La difficile récolte des olives en Cisjordanie

Joseph Krauss, dimanche 4 novembre 2007

Le soldat israélien ouvre le grand portail de fer dans une clôture pour laisser passer une file de fer­miers pales­ti­niens au visage buriné par le soleil, dont les enfants conduisent les ânes pour la récolte des olives.

Coincée entre deux clô­tures qui entourent la colonie juive d’Itamar, dans le nord de la Cis­jor­danie, l’oliveraie de 280 arbres devient chaque année plus dif­ficile d’accès pour ces paysans.

« Avant le déclen­chement de l’intifada (en sep­tembre 2000), nous pou­vions nous rendre sans entrave pour faire la cueillette et retourner chaque soir avec 20 sacs d’olives. Main­tenant la cueillette est beaucoup plus pauvre », se plaint Mahmoud Qoriq, le patriarche sep­tua­gé­naire du clan. « Les colons nous jettent des pierres, ils nous insultent, ils nous crient de partir et l’armée ne fait rien », s’insurge-t-il.

Selon ces paysans, la cueillette est trois fois infé­rieure à celle d’antan. Ce n’est pas seulement à cause de la dif­fi­culté de soigner les arbres entre les cueillettes mais tout bon­nement parce que les colons d’Itamar s’emparent fur­ti­vement de la récolte. « Je les ai vus cueillir nos olives l’autre jour », témoigne Zuheir Darawsheh, 27 ans, dont la famille possède une oli­veraie de 250 arbres coupée en deux par une clôture. Un colon qui arrive sur les lieux, fusil M-​​16 en ban­dou­lière, dément quant à lui ces vols, tout en jugeant « honteux » que les Pales­ti­niens, pro­tégés en principe par l’armée, puissent être auto­risés à faire la récolte, tout près de l’implantation.

Itamar, un bastion ultra­na­tio­na­liste, en friction per­ma­nente avec les vil­lages arabes voisins, avait été en 2002 la cible d’une meur­trière attaque palestinienne.

Les arbres cen­te­naires ne consti­tuent pas seulement une source de revenu impor­tante pour les Pales­ti­niens, mais un véri­table symbole national de résis­tance à l’occupation et la colo­ni­sation. Au cours des années pré­cé­dentes, les récoltes ont été trou­blées par des vio­lences de colons, alors que des paci­fistes israé­liens et des volon­taires inter­na­tionaux venaient prêter main-​​forte aux fer­miers palestiniens.

L’ONG israé­lienne de défense des droits de l’homme Yesh Din (Il y a une loi) accuse l’armée israé­lienne d’avoir fermé les yeux l’an dernier sur les exac­tions des colons. Mais en juillet 2006, la Cour suprême d’Israël a ordonné aux forces de sécurité israé­liennes de pro­téger les fer­miers pales­ti­niens pour qu’ils puissent cueillir les olives. Depuis, les agres­sions de colons ont diminué, reconnaît le rabbin Arik Ascherman, à la tête du mou­vement des Rabbins pour les droits de l’homme, une orga­ni­sation paci­fiste de quelques dizaines de membres, qui accom­pagne des paysans de 30 à 40 vil­lages. Selon lui, la police israé­lienne a tou­tefois refusé d’engager des pour­suites contre des colons qui s’étaient livrés à des actes de van­da­lisme ou pris les olives, même lorsque leurs cartes d’identité avaient été trouvées près d’arbres dénudés.

Cent cin­quante volon­taires du mou­vement anti­co­lo­ni­sation La Paix maintenant [1] ont par­ticipé la semaine der­nière avec des culti­va­teurs pales­ti­niens à une cueillette d’olives près du bourg de Yata, dans le sud de la Cis­jor­danie. « C’est la seule façon d’éviter les har­cè­le­ments de fer­miers par des colons », estime une porte-​​parole du groupe, Moriah Shlomat.

Dans une vallée pai­sible à quelques kilo­mètres d’Awarta, Mohannad Ismaïl et les femmes de sa famille pré­parent les olives pour le pressoir. Il dit avoir perdu près de quatre hec­tares de ses terres au profit de l’implantation voisine d’Elon Moreh. « Les colons ont détruit mes arbres et planté les leurs à la place », confie-​​t-​​il.

À l’époque romaine, il y a 2 000 ans, la Palestine était déjà renommée pour ses olives.

[1] rap­pelons que l’AFPS organise depuis des années des "missions-​​​​cueillette" afin de per­mettre, par la pré­sence de mili­tants de la soli­darité, l’accès aux oli­ve­raies aux paysans pales­ti­niens soumis à la vio­lence des colons et de l’armée israé­lienne. Des groupes de l’Afps sont actuel­lement en Palestine occupée.