La distance s’allonge entre Gaza et la Cisjordanie

Avi Issacharoff , dimanche 24 mai 2009

La pers­pective d’élections pré­si­den­tielle et par­le­men­taires pales­ti­niennes devient elle aussi plus loin­taine et irréa­liste tandis que le désaccord entre la bande de Gaza et la Cis­jor­danie s’accentue.

Il est dif­ficile de ne pas être impres­sionné par l’optimisme qui règne à la Maison-​​Blanche sur la question du Moyen-​​Orient. Mais, après une visite à Ramallah, on en vient à s’interroger sur les raisons d’un tel état d’esprit. La com­po­sition du nouveau cabinet du Premier ministre pales­tinien Salam Fayyad, qui a prêté serment dans la soirée du 19 mai, a pra­ti­quement réduit à néant tous les espoirs d’une récon­ci­liation pales­ti­nienne et, par là même, la pos­si­bilité d’évincer le régime du Hamas de la bande de Gaza dans un proche avenir. La pers­pective d’élections pré­si­den­tielle et par­le­men­taires pales­ti­niennes devient elle aussi plus loin­taine et irréa­liste tandis que le désaccord entre la bande de Gaza et la Cis­jor­danie s’accentue. Pour l’heure, la solution à deux Etats ne semble pas réa­li­sable, et pas seulement à cause du Premier ministre israélien Benyamin Néta­nyahou et de sa poli­tique de colonisation.

Il y a tout juste quelques mois, Fayyad a renoncé à encou­rager les efforts en vue de former un gou­ver­nement d’union nationale dans les plus brefs délais. Mais au cours de la der­nière série de dis­cus­sions entre le Fatah et le Hamas, qui a eu lieu au Caire et qui a pris fin le 18 mai sans résultats tan­gibles, les diri­geants de l’Autorité pales­ti­nienne ont décidé de donner le feu vert à la for­mation d’un cabinet sans le Hamas.

La plupart des jour­na­listes pré­sents au siège de l’Autorité pales­ti­nienne à Ramallah le jour de cette annonce avaient le sen­timent que les élec­tions prévues pour le mois de janvier n’auraient pas lieu tant que les deux camps pales­ti­niens ne se seraient pas récon­ciliés. Pour bon nombre d’observateurs, ni le Fatah ni le Hamas ne semblent sérieu­sement inté­ressés par une élection, mais, sans cela, le désaccord per­sistera, ce qui rendra caduque la solution à deux Etats même si Israël décide par miracle de geler la colo­ni­sation et conclut un accord de paix avec l’Autorité palestinienne.

Le 19 mai, quelques minutes avant 18 heures, des par­le­men­taires affiliés au Fatah qui avaient été désignés pour faire partie du nouveau gou­ver­nement – le trei­zième en qua­torze ans – reje­taient leur nomi­nation. En pro­posant plu­sieurs can­didats du Fatah qui ne comp­taient pas parmi les diri­geants du mou­vement, Fayyad avait suscité la colère de cer­tains hauts fonc­tion­naires, qui avaient appelé à boy­cotter son gouvernement.

Deux des réfrac­taires sont apparus à l’entrée du siège de l’Autorité pales­ti­nienne à 18 heures pré­cises, convoqués par le pré­sident de l’Autorité, Mahmoud Abbas, dans l’espoir d’obtenir leur col­la­bo­ration. Quatre minutes plus tard, ils ont quitté le bureau en colère, per­sistant dans leur refus. Mais cinq minutes après, le nouveau cabinet a prêté serment. Une fois la céré­monie ter­minée, Fayyad s’en est pris à Néta­nyahou. Interrogé sur la volonté du Premier ministre israélien de reprendre les négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens, il a répondu : “Je ne pense pas qu’il soit opportun de parler de négo­cia­tions alors qu’Israël ne res­pecte pas ses accords anté­rieurs.” Même si la majeure partie de son inter­vention a été consacrée à des pro­blèmes internes à la Palestine, il semble consi­dérer que les négo­cia­tions avec Israël sont désormais moins urgentes.

Alors comment expliquer l’optimisme de Barack Obama ? Un com­men­tateur pales­tinien de premier plan a avancé qu’il venait peut-​​être de son igno­rance. “Obama ne sait pas encore ce qu’est le Proche-​​Orient, ni ce qu’est le pro­blème pales­tinien, a-​​t-​​il dit. Il apprendra avec le temps.”