La guerre à l’intérieur du Fatah

Khaled Amayreh, lundi 9 juillet 2007

Les ten­sions gran­dissent entre les par­tisans de la faction de Dahlan sou­tenue par les Amé­ri­cains et les par­tisans de Yasser Arafat. Les ten­sions entre les deux camps ont consi­dé­ra­blement aug­menté la semaine der­nière quand le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas, qui sou­tient Dahlan, a tiré à boulets rouges sur l’ancien leader du Fatah et ancien ministre de l’Intérieur de l’Autorité pales­ti­nienne, Hani Al-​​Hassan

qui a accusé Dahlan de pla­nifier son assas­sinat, une accu­sation que Dahlan a niée de façon catégorique.

Le démenti faisait suite aux soi-​​disantes remarques faites par Al-​​Hassan mer­credi lors d’un interview sur la chaine de télé­vision pan-​​arabe, Al-​​Jazeera, où il expli­quait que la récente épreuve de force à Gaza n’était pas une confron­tation entre le Fatah et le Hamas mais entre le Hamas et la faction de Dahlan.

En uti­lisant le terme "Groupe Dayton" pour faire réfé­rence aux par­tisans de Dahlan, en réfé­rence au général amé­ricain Keith Dayton qui était res­pon­sable de l’’armement et du finan­cement de l’ancien homme fort de Gaza, Al-​​Hassan a déclaré que le Hamas avait fait ce qu’il devait faire pour pro­téger l’ensemble de la cause nationale.

Après l’interview, des repré­sen­tants de la faction de Dahlan ont appelé Abbas, en lui demandant de faire pression et de punir Al-​​Hassan, alors que des hommes armés masqués ouvraient le feu sur sa maison à Ramallah. Al-​​Hassan n’était pas présent à Ramallah lors de l’attaque.

Les leaders du Fatah et les médias affiliés à Abbas et à Dahlan ont également lancé une cam­pagne de dif­fa­mation contre Al-​​Hassan, en affirmant qu’il avait prévenu le chef du Politburo du Hamas, Khaled Meshaal, au sujet d’un coup d’Etat imminent destiné à ren­verser le Hamas, ce qu’Al-Hassan aurait attribué à Dahlan et à Dayton.

En plus d’Abbas et de Dahlan, le "Camp des Modérés" à l’intérieur du Fatah inclut des gens comme Ahmed Abdul-​​Rahman, Al-​​Tayeb Abdul-​​Rahim, Nabil Amr et des offi­ciers de la sécurité tels que le chef des Ren­sei­gne­ments Généraux, Tawfiq Tirawi.

Le camp d’Arafat inclut la majorité des anciens chefs du Fatah tels que le chef du dépar­tement poli­tique de l’Organisation de Libé­ration de la Palestine (OLP) basé à Tunis, Farouk Al-​​Qaddoumi, Hani Al-​​Hassan, Jebril Rajoub, Marwan Al-​​Barghouti, Ahmed Hellis et des res­pon­sables de la branche armée du Fatah, les Bri­gades des Martyrs Al-​​Aqsa.

Il y a quelques jours, Al-​​Qaddoumi a qua­lifié l’OLP, telle qu’elle existe aujourd’hui, "d’institution illu­soire et illégale", en ajoutant que le comité exé­cutif de l’organisation était un groupe non repré­sen­tatif et qu’il n’avait pas le droit d’annihiler des ins­ti­tu­tions élues comme le Conseil Légis­latif Palestinien.

Pendant ce temps, jeudi dernier, les chefs de diverses branches des Bri­gades ont rejeté un décret d’Abbas dis­solvant leurs milices et demandant la remise de leurs armes à l’Autorité Palestinienne.

Abu Uday, un porte-​​parole des Bri­gades dans le nord de la Cis­jor­danie, a déclaré que son groupe ne ren­drait jamais ses armes tant que l’occupation israé­liennes se poursuivrait.

Il est dif­ficile de prévoir comment les ten­sions gran­dis­santes entre les deux camps du Fatah vont se résoudre.

