La mort d’un étudiant …

BS, lundi 21 avril 2008

La résis­tance à Naplouse, ville assiégée depuis le début de la deuxième Intifada, qu’on le veuille ou non se fait à partir de l’invasion de 2002 par les gens du Fatah et un peu dans le camp de Ain Bei­talmaa par le FPLP.

Hani était aussi mon étudiant, j’ai partagé avec lui des moments très dif­fi­ciles et aussi des moments de rire et de joie. J’étais le seul à le com­prendre !!! C’était un étudiant impulsif, bagarreur et très gentil. Un enfant des camps qui ne savait pas les règles de la cour­toisie imposée par les citadins de Naplouse. Il disait ce qu’il pensait tout cru sans réfléchir et souvent à haut voix. Mais il était épris de justice et de bonté : il venait souvent me voir pour régler les pro­blèmes des autres mais il ne parlait jamais de ses pro­blèmes. Lorsqu’il parle ses mains bougent dans tous les sens et son visage devient rouge puis il se calme… Et pour finir il vient t’embrasser et demander des excuses.

Souvent, il arrivait le matin en retard parce qu’il ne savait pas dans quel coin de la ville il se cachait et chez qui il dormait…Vivre tous les jours la peur au ventre, chan­geant de maison, de quartier, de rue et fuir rapi­dement en pensant à ce que l’ennemi a mis comme plan non pas pour vous arrêter mais pour vous tuer, c’était le pain quo­tidien de ce garçon. Puis, il faut tenir bon et lorsque l’occasion se pré­sentait résister et tirer sans peur ni craint. C’est ce qu’il a fait ce matin. Oui, il a résisté autant qu’il peut… Des minutes, des heures ou toute la nuit devant les bri­gades de la mort pro­tégées par l’aviation, les blindés et toute la tech­no­logie moderne…Lorsque nous résistons en Palestine deux solu­tions s’offre à nous : la mort ou la mort …

La mort de ce garçon m’a énor­mément touchée. L’année der­nière, il a eu un pro­blème avec un prof qui n’aime pas les gens de Fatah en général, j’étais obligé d’intervenir pour faire res­pecter le prof et demander au prof d’être un peu tolérant avec un pour­chassé des bri­gades de la mort israé­liennes. Hani était tel­lement modeste et res­pec­tueux envers ses profs au point d’aller pré­senter ses excuses à ce prof. Et il a décidé d’arrêter les cours parce qu’il ne pouvait pas concilier résis­tance à l’occupant jour et nuit, pour­chassé et suivi d’une maison à l’autre, d’une rue à l’autre et surtout blessé de deux balles à la jambe, et les études.

La résis­tance à Naplouse, ville assiégée depuis le début de la deuxième Intifada, qu’on le veuille ou non se fait à partir de l’invasion de 2002 par les gens du Fatah et un peu dans le camp de Ain Bei­talmaa par le FPLP. Ces résis­tants, dont on ne veut pas parler dans les médias arabes et au sein de l’autorité Pales­ti­nienne, ne croient pas au pro­cessus de paix décidé et ordonné par l’occupant et ses alliés et opposent une résis­tance farouche à l’occupant souvent déna­turée par cer­tains bandits qui pro­fitent de l’insécurité pour se remplir les poches. Cette résis­tance est la seule qui existe dans la région nord de la Cis­jor­danie au cas où vous ne le savez pas. Elle doit continuer par des gens qui n’ont rien à perdre rien à gagner…

Souvent la mort vient en une belle journée d’avril et je dis comme les Indiens d’Amérique c’était une belle journée pour mourir cher Hani.

B. S

Naplouse


voir aussi ISM :

Assas­sinat extra­ju­di­ciaire des Forces d’Occupation Israé­lienne dans le camp de réfugiés de Balata à Naplouse

Le ven­dredi 18 avril, Hani Kabi, 21 ans, recherché par l’armée israé­lienne, a été assassiné par les forces spé­ciales de l’armée israé­lienne dans le camp de réfugiés de Balata à Naplouse.

