La fin de la poli­tique amé­ri­caine au Moyen-​​Orient ? Bilan & pers­pec­tives (de 2003 à nos jours)

Vincent Fromentin, jeudi 11 mars 2010

Cet article est le qua­trième volet consacré à la poli­tique amé­ri­caine au Moyen-​​Orient de 1919 à nos jours. Le premier volet (19191979) analyse la pro­gressive mainmise amé­ri­caine sur les anciennes pos­ses­sions euro­péennes et la confron­tation au bloc sovié­tique ; le deuxième volet (19791991) se consacre à l’effondrement de l’influence de l’URSS au Moyen-​​Orient et le contrôle total amé­ricain sur les res­sources éner­gé­tiques régio­nales ; le troi­sième volet (19912003) analyse la poli­tique pro­gres­si­vement uni­la­térale amé­ri­caine face à la montée du ter­ro­risme international.

Si les États-​​Unis annoncent la fin des combats majeurs en Irak en mai 2003, le « bourbier irakien » perdure encore jusqu’à l’élection pré­si­den­tielle de Barak Obama en janvier 2009. Cet enli­sement du conflit constitue une aubaine stra­té­gique pour l’Iran qui, en juin 2005, élit un pré­sident plus radical et en profite pour nouer de fortes rela­tions avec les chiites ira­kiens, avec la Turquie et plus offi­cieu­sement avec le Hamas et le Hez­bollah en contri­buant à la vente d’armes.

Poli­ti­quement, les États-​​Unis se sont dis­cré­dités dans le monde arabe par les moti­va­tions contro­versées du recours à la guerre contre l’Irak, par l’usage de la torture et de la vio­lence (Guan­tanamo) et par leur soutien à la poli­tique extré­miste israé­lienne. Ce dis­crédit met en péril leur projet de « Grand Moyen-​​Orient » lancé en 2004. En outre, en juillet 2006, l’attaque israé­lienne, sou­tenue par les États-​​Unis, contre le Hez­bollah au sud Liban contribue à affaiblir l’État libanais, symbole de la démo­cra­ti­sation depuis le retrait syrien d’avril 2005. Enfin, la non-​​reconnaissance de la vic­toire du Hamas en janvier 2006 aux élec­tions du Par­lement pales­tinien et la cam­pagne d’isolement dra­ma­tique du Hamas à Gaza par les États-​​Unis et ses alliés euro­péens entachent la volonté amé­ri­caine de déve­lopper les pro­cessus de démocratisation.

La poli­tique amé­ri­caine de « Grand Moyen-​​Orient » souffre de pro­fondes contra­dic­tions et a vrai­sem­bla­blement perdu l’initiative. L’élection d’Obama en 2009 marque-​​t-​​elle son regain ou sa fin ?

1. De la « guerre contre le ter­ro­risme » à un remo­delage du Grand Moyen-​​Orient (2003-​​2004)

Le jugement défa­vo­rable porté par l’opinion publique des pays arabes ne cessent de croître depuis l’invasion de l’Irak en 2003, malgré une inflexion en 2009. L’université du Maryland (pr. Zogby) publie chaque année un sondage très inté­ressant et détaillé réalisé auprès de 6 pays arabes : 64% de l’opinion publique jugeait les États-​​Unis défa­vo­ra­blement en 2007, 83 % en 2008, et 77% en 2009. Sans être plé­biscité majo­ri­tai­rement (45%), Barak H. Obama augure d’un chan­gement favo­rable de la poli­tique amé­ri­caine pour le Moyen-​​Orient.

En 2004, cependant, face à sa perte de popu­larité tant au Moyen-​​Orient qu’auprès des amé­ri­cains eux-​​mêmes, Bush modifie sa tac­tique et propose une solution de dia­logue, de par­te­nariat et de dis­sua­sions pour enclencher le « cercle ver­tueux » de la démocratisation.