"Le camp des modérés" possède l’argent et a les moyens phy­siques pour s’affirmer par la force au besoin, au moins pour l’instant.

Cependant, ce camp a un han­dicap stra­té­gique important, à savoir un manque de soutien parmi les rangs du Fatah et, surtout, parmi les masses pales­ti­niennes en général.

Les récentes révé­la­tions du Hamas qui impli­que­raient Dahlan dans un plan soutenu par les Amé­ri­cains pour ren­verser les résultats des élec­tions pales­ti­niennes de 2006 et pour des­tituer par la force le gou­ver­nement d’unité nationale dirigée par le Hamas ont sérieu­sement terni son image et celle d’Abbas auprès de nom­breux Palestiniens. [1]  [2] Le camp anti-​​Dahlan, bien qu’il ne soit pas en pos­session des res­sources finan­cières que Dahlan a à sa dis­po­sition, a l’avantage d’un large soutien à l’intérieur du Fatah et un soutien du public encore plus large.

L’un des plus forts atouts sur lequel se base le camp anti-​​Dahlan à l’intérieur du Fatah c’est l’incapacité appa­rente d’Abbas à obtenir des conces­sions poli­tiques signi­ca­tives de la part d’Israël quant à la fin de son occu­pation de 40 ans en Cis­jor­danie, dans la Bande de Gaza et à Jérusalem-​​Est.

Cette semaine, Jebril Rajoub, un chef du Fatah, fon­dateur des Forces de Sécurité Pré­ventive en Cis­jor­danie, aurait déclaré : "Olmert et d’autres res­pon­sables israé­liens dis­courent beaucoup au sujet du ren­for­cement d’Abbas et de l’affaiblissement du Hamas. Mais en réalité, Israël affaiblit Abbas et démolit sa cré­di­bilité auprès des Pales­ti­niens en tuant toute pers­pective viable pour un Etat palestinien."

[1] Voir Adam Entous Reuters :

NAPLOUSE, Cis­jor­danie (Reuters) - Les juristes qui ont rédigé la consti­tution pro­vi­soire pales­ti­nienne estiment que le pré­sident Mahmoud Abbas a outre­passé ses pou­voirs en formant le mois dernier, sans l’aval du par­lement, un cabinet de crise excluant les isla­mistes du Hamas.

Anis al Kassem, qui a supervisé la rédaction de la Loi fon­da­mentale, a accusé cer­tains diri­geants d’en avoir "détruit" les fon­de­ments et s’est étonné du fait que les pays occi­dentaux aient réagi l’an dernier à l’élection d’un gou­ver­nement du Hamas dirigé par Ismaïl Haniyeh en le para­lysant par un boycott économique.

Les ser­vices d’Abbas n’ont fait aucun com­men­taire jusqu’ici. Mais un porte-​​​​parole de son mou­vement, le Fatah, a déclaré ce week-​​​​end que la parole du pré­sident faisait loi tant que la "muti­nerie" du Hamas para­lysait le parlement.

Washington, qui avait imposé le boycott lorsqu’Haniyeh avait pris la tête de ce gou­ver­nement en mars 2006, a reconnu comme "légitime" le cabinet de crise constitué par Abbas après l’éviction du Fatah par le Hamas de la bande de Gaza le 14 juin.

L’Union euro­péenne a aussi apporté un soutien marqué aux ini­tia­tives d’Abbas en les jugeant "conformes à la Loi fon­da­mentale palestinienne".

Dans leurs pre­miers com­men­taires publics depuis la for­mation d’un nouveau gou­ver­nement par Abbas,Kassem et Eugene Cotrane, consti­tu­tion­na­liste pales­tinien indé­pendant, ont concédé que le document dont ils ont entamé l’élaboration il y a plus de dix ans conférait à Abbas le pouvoir de révoquer Haniyeh.

Cependant, ont-​​​​ils noté, il ne lui permet pas de nommer un nouveau gou­ver­nement sans appro­bation par­le­men­taire, ni de sus­pendre cer­tains articles de la Loi fon­da­mentale comme il l’a fait le mois dernier en dis­pensant le nouveau Premier ministre Salam Fayyad de se sou­mettre à un vote au parlement.

