri­partite (Syrie, France, Turquie, Qatar) organisé à l’occasion de la visite du pré­sident français Nicolas Sarkozy, le chef de l’État syrien Bachar el-​​Assad a donné le ton en affirmant qu’une avancée réelle ne serait pos­sible qu’« avec la venue d’une nou­velle admi­nis­tration amé­ri­caine convaincue du pro­cessus de paix ». Hier, la presse syrienne, pour sa part, insistait sur le « tournant his­to­rique » marqué par le sommet. Celui-​​ci a « consacré le rôle important que joue et peut jouer la Syrie à l’avenir pour la sécurité, la sta­bilité et la paix » dans la région, sou­li­gnait le quo­tidien gou­ver­ne­mental Techrine. C’est la Syrie qui « détient la décision de guerre et de paix et sans (elle) la région restera plongée dans l’inconnu », jugeait à Bey­routh le quo­tidien as-​​Safir, proche de l’opposition sou­tenue par Damas et Téhéran.

Si Damas ressort gagnant du sommet, aucun résultat concret n’a par ailleurs été enre­gistré. « Il n’y a pas eu de percée majeure », note auprès de l’AFP Andrew Tabler, jour­na­liste au mensuel basé à Damas Syria Today. « C’est un succès sym­bo­lique pour Damas qui est sorti de son iso­lement, mais en sub­stance rien ne s’est passé. » « Tout le monde attend les pro­chaines élec­tions aux États-​​Unis et (les pri­maires du Kadima) en Israël. D’ici là, les parties dans la région feront du sur­place », ajoute-​​t-​​il.

Bachar el-​​Assad a confirmé ses propos jeudi sur al-​​Manar. « Nous attendons de voir quelles seront les orien­ta­tions de la (nou­velle) admi­nis­tration (amé­ri­caine). Qu’on le veuille ou pas (la pré­sence des) États-​​Unis est fon­da­mentale dans ce pro­cessus », a sou­ligné le pré­sident syrien. Il a également dit attendre les élec­tions pri­maires du 17 sep­tembre au sein du Kadima, le parti du Premier ministre Ehud Olmert, qui a annoncé sa pro­chaine démission, pour « déter­miner l’avenir » des négo­cia­tions. « Assad : Des négo­cia­tions directes uni­quement après Bush et Olmert », résumait hier le quo­tidien israélien Maariv.

Aymane Abdel Nour, directeur du site Internet all4syria, basé à Damas, confirme : en ce moment, « on ne peut réa­liser des avancées réelles sur le terrain », avance-​​t-​​il. « Un dossier comme les négo­cia­tions avec Israël (…) est com­plexe et quelques réunions ne suf­fisent pas pour trouver une solution (…). Ce genre de dossier a besoin de toutes les parties et l’acteur prin­cipal reste les États-​​Unis », explique-​​t-​​il. La Syrie réclame la res­ti­tution du plateau du Golan conquis par Israël en juin 1967 puis annexé en 1981.

« Les par­ti­ci­pants au sommet ont envoyé le signal fort qu’ils étaient prêts à investir dans la paix, la balle est main­tenant dans le camp amé­ricain », sur­en­chérit Paul Salem, directeur du centre Car­negie pour le Proche-​​Orient. « Mais même si les choses avancent tech­ni­quement », comme avec la tenue d’un 5e round de négo­cia­tions indi­rectes en sep­tembre, ce sont les États-​​Unis « qui tranchent ». Selon lui, « pour voir du concret, il faudra attendre le prin­temps 2009 », après que la nou­velle admi­nis­tration amé­ri­caine, démo­crate ou répu­bli­caine, eut fixé sa ligne poli­tique dans la région.

Damas et Washington sont en froid, l’actuelle admi­nis­tration de George W. Bush accusant la Syrie de sou­tenir le ter­ro­risme en appuyant le Hez­bollah et en faci­litant l’infiltration d’insurgés en Irak. Elle lui reproche également son alliance avec l’Iran. « Le chemin reste long », conclut l’analyste syrien Ahmad al-​​Hajj Ali, selon qui Washington doit s’engager dans la même voie que la France en choi­sissant le dia­logue avec Damas.