La confirmation du scénario du pire pour Israël

Laurent Zecchini, mardi 26 juin 2012

Retranché à Gaza, le Hamas espère que la vic­toire isla­miste égyp­tienne ren­forcera son influence

Ismaïl Haniyeh, diri­geant du Hamas et premier ministre de la bande de Gaza, fête le nouveau pré­sident égyptien, dimanche.

C’était le scé­nario du pire ; il s’est réalisé. Si les Israé­liens essaient de se ras­surer en sou­li­gnant que l’armée égyp­tienne devrait user de son pouvoir pour équi­librer celui du pré­sident Mohamed Morsi, la vic­toire du can­didat des Frères musulmans est, à bien des égards, une mau­vaise nou­velle pour l’Etat juif.

Le premier ministre israélien, Benyamin Néta­nyahou, a réagi, dimanche 24 juin, avec la pru­dence diplo­ma­tique convenue : Israël " se félicite du pro­cessus démo­cra­tique " en Egypte, en " res­pecte les résultats " et espère " pour­suivre la coopé­ration avec le gou­ver­nement égyptien sur la base du traité de paix " conclu en 1979, qui est de " l’intérêt commun des deux peuples et contribue à la sta­bilité régionale ".

Israël ne croit pas que la paix avec l’Egypte soit menacée, même si M. Morsi s’est pro­noncé pour un réfé­rendum à propos du traité et s’il évoque l’" entité sio­niste " pour parler de l’Etat juif. Israël va s’efforcer de nouer des rela­tions de coopé­ration avec le nouveau chef de l’Etat égyptien, mais bien des nuages s’annoncent. " Soit, com­mente un haut diplomate israélien, dans l’exercice du pouvoir, les Frères musulmans atté­nuent leur dis­cours isla­miste et font preuve de prag­ma­tisme ; soit ils veulent lancer leur "vraie" révo­lution en ouvrant des fronts avec l’armée égyp­tienne, et avec Israël. "

Le " ventre mou " du Sinaï

En tout état de cause, poursuit-​​il, l’armée va être mobi­lisée par la situation inté­rieure en Egypte, ce qui signifie qu’elle le sera encore moins pour sta­bi­liser la situation dans le Sinaï. Pour Israël, c’est la pre­mière consé­quence négative de l’élection de M. Morsi. Le Caire ne contrôle plus ce " ventre mou " de l’Egypte, laissant les tribus bédouines s’y livrer à des acti­vités de racket et de ter­ro­risme ; ces der­nières, assure-​​t-​​on à Jéru­salem, étant sou­tenues par les groupes isla­mistes de Gaza. Une nou­velle flambée de vio­lence s’est déve­loppée depuis huit jours entre ces der­niers et l’armée israélienne.

Ce regain de tension, qui a pro­voqué la mort d’un Israélien et d’une quin­zaine de Pales­ti­niens, est la consé­quence d’un incident qui s’est produit à la fron­tière avec l’Egypte. Les mani­fes­ta­tions de joie qui se sont déroulées dimanche à Gaza ont confirmé à Israël que le Hamas considère la vic­toire du can­didat des Frères musulmans égyp­tiens comme étant aussi un peu la sienne. Nul doute que le Mou­vement de la résis­tance isla­mique, qui a été fondé, en décembre 1987, par des membres de la confrérie, espère dis­poser à l’avenir d’un puissant relais poli­tique au Caire. " C’est une nou­velle ère qui s’ouvre en Egypte ; il s’agit d’un revers pour le pro­gramme de nor­ma­li­sation et de coopé­ration sécu­ri­taire avec l’ennemi " (israélien), a com­menté Mahmoud Zahar, numéro deux du Hamas à Gaza.

Israël espère que les mili­taires égyp­tiens, qui ont été ses alliés pour main­tenir le blocus de la bande de Gaza, vont continuer dans cette voie, mais rien n’est moins sûr. D’autres consé­quences fâcheuses sont à envi­sager pour l’Etat juif. Un Hamas ayant le vent en poupe sera un par­te­naire plus intrai­table pour le Fatah, le parti dominant de l’Autorité pales­ti­nienne, et pour son pré­sident, Mahmoud Abbas. Ce nouveau rapport de forces devrait avoir pour effet de retarder les chances d’une récon­ci­liation inter-​​palestinienne et la pers­pective d’élections géné­rales en Cis­jor­danie et à Gaza.

Ce n’est pas une mau­vaise nou­velle pour Israël, à ceci près : un nouvel affai­blis­sement de M. Abbas au profit du Hamas ne peut que réduire à néant les efforts pour réanimer le pro­cessus de paix israélo-​​palestinien. A plus forte raison parce que celui-​​ci a été qua­lifié il y a quelques jours de " cli­ni­quement mort " par M. Abbas.