« La mort frappe partout et n’importe quand »

Fares Chahine, samedi 19 janvier 2008

Au moins 37 Pales­ti­niens ont été tués, depuis mardi dernier, par l’armée d’occupation israé­lienne. Le Premier ministre israélien Ehud Olmert, à l’image de tous ses pré­dé­ces­seurs, essaie de ren­forcer sa position poli­tique en tuant plus de Palestiniens.

Après avoir quitté la bande de Ghaza qu’elle a occupée durant plus de trente ans, se sentant libérée de toute contrainte, et avec le silence com­plice de la com­mu­nauté inter­na­tionale, l’armée israé­lienne a donné libre cours à une bar­barie sans pré­cédent dans la bande de Ghaza, que l’Etat hébreu a décrétée « entité hostile », depuis le coup de force armé du mou­vement isla­miste Hamas, au mois de juin dernier.

En moins de trois jours, dans une escalade san­glante, la machine de guerre israé­lienne a ôté la vie à 34 [1] Pales­ti­niens dont des femmes, des enfants et des mili­tants de plu­sieurs fac­tions armées. Les rues de Ghaza, qui n’ont jamais été tota­lement sûres, sont devenues plus que dan­ge­reuses ces jours-​​ci. Que cela soit en voiture, en car­riole, ou même à pied, la mort frappe n’importe où et n’importe quand. Car, il suffit juste qu’un soldat israélien, assis devant son écran dans une ambiance feutrée, et croyant jouer à un jeu vidéo, décide de lancer des roquettes air-​​sol d’un drone télé­guidé pour que le sang coule. Mal­heu­reu­sement, ce qui paraît n’être qu’un jeu, pour ce soldat qui joue le rôle « du bon » qui tue les méchants ter­ro­ristes, se termine dans les rues pales­ti­niennes par une véri­table tra­gédie avec des voi­tures com­plè­tement cal­cinées, des corps déchi­quetés et brûlés, sans compter les blessés qui gar­deront dans leurs mémoires et dans leur chair un trau­ma­tisme pour le restant de leur vie. Ce soldat peut être aussi un pilote d’hélicoptère d’assaut de type Apache ou même d’un avion de chasse de type F16 ou d’un autre type, tous plus sophis­tiqués les uns que les autres, comme il peut être à l’intérieur de l’un de ces redou­tables chars de type Merkava dif­fi­ciles à détruire avec les moyens déri­soires dont dis­posent les résis­tants palestiniens.

Le plus grand nombre de tués a été décompté mardi, lors d’une opé­ration de l’armée israé­lienne dans le quartier d’Ezzeïtoun, au sud-​​est de la ville de Ghaza, qui a fait 19 morts et plus de 50 blessés. Parmi ces morts figurent deux agri­cul­teurs âgés de 65 et 55 ans, tués dans leurs vergers. Le fils de Mahmoud Ezzahar, haute figure du mou­vement Hamas qui a occupé le poste de ministre des Affaires étran­gères dans le cabinet formé par le Hamas après sa vic­toire aux der­nières légis­la­tives, est l’un des tués de cette journée par­ti­cu­liè­rement san­glante. Hossam Ezzahar, âgé de 21 ans, appar­tenant aux Bri­gades Ezzeddine El Qassam, la branche armée du Hamas, est le second fils de Mahmoud Ezzahar à avoir été tué par l’armée israé­lienne au cours de l’Intifadha d’El Aqsa, déclenchée en l’an 2000. Le même jour, en soirée, deux autres Pales­ti­niens ont été tués au nord de la bande de Ghaza. Leur véhicule a été atteint de plein fouet par une roquette air-​​sol tirée par un drone.

La série macabre a continué mer­credi quand dans une rue au centre de Ghaza, trois per­sonnes appar­tenant à une même famille sont tombées lors d’un bom­bar­dement raté visant un véhicule appar­tenant à des membres du Djihad isla­mique, l’autre mou­vement radical pales­tinien. Trois civils inno­cents, Amer al-​​Yazji, 36 ans, son fils Amir, 13 ans et son frère Mohammed, 25 ans, cir­cu­laient dans le centre de Ghaza lorsque leur voiture a été touchée par un missile israélien. Mal­heu­reu­sement pour eux, ils se sont trouvés au mauvais endroit et au mauvais moment au moment de l’agression israé­lienne. En soirée, au niveau d’El Boureij, au sud de Ghaza, deux corps de deux mili­tants du Djihad isla­mique dont la voiture a été pul­vé­risée par l’explosion d’un missile air-​​sol ont été déchi­quetés et brûlés. Les ser­vices médicaux ont eu du mal à les iden­tifier. Mal­heu­reu­sement, ce feuilleton sinistre n’est pas fini.

Il s’est pour­suivi jeudi, quand l’aviation israé­lienne a mené dans la journée une série de raids, dont l’un a fait deux morts, un homme et sa femme qui se trou­vaient à bord d’une voiture dans le nord du ter­ri­toire. Dans un autre raid aérien, un missile a touché une voiture trans­portant des membres de la branche armée du Djihad isla­mique, tuant deux hommes. L’explosion a également touché une car­riole toute proche, tuant une femme et blessant griè­vement un enfant. Dans une attaque sur un quartier sud de la ville de Ghaza, un chef local de la branche armée du Hamas et un autre militant ont été tués.

La Cis­jor­danie occupée n’a pas été épargnée. Ces actes visent cer­tai­nement à porter atteinte à la noto­riété de l’Autorité pales­ti­nienne et à celle de son pré­sident, Mahmoud Abbas, qua­lifié par Israël de par­te­naire pour la paix. L’armée israé­lienne a tué, hier matin, à Naplouse un militant des Bri­gades des Martyrs d’El Aqsa, la branche armée du Fatah. Il faut sou­ligner qu’Israël a joué le même jeu à Ghaza, lorsqu’il a affaibli les ser­vices sécu­ri­taires de l’Autorité pales­ti­nienne, par la des­truction de la majorité de ses sièges avant que ceux-​​ci ne tombent défi­ni­ti­vement, en juin dernier, aux mains des hommes du Hamas après le putsch armé. « Les raids et l’escalade mili­taire d’Israël visent à infliger un camouflet aux négo­cia­tions de pai israélo-​​palestiniennes », a déclaré le porte-​​parole de la pré­si­dence pales­ti­nienne, Nabil Abou Rou­deïna. Il a appelé les Etats-​​Unis « à inter­venir rapi­dement pour empêcher une nou­velle dété­rio­ration de la situation, qui pourrait porter un coup fatal à la chance his­to­rique de paix ».

Quant au Premier ministre israélien Ehud Olmert qui, à l’image de tous ses pré­dé­ces­seurs, essaie de ren­forcer sa position en tuant plus de Pales­ti­niens, il a déclaré que ce qui passe à Ghaza est une guerre contre les mili­tants pales­ti­niens qui n’arrêtent pas les tirs de roquettes arti­sa­nales sur Israël. En fait, ce n’est ni plus ni moins qu’une guerre contre l’ensemble des Palestiniens.

[1] 37 au 19 janvier