Selon Kassem, nommé par Yasser Arafat, les pou­voirs du pré­sident sont "déli­bé­rément et expli­ci­tement très restreints".

EN DEFENSE D’ABBAS

Pour sa part, Azmi Chouaibi, qui a fait partie d’une com­mission par­le­men­taire sur la Loi fon­da­mentale, a soutenu qu’Abbas était en droit de sus­pendre des articles.

Selon lui, l’article 113 - qui stipule que le par­lement "ne peut être dissous en situation de crise et (que) les dis­po­si­tions de ce cha­pitre ne peuvent être sus­pendues" - signifie qu’il "peut sus­pendre des articles d’autres chapitres".

Kassem s’est dit d’un autre avis. Il a mis en garde contre "des impli­ca­tions aussi fan­tai­sistes (…), surtout là où l’implication peut faci­lement engendrer une dic­tature - le système contre lequel la Loi fon­da­mentale était censée pré­munir par toutes ses dispositions".

"Ils recherchent de toute évidence le moindre argument sur lequel bâtir une mon­tagne (…) Ils détruisent les fon­de­ments sur les­quels reposait la Loi fon­da­mentale", a-​​​​t-​​​​il dit à Reuters.

Tou­jours d’après Kassem et Cotrane, la Loi fon­da­mentale vou­drait en outre que le gou­ver­nement d’union dissous par Abbas - que diri­geait Haniyeh et dont faisait partie le Fatah - demeure l’administration pro­vi­soire jusqu’à ce que le pré­sident pales­tinien ait fait approuver un nouveau cabinet au parlement.

"Il est clair que (…) le gou­ver­nement Haniyeh ne tombe pas pendant la période de crise", a déclaré Cotrane à Reuters.

Kassem a dit qu’en vertu de l’article 78 "le gou­ver­nement dissous devrait continuer à admi­nistrer les affaires gou­ver­ne­men­tales jusqu’à la for­mation du nouveau gouvernement".

Il a noté que, d’après l’article 79, "ni le Premier ministre, ni aucun autre ministre ne peuvent assumer leurs fonc­tions, hormis à la suite d’un vote de confiance" du par­lement. La Loi fon­da­mentale ne contient aucune dis­po­sition pour un gou­ver­nement de "crise", a-​​​​t-​​​​il ajouté.

La Loi stipule qu’un décret de crise pré­si­dentiel a une durée de trente jours, renou­ve­lable sur avis par­le­men­taire. Mais selon Cotrane, "cela ne signifie pas qu’il puisse former un nouveau gou­ver­nement (…) Gou­verner par ordon­nance ne signifie pas qu’il puisse sus­pendre ou amender la constitution".

Kassem et Cotrane ont exprimé leurs points de vue lors d’une série d’échanges télé­pho­niques ou par courriel durant la semaine écoulée. Kassem se trouvait en Espagne et Cotrane en Grande-​​​​Bretagne.

On ignore quel rôle le par­lement peut jouer du fait qu’Israël a, au cours de l’année, arrêté près de la moitié des députés de la majorité par­le­men­taire du Hamas, ce qui rend impos­sible de réunir un quorum.

fr​.news​.yahoo​.com/​r​t​r​s​/​20070708/​ twl-​​po-​​palestiniens-​​constitution-​​bd5ae06_​1.html

[2] voir aussi lOrient le Jour : Les artisans de la Consti­tution pales­ti­nienne défient Abbas

Les juristes qui ont rédigé la Consti­tution pro­vi­soire pales­ti­nienne estiment que le pré­sident Mahmoud Abbas a outre­passé ses pou­voirs en formant le mois dernier, sans l’aval du Par­lement, un cabinet de crise excluant les isla­mistes du Hamas.