À 2 heures du matin, plus d’une ving­taine de jeeps israé­liennes sont entrées dans le plus grand camp de réfugiés de Cis­jor­danie, les soldats ont cerné le quartier de la vieille mosquée dans le centre du camp et ont envahi plu­sieurs maisons à proximité de l’endroit où se trouvait Hani.

Hani séjournait dans la maison de la famille Al ’Arsi où habitent six familles. Les soldats ont com­mencé à tirer à balles réelles par les fenêtres de la chambre à coucher alors que la famille dormait. La famille a été ensuite contrainte de sortir dans la rue où les soldats jetaient des bombes assour­dis­santes sur les enfants et mena­çaient de démolir sa maison.

Toute la famille a ensuite été forcée de se désha­biller entiè­rement, malgré le froid, même Malak, la petite fille de deux ans et demi. Les soldats ont par­ti­cu­liè­rement insisté sur le fait que la grand-​​mère âgée retire elle aussi tous ses vête­ments. Samer Abu Leil, 26 ans, a été arrêté de même que son père de 59 ans qui a été kid­nappé par les Forces d’Occupation Israé­lienne. La famille ne sait pas encore où les hommes sont détenus.

Les soldats ont ensuite occupé la maison pendant toute la durée de l’opération d’assassinat, qui a pris trois heures. Lorsque l’assassinat a été per­pétré, les soldats ont ensuite saccagé la maison, cassé un lit et ren­versé tous les meubles et jeté les vête­ments à terre.

Dans le même temps, la maison voisine appar­tenant à la famille Kassim était aussi occupée. Des soldats israé­liens ont forcé la serrure de la porte et sont entrés en silence pendant que la famille dormait. L’un des hommes de la famille a pensé qu’il y avait des voleurs dans sa maison, et il est des­cendu et a com­mencé à attaquer les soldats dans le noir. Il a rapi­dement été plaqué au sol et menotté ainsi que son frère et son père qui étaient eux aussi des­cendus, en entendant le bruit.

Les soldats leur ont dit : « Si vous dites quoi que ce soit, nous allons vous tuer." Les soldats ont ensuite utilisé le toit de la maison Kassim pour tirer sur la maison des Al ’Arsi où se trouvait Hani. Pendant cette occu­pation de maison, les soldats ont cassé la télé­vision et chaîne hi-​​fi, brisé les fenêtres et uriné partout dans la salle de bains. Quand les pro­prié­taires de la maison leur ont demandé d’expliquer pourquoi ils se com­por­taient ainsi, un soldat a répondu : « Je peux faire tout ce que je veux". Ce n’est pas la pre­mière fois que la famille Kassim est victime d’une occu­pation de ce genre puisqu’elle a déjà vécu une expé­rience simi­laire il y a à peine trois mois.

L’assassinat extra­ju­di­ciaire d’Hani s’est déroulé sur le toit de la maison après qu’il se soit rendu volon­tai­rement et paci­fi­quement quand il a appris que la famille avait pu sortir de la maison et qu’elle était en sécurité. Selon la famille, il s’est excusé avant de se rendre en disant : "pardonnez-​​moi, je suis désolé", en évoquant le fait que sa pré­sence avait attiré les soldats israé­liens dans leur maison.

Il a été tué par ce que les habi­tants appellent « une bombe inerte », une bombe tirée d’un fusil M16, et ensuite les soldats ont criblé son corps de balles sous les yeux de son ami Samer qui a été forcé de regarder.

Les membres de la famille ont empêché la mère d’Hani de voir son corps, étant donné les graves bles­sures infligées à son visage.

Hani était en der­nière année d’une mai­trise de français à l’université An Najah. Il a été enterré ven­dredi soir par ses parents, ses cinq frères et quatre sœurs et ses amis.

Le camp de réfugiés de Balata avait été envahi par les soldats israé­liens chaque soir la semaine pré­cé­dente, et neuf per­sonnes ont été kid­nappées au cours de la semaine.

Les habi­tants estiment que cinq à dix per­sonnes sont kid­nappées chaque semaine à Balata et 40 dans l’ensemble de la Cisjordanie.

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[1] Source : http://​www​.pal​so​li​darity​.org/ Tra­duction : MG pour ISM