D’une logique sécu­ri­taire immé­diate à des visées plus réa­listes à très long terme

Ce brusque revi­rement d’une « guerre globale contre la terreur » à un large par­te­nariat suscite des réti­cences, des méfiances quant à la sin­cérité du projet. De fait, l’idée d’un Grand Moyen-​​Orient, évoquée ini­tia­lement à Washington en février 2003 puis déve­loppée plus avant en mai à l’Université de Caroline du Sud, subit des trans­for­ma­tions et des adaptations.

Déjà, en décembre 2002, le Dépar­tement d’État lance le Middle-​​East Part­nership Ini­tiative (MEPI) dans le but de « sou­tenir la par­ti­ci­pation poli­tique, ren­forcer la société civile et l’autorité de la loi, encou­rager la par­ti­ci­pation des femmes et de la jeu­nesse, sus­citer des par­te­naires éducatifs et favo­riser les réformes écono­miques ». Dans cet esprit, les États-​​Unis pro­posent le Great Middle East Ini­tative (GMEI).

Ce plan n’emporte pas l’enthousiasme et il est modifié pour être pré­senté à Davos par Dick Cheney en janvier 2004 puis au sommet du G8 en juin à Sea Island. La tac­tique change : « aider les peuples du Moyen-​​Orient à sur­monter leur « déficit de liberté » est, en fin de compte, la clé pour rem­porter la guerre globale contre le ter­ro­risme ». L’attitude vibrion­nante amé­ri­caine, si elle obtient une adhésion for­melle des par­te­naires, ne par­vient pas à se concré­tiser par la suite : c’est un échec diplo­ma­tique pour Washington.

Les raisons sont simples à com­prendre puisque, si les inten­tions du projet sont louables et réus­sissent à emporter une adhésion de principe, l’Europe y voit la mise en péril de son Par­te­nariat Euro Médi­ter­ranéen (PEM) proposé par l’OTAN dès décembre 1994 et lancé à Bar­celone l’année sui­vante. De sur­croît, les pays arabes voient dans l’extension de l’influence amé­ri­caine sur le Maghreb une nou­velle volonté impérialiste.

Néan­moins, cette ini­tiative amé­ri­caine contribue à impulser des déci­sions poli­tiques en faveur d’un pro­cessus de démo­cra­ti­sation régional. En mars 2004, la Ligue Arabe, réunie à Alexandrie, s’engage à tenir un plan de démo­cra­ti­sation et de déve­lop­pement social et écono­mique (appelé document d’Alexandrie), réaf­firmé au Sommet de la Ligue Arabe en mai à Tunis. Le Maroc, à ce titre, après avoir accueilli son premier « Forum sur l’avenir », a béné­ficié en 2004 du qua­li­fi­catif d’allié majeur non-​​OTAN des États-​​Unis (Major Non-​​Nato Ally), à l’égal du Pakistan et du Koweït.

La globalisation de la notion de terrorisme

« Notre guerre contre la terreur com­mence avec Al Qaida mais ne s’arrête pas là. Elle ne s’achèvera pas avant que tous les groupes ter­ro­ristes de portée mon­diale n’aient été trouvés, arrêtés et vaincus. »

George W. Bush, 20 septembre 2001

Qu’en est-​​il alors de la lutte contre le terrorisme initiée en 2001 ?

Nous pour­rions prendre en contre­point la phrase d’Oscar Wilde dans le Déclin du Men­songe (1889), « Sans doute y eut-​​il à Londres des brouillards depuis des siècles, mais per­sonne ne les voyait, de sorte que nous n’en savions rien. Ils n’eurent pas d’existence tant que l’art ne les eut pas inventés », pour parler d’al Qaïda… La foca­li­sation média­tique sur al Qaïda contribue à ins­taurer une menace globale.