Anis al-​​​​Kassem, qui a supervisé la rédaction de la Loi fon­da­mentale, a accusé cer­tains diri­geants d’en avoir « détruit » les fon­de­ments et s’est étonné du fait que les pays occi­dentaux aient réagi l’an dernier à l’élection d’un gou­ver­nement du Hamas dirigé par Ismaïl Haniyeh en le para­lysant par un boycott écono­mique. Les ser­vices de Abbas n’ont fait aucun com­men­taire jusqu’ici. Mais un porte-​​​​parole de son mou­vement, le Fateh, a déclaré ce week-​​​​end que la parole du pré­sident faisait loi tant que la « muti­nerie » du Hamas para­lysait le Parlement.

Dans leurs pre­miers com­men­taires publics depuis la for­mation d’un nouveau gou­ver­nement par Abbas, Kassem et Eugene Cotrane, consti­tu­tion­na­liste pales­tinien indé­pendant, ont concédé que le document dont ils ont entamé l’élaboration il y a plus de dix ans conférait à Abbas le pouvoir de révoquer Haniyeh. Cependant, ont-​​​​ils noté, il ne lui permet pas de nommer un nouveau gou­ver­nement sans appro­bation par­le­men­taire ni de sus­pendre cer­tains articles de la Loi fon­da­mentale comme il l’a fait le mois dernier en dis­pensant le nouveau Premier ministre Salam Fayyad de se sou­mettre à un vote au Par­lement. Selon Kassem, nommé par Yasser Arafat, les pou­voirs du pré­sident sont « déli­bé­rément et expli­ci­tement très restreints ».

Pour sa part, Azmi Chouaibi, qui a fait partie d’une com­mission par­le­men­taire sur la Loi fon­da­mentale, a soutenu que Abbas était en droit de sus­pendre des articles. Selon lui, l’article 113 - qui stipule que le Par­lement « ne peut être dissous en situation de crise et (que) les dis­po­si­tions de ce cha­pitre ne peuvent être sus­pendues » - signifie qu’il « peut sus­pendre des articles d’autres cha­pitres ». Kassem s’est dit d’un autre avis. Il a mis en garde contre « des impli­ca­tions aussi fan­tai­sistes (…), surtout là où l’implication peut faci­lement engendrer une dic­tature - le système contre lequel la Loi fon­da­mentale était censée pré­munir par toutes ses dispositions ».

Tou­jours d’après Kassem et Cotrane, la Loi fon­da­mentale vou­drait en outre que le gou­ver­nement d’union dissous par Abbas - que diri­geait Haniyeh et dont faisait partie le Fateh - demeure l’administration pro­vi­soire jusqu’à ce que le pré­sident pales­tinien ait fait approuver un nouveau cabinet au Par­lement. « Il est clair que (…) le gou­ver­nement Haniyeh ne tombe pas pendant la période de crise », a déclaré Cotrane à Reuters. Kassem a dit qu’en vertu de l’article 78 « le gou­ver­nement dissous devrait continuer à admi­nistrer les affaires gou­ver­ne­men­tales jusqu’à la for­mation du nouveau gou­ver­nement ». Il a noté que d’après l’article 79, « ni le Premier ministre ni aucun autre ministre ne peuvent assumer leurs fonc­tions, hormis à la suite d’un vote de confiance » du Par­lement. La Loi fon­da­mentale ne contient aucune dis­po­sition pour un gou­ver­nement de « crise », a-​​​​t-​​​​il ajouté.

La loi stipule qu’un décret de crise pré­si­dentiel a une durée de trente jours, renou­ve­lable sur avis par­le­men­taire. Mais selon Cotrane, « cela ne signifie pas qu’il puisse former un nouveau gou­ver­nement (…). Gou­verner par ordon­nance ne signifie pas qu’il puisse sus­pendre ou amender la consti­tution ». On ignore quel rôle le Par­lement peut jouer du fait qu’Israël a, au cours de l’année, arrêté près de la moitié des députés de la majorité par­le­men­taire du Hamas, ce qui rend impos­sible de réunir un quorum. http://​www​.lorient​lejour​.com/​p​a​g​e​.​a​s​p​x​?​p​a​g​e​=​a​r​t​i​c​l​e​&​a​m​p​ ;​i​d​=​346570