La musique, un élément vital pour Souheil Khoury

Edgar Davidian, vendredi 21 août 2009

Un musicien et un com­po­siteur pales­tinien qui parle de l’enfance et à l’enfance : Souheil Khoury, directeur du Conser­va­toire de musique national pales­tinien Edward Saïd, est à Bey­routh pour le concert que donnera l’Orchestre des jeunes de Palestine en com­pagnie de Marcel Khalifé et de la chorale N-​​D de Loueizé, sous la direction du père Khalil Rahmé, dans le cadre du Fes­tival de Bei­teddine. Ren­contre avec un homme qui porte une grande dévotion au pays du Cèdre…

Les cheveux gri­son­nants, le regard vif et le ton avenant, Souheil Khoury, malgré de mul­tiples fonc­tions cultu­relles de haut rang qu’il occupe en Palestine, est la modestie incarnée.

Directeur artis­tique de la troupe de danse popu­laire el-​​Founoun, directeur du Centre d’art popu­laire, un des plus éminents fon­da­teurs du Conser­va­toire national de musique et directeur du dépar­tement de danse et de musique au ministère pales­tinien de la Culture, Souheil Khoury n’a dans son dis­cours du cœur et de la voix que pour les par­ti­tions et la musique…

Sans oublier d’embrasser de son regard, vif et intel­ligent, toutes les données d’une région aux dis­sen­sions mul­tiples et aux conflits tou­jours embrasés…

Pour la soirée du mer­credi 12 août au palais de Bei­teddine, placée sous le signe de la Palestine, autour de Marcel Khalifé, une kyrielle d’artistes dont Oumeima el-​​Khalil, Bassel Zayed, Reem Talhami et le chef d’orchestre Sian Edwards. Mais aussi des artistes surtout à encou­rager et à découvrir, avec l’Orchestre des jeunes de Palestine, fleuron d’espoir dont Souheil Khoury parle, à juste titre, avec vivacité, fierté et enthou­siasme. Par­ticipe également à cette soirée, le chœur de N-​​D de Loueizé sous la direction du R.P. Khalil Rahmé.

« Oui, c’est mon premier voyage au Liban et à Bei­teddine, déclare en toute désar­mante sim­plicité le musicien. Avec surtout autour de moi l’énergie de l’Orchestre des jeunes de Palestine. Des jeunes musi­ciens entre 13 et 24 ans qui feront leur pre­mière per­for­mance en terre des cèdres…Les gens qui ont entendu leur premier concert à Ramallah ont pleuré, non pour la qualité de la musique, mais pour le travail tita­nesque exécuté… Je sou­haite que cela soit un message d’espoir. Car il faut réa­liser que ces jeunes qui ont formé cet orchestre ont eu des condi­tions sévères et dif­fi­ciles, comme vous le savez. Aujourd’hui l’orchestre, demain l’État… ».

À l’actif de ces jeunes déjà plus d’une tournée, notamment à Jéru­salem (on a joué dans des ambas­sades), à Amman, à Bonn. Aujourd’hui, c’est le tour de Bei­teddine avec un hommage au premier sou­venir de Mahmoud Darwich, mais aussi un hommage à Jéru­salem, capitale cultu­relle arabe pour 2009.

Pour la cir­cons­tance, Souheil Khoury évoque quelques détails du menu de la soirée : « Il y a d’abord le poème Ahmed al-​​Arabi de Mahmoud Dar­wiche, mis en musique en 1980 par Marcel Khalifé, mais aussi trois chansons de l’ensemble « Achika » (amou­reuse), de ma com­po­sition, qui ont vu le jour en 1995. Elles seront chantées par Reem Talhami. Et pour ter­miner Khadraa, un poème de Mahmoud Darwiche. »

Retrouver le Liban pour Souheil Khoury, c’est retrouver des livres, des chansons, des ouvrages qu’il ne peut faci­lement avoir en terre natale. « Pour moi, c’est fabuleux de plonger dans la culture liba­naise, dit le com­po­siteur de Fawanis, un musical tiré du Kandil al-​​Saghir de Ghassan Kanafani. De Feyrouz à Souheil Idriss, en passant par Ahmed Kaabour, Ziad Rahbani, tout ce que les Rahbani ont créé, il y a ici un bain de liberté et un souffle revigorant…La musique est pour moi un élément essentiel, vital. Comme boire, manger, res­pirer.… Tout en portant ma pré­fé­rence à la cla­ri­nette et au « nay », dont je joue le mieux en tant qu’instruments, je tiens à pré­ciser que ma musique (moi qui aime le jazz, Charbel Rouhana et Marcel Khalifé), contre toute attente, n’est pas plaintive ou triste mélopée orientale, mais faite de cadences et de rythmes, por­teuse de vie, d’énergie et d’espoir… Si les mots sont plus faciles à com­prendre pour le monde arabe dont la langue est basée jus­tement sur la force et le pouvoir des mots, la musique a des atouts dif­fé­rents pour s’exprimer encore mieux et davantage… »