Ainsi, les États-​​Unis pro­fitent de cette menace globale média­tique pour intégrer, dans la liste des menaces ter­ro­ristes établie par le Dépar­tement d’État, des orga­ni­sa­tions qui n’ont aucun rapport avec un quel­conque fon­da­men­ta­lisme ou isla­misme : en 2004, on y trouve, entre autres, l’Armée de Libé­ration du Rwanda, l’Armée Rouge Japo­naise, l’Irish Republic Army, le Parti Com­mu­niste du Népal, le Parti Com­mu­niste de l’Union Indienne, la Résis­tance Anti­fas­ciste du Premier Octobre, le Tunisian Com­battant Group, etc. Quatre pays sont étiquetés « États spon­so­risant le ter­ro­risme » (« State Sponsors of Ter­rorism ») : le Soudan, la Syrie, l’Iran et … Cuba !

Sur le plan inté­rieur, le 24 octobre 2001, immé­dia­tement après les attentats, les États-​​Unis votent l’US Patriot Act, loi pro­vi­soire et cir­cons­tan­cielle, qui réduit consi­dé­ra­blement les libertés indi­vi­duelles sécu­laires du Bill of Rights. La loi anti­ter­ro­riste permet, pour les per­sonnes sus­pectées d’accointance avec le ter­ro­risme, de les placer sur écoute, de s’introduire grâce à des logi­ciels espions (bap­tisés Car­nivore) dans les mes­sa­geries infor­ma­tiques. Le Patriot Act II, voté en novembre 2003, permet au FBI de s’introduire dans les sys­tèmes infor­ma­tiques pour récolter des infor­ma­tions per­son­nelles sans contrôle judi­ciaire. En 2004, le pré­sident demande au Congrès de rendre per­ma­nente cette loi. En mars 2010, elle vient juste d’être recon­duite pour un an sup­plé­men­taire, suite à l’attaque manquée sur le vol Amsterdam-​​Detroit.

Ces digres­sions ne sont pas sans intérêt pour com­prendre le dis­crédit amé­ricain qu’utilisent cer­taines voix dans les pays arabes pour rejeter les plans américains.

2. Les obstacles au projet de Grand Moyen-​​Orient (2004-​​2009)

La montée en puissance de l’Iran

L’Iran a profité de la chute de l’Irak pour encou­rager l’arrivée au pouvoir des chiites, notamment grâce à la milice Badr basée en Iran jusqu’en 2003, et ren­forcer les liens exis­tants avec eux. Ces éléments consti­tuent un levier puissant au sein de la coa­lition chiite. L’élection d’un laïc radical, Mahmoud Ahma­di­nejad, le 24 juin 2005, balayant son adver­saire modéré Ali Akbar Hachemi Raf­sandjani, fait craindre à Washington la mise en péril du pro­cessus de démo­cra­ti­sation et la pour­suite du pro­gramme nucléaire.

De plus, ayant tout intérêt à voir les États-​​Unis s’embourber en Irak, l’Iran inter­vient mili­tai­rement en 2007 sur le ter­ri­toire irakien.

D’un point de vue écono­mique également, l’Iran béné­ficie de l’augmentation du prix du baril (notamment en 2003 et 2007) en raison du flux constant en pro­ve­nance du Golfe. De sur­croît, les capitaux ira­niens affluent dans les villes saintes chiites du Sud de l’Irak comme Karabala et Al Najaf, ren­forçant les liens directs avec l’Irak.

Tous ces éléments contri­buent à donner à Téhéran une grande influence auprès de Bagdad. Néan­moins, cette com­mu­nauté de croyance n’implique en rien une sou­mission ou une dépen­dance de la minorité chiite ira­kienne à Téhéran. Un amalgame géo­po­li­tique est rapi­dement fait pour insister sur la montée en puis­sance d’un « arc chiite » qui, en réalité, est, certes, une com­mu­nauté reli­gieuse, mais tra­versée, tant à Téhéran qu’à Bagdad, de pro­fondes diver­gences internes.

Le double jeu de la démocratie

Le premier point sur­prenant dans cette quête de démo­cra­ti­sation du Moyen-​​Orient est le redé­ploiement des alliances stra­té­giques : malgré leur rôle ambigu dans le ter­ro­risme ou la pro­li­fé­ration nucléaire, le Pakistan, l’Arabie Saoudite ou la Libye rede­viennent des États coopérant dans la lutte contre le ter­ro­risme après les cris­pa­tions diplo­ma­tiques du 11 sep­tembre 2001. D’un autre côté, d’autres états ne béné­fi­cient pas de ce même régime de faveur : frappes contre le Soudan, sanc­tions contre l’Iran, pres­sions sur la Syrie1

Le deuxième point est le soutien indé­fec­tible des États-​​Unis à leur allié israélien. A partir d’avril 2005, il est sen­sible que les États-​​Unis, voulant par­venir rapi­dement à un accord poli­tique sur le conflit israélo-​​palestinien, cherchent à faire accepter de « nou­velles réa­lités » par rapport aux pro­po­si­tions de Clinton, c’est-à-dire à aban­donner l’idée d’un retour aux fron­tières de 1967. Autrement dit, pro­gres­si­vement, le dis­cours amé­ricain tente de faire admettre l’état de fait de la colo­ni­sation. Même si la thèse de deux États reste d’actualité, la pression inter­na­tionale ne suffit pas à empêcher la reprise des chan­tiers de colo­ni­sation (gelée par Rabin en 1992) du gou­ver­nement de droite israélien.

Une paix médiatique ?

En 2005, le projet de Grand Moyen Orient de Bush emporte malgré tout un relatif enthou­siasme occi­dental en raison de plu­sieurs avancées :

- + Après le décès de Yasser Arafat, Mahmoud Abas, déjà présent aux négo­cia­tions d’Oslo et considéré comme un « inter­lo­cuteur valable » par les États-​​Unis et Israël, élu le 9 janvier 2005, permet un rap­pro­chement sen­sible entre l’Autorité Pales­ti­nienne et l’Etat hébreu. De son côté, Ariel Sharon promet le déman­tè­lement de 21 colonies juives de la bande de Gaza ainsi que de 4 colonies de Cisjordanie.

- En janvier 2005, les élec­tions en Irak, malgré les menaces d’attentats, se déroulent cor­rec­tement avec une par­ti­ci­pation inat­tendue (60%) : le kurde Djalal Talabani à la pré­si­dence inté­ri­maire de l’Irak et le chiite Ibrahim al-​​Djaafari au poste de premier ministre augurent d’une démo­cra­ti­sation sur la bonne voie.

- En Égypte, Hosni Moubarak promet la tenue d’élections multipartites.

- En Arabie Saoudite, également, l’élection des conseillers muni­cipaux se tient par un vote popu­laire (la popu­lation masculine).

Néan­moins, même si les États-​​Unis, après la réélection de Bush en 2004, inflé­chissent leur stra­tégie et si les media eupho­risent sur l’élan démo­cra­tique, le retrait en Irak des troupes amé­ri­caines est tou­jours périlleux en raison des fortes vio­lences qui perdurent.

De plus, en Égypte, les élec­tions mul­ti­par­tites recon­duisent Mou­barak pour un cin­quième mandat après l’emprisonnement infondé de son rival Ayman Nour pour fraudes électorales.

Enfin, à Gaza, en janvier 2006, face à un Fatah désor­ganisé et cor­rompu, le Hamas par­vient en rem­porter la majorité des sièges au Conseil légis­latif pales­tinien ; les États-​​Unis et l’Europe n’ont pas reconnu l’élection d’une orga­ni­sation, consi­dérée comme ter­ro­riste. Dès après, le Hamas est victime d’une cam­pagne d’isolement et de sabotage, les États-​​Unis et ses alliés (notamment l’Égypte) sou­tenant les actions de la Fore de sécurité pré­ventive (FSP) de Mohammad Dahlan, figure du Fatah et allié incon­di­tionnel des États-​​Unis. Suite à l’enlèvement de Gilad Shalit, un soldat israélien, le 25 juin 2006, Israël arrête et retient en otage une grande partie des membres élus du Hamas. L’affrontement ouvert entre Fatah et Hamas à Gaza tourne à l’avantage de ce dernier en juin 2007 qui, malgré les bom­bar­de­ments israé­liens, main­tient sa mainmise sur Gaza. Face à cet imbroglio, Mahmoud Abas, soutenu par les amé­ri­cains et plu­sieurs états arabes (comme l’Arabie Saoudite, la Jor­danie et l’Égypte), en appelle à la com­mu­nauté inter­na­tionale en affirmant un lien, contesté, entre le Hamas et al Qaïda et décrète l’état d’urgence le 15 juin 2007 nommant à la tête d’un nouveau gou­ver­nement un écono­miste prag­ma­tique, Salam Fayyad. Mais la situation ne se sta­bilise pas car le Conseil légis­latif pales­tinien est bloqué, du fait de l’emprisonnement de ses membres élus du Hamas et de pro­fondes divi­sions qui minent le Fatah.

La confé­rence d’Annapolis le 27 novembre 2007 se révèle être le symbole de la média­ti­sation de la poli­tique amé­ri­caine et de sa réelle inca­pacité opé­ra­tion­nelle à appliquer son projet de démo­cra­ti­sation. Effec­ti­vement, si les États-​​Unis ont réussi à convier autour de la table de dis­cussion un large éventail de diri­geants arabes (dont l’Arabie Saoudite et la Syrie), les inter­lo­cu­teurs pré­sents sont inca­pables d’agir sur le terrain. L’obstination israé­lienne sur le maintien de la colo­ni­sation est un revers sonnant pour les amé­ri­cains et révèle fina­lement leur inca­pacité à infléchir la poli­tique de leur allié. Mahmoud Abbas est confronté à une contes­tation de son pouvoir à Gaza avec le Hamas alors que sa réelle autorité repose sur des 7 ter­ri­toires, émiettés et encerclés par les murs et les voies de contour­nement israéliens.

La crise de la légi­timité poli­tique dans les pays arabes révèle le fossé entre les peuples et les gouvernants.

3. En quête d’un nouveau départ pour la stratégie américaine ?

des annonces média­tiques et pleines d’espoir : le dis­cours du Caire (4 juin 2009)

L’élection de Barak H. Obama relance l’espoir pour le Moyen-​​Orient. Avec la secré­taire d’État, Hillary Clinton, les États-​​Unis s’engagent à remo­deler la région. Le Pré­sident a choisi le Caire, lieu contro­versé pour son auto­cratie et son immo­bi­lisme, mais allié et considéré encore comme un relais culturel et média­tique dans la région. Dans son dis­cours, il fait preuve d’une grande ouverture et d’une grande com­pré­hension des enjeux. Il sou­haite s’adresser au monde musulman et modifier sa per­ception des États-​​Unis. Son approche et consen­suelle et mul­ti­la­térale. Mais cela suffit-​​il pour lancer un « nouveau départ » ?

Tout d’abord, sa ren­contre avec Neta­nyahou, en mai 2009, démarque Obama de ses pré­dé­ces­seurs dans sa fermeté affichée à l’égard du pro­cessus de colo­ni­sation israélien et également de la création d’un État pales­tinien (dont Israël réclame qu’il soit dénué de toute sou­ve­raineté dans le domaine mili­taire et le contrôle de ses frontières).

l’essoufflement de la politique américaine

En sep­tembre 2009, les États-​​Unis appellent Abbas et Neta­nyahou autour de la table de négo­ciation alors que l’émissaire spécial amé­ricain, Georges Mit­chell, n’était parvenu à aucun accord sub­stantiel. Mais les pour­parlers n’aboutissent pas et Barak H.Obama, après s’être impa­tienté, reconnaît au Time le 21 janvier 2010 la dif­fi­culté de négocier dans ces dis­cus­sions : « Je pense que nous avons sur­estimé notre capacité à les convaincre de dialoguer. »

De sur­croît, Mahmoud Abbas est visi­blement affaibli par l’impasse de ces négo­cia­tions et perd l’assise auprès de son peuple, ren­forçant le décalage entre peuple et gou­ver­nants et ali­mentant les frus­tra­tions et les pos­si­bi­lités de violences.

Depuis février 2005 et l’assassinat de Rafik Hariri, les États-​​Unis avaient rappelé leur ambas­sadeur en Syrie. Fin juin 2009, un nouvel ambas­sadeur est nommé à Damas. Cette nomi­nation marque une volonté de réchauffer les rela­tions avec un acteur clé de la région alors même que les rela­tions entre Syrie et Israël sont très tendues ces der­niers temps. En Iran, même si Obama a infléchi les objectifs de Washington en per­mettant la pos­si­bilité de nucléaire civil sous condi­tions, Mahmoud Ahma­di­nejad joue de chan­tages pour conforter sa position.

De son côté, l’Égypte n’est plus un levier diplo­ma­tique aussi puissant qu’auparavant car le pouvoir aux mains de Mou­barak depuis 1981 est sclérosé et la récente mesure pour couper les tunnels sous la fron­tière avec Gaza (un mur métal­lique a été construit sous terre) a rendu le régime impo­pu­laire dans le monde arabe et obéré les pos­si­bi­lités de libé­ration du soldat israélien Gilad Shalit. Autre point de remo­delage diplo­ma­tique, la récente recon­nais­sance par les États-​​Unis du génocide arménien a froissé l’allié turc.

le spectre de la sécurité nationale toujours présent

Sur la plan inté­rieur, les États-​​Unis ont différé les mesures pro­mises (notamment la fer­meture de Guan­tanamo) en raison des menaces de décembre du vol Amsterdam/​Detroit et des failles constatées du système actuel de sécurité et de pré­vention. Malgré des annonces sym­bo­liques, les mesures se sont même ren­forcées pour amé­liorer l’efficacité de la sécurité nationale. Les États-​​Unis auront cer­tai­nement beaucoup de mal à se défaire de leurs peurs sécu­laires et du trau­ma­tisme causé par le 11 septembre.

les perspectives : la fin des projections militaires américaines ?

La diplo­matie forte de Barak H.Obama, si elle s’essouffle au fur et à mesure de ses confron­ta­tions avec le terrain, doit aussi com­poser avec la marge de manœuvre imposée par le Congrès. Néan­moins, les inter­ven­tions mili­taires amé­ri­caines directes désta­bi­lisent l’ensemble régional ; comme le montre l’exemple du Yémen, les poli­tiques amé­ri­caines semblent évoluer vers une coopé­ration avec les polices locales (Irak, Afgha­nistan) et vers une dis­suasion (nucléaire iranien). Pour autant, le déploiement dans le Golfe Per­sique d’importants moyens mili­taires (notamment des mis­siles Patriot) consi­dérés comme « défensifs et dis­suasifs » font redouter malgré tout des opé­ra­tions mili­taires d’ampleur contre l’Iran2.

En occupant l’Irak, les États-​​Unis ont ouvert une boîte de Pandore dan­ge­reuse. S’il est encore trop tôt pour tirer un bilan positif des élec­tions ira­kiennes, la forte par­ti­ci­pation des élec­teurs malgré les menaces d’al Qaïda est encou­ra­geante. De là à conclure à un échec du ter­ro­risme et à l’essor de la démo­cratie ver­tueuse… La poli­tique amé­ri­caine au Moyen-​​Orient d’Obama a béné­ficié d’un lan­cement média­tique mais souffre doré­navant d’une sclérose de ses alliés (l’Égypte, l’Arabie Saoudite), ou de leur entê­tement incon­trô­lable (Israël). En outre, le décalage de plus en plus criant entre les gou­ver­nants et la popu­lation, appelant une nou­velle géné­ration de diri­geants, contribue à nourrir la dés­illusion des peuples3.Une nou­velle géné­ration est-​​elle en marche mar­quant le déclin de la poli­tique amé­ri­caine ? Ou l’impasse d’une « solution » d’apaisement régional poursuivra-​​t-​​elle les ini­quités actuelles ?