La colère d’Israël suite aux publicités pirates dans le métro de Londres

Asa Winstanley, Electronic Intifada, jeudi 25 février 2016

Ce samedi matin, partout sur le réseau du métro de Londres, des militants de London Palestine Action ont placardé des affiches critiquant les mesures d’apartheid israéliennes contre les Palestiniens.

S’adressant à The Electronic Intifada, un militant du groupe qui a préféré garder l’anonymat a déclaré qu’ils avaient apposé 150 affiches sur au moins quatre différentes lignes du réseau. C’est l’activiste en personne qui nous a fourni ces photos.

Ces affiches sont des « subvertisements » (publicités subversives), des messages politiques destinés à ressembler à de la publicité sauvage. Elles ont été collées par-dessus des publicités payantes, a expliqué le militant.

L’action a été minutée afin de coïncider avec le lancement de la Semaine de l’apartheid israélien (Israeli Apartheid Week) qui débute ce lundi, au Royaume-Uni.

Dans une déclaration envoyée à The Electronic Intifada, les militants ont déclaré :

« Israël et ses partisans sont habitués à ce que les médias traditionnels répètent leurs éléments de langage. Le but de notre action est de mettre en lumière le soutien qu’Israël reçoit du gouvernement et de l’industrie de l’armement britanniques et des entreprises britanniques comme G4S, de même que le façon de ne présenter qu’une seule version des choses, qui est endémique à la BBC. »

Lundi, la Fédération sioniste du Royaume-Uni a instamment prié les autorités à « arrêter les coupables à l’origine de l’action ».

Des photos des affiches ont commencé à paraître dans les médias sociaux dimanche soir.

La direction des services de transport ont confirmé à l’adresse du Jewish Chronicle que nombre de ces publicités non officielles étaient toujours présentes lundi matin. Un porte-parole a déclaré au journal ce lundi que les affiches allaient être enlevées.

Cela signifie qu’elles auront été vues lors de l’heure de pointe du matin par une bonne partie des millions de navetteurs qui empruntent le métro chaque jour.

La colère d’Israël

Les hommes politiques israéliens étaient au bord de l’hystérie, ce lundi.

Le ministre israélien des Affaires étrangères a qualifié les affiches subversives d’ « incitatives » et a déclaré que le Premier ministre Benjamin Netanyahou avait ordonné à son directeur général adjoint d’ « exiger le retrait immédiat » des affiches lors d’une visite à Londres en vue de discussions avec le Foreign Office britannique.

Deux dirigeants de l’opposition israélienne ont également condamné les publicités. Yair Lapid a prétendu qu’elles étaient « antisémites » et a affirmé qu’il avait persuadé le maire de Londres, Boris Johnson, de les faire enlever.

L’ancienne ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni (qui, en 2009, a échappé à un mandat d’arrêt britannique pour crimes de guerre) a nié qu’Israël appliquât une politique d’apartheid et a déclaré que les affiches montraient bien que le mouvement BDS « était hostile à l’existence d’Israël ».

Un porte-parole de l’ambassade d’Israël à Londres a estimé que les publicités étaient une « sinistre » manifestation de « vandalisme ».

La déclaration des activistes

Les militants de London Palestine Action ont publié cette déclaration reprenant les références à tous les faits figurant sur les affiches :

Affichage subversif au métro de Londres :

La campagne a été menée par des militants de London Palestine Action (LPA) pour le lancement de la Semaine 2016 de l’apartheid israélien. Environ 150 affiches ont été placées bien en vue par surcollage sur des publicités déjà placardées dans les installations du métro. La motivation qui sous-tendait l’action n’était pas seulement de promouvoir le lancement de la Semaine de l’apartheid israélien, mais également de contre-attaquer le silence des médias occidentaux à propos de la situation en Palestine. Du fait que les organismes publics, les conseils locaux et les syndicats estudiantins sont menacés d’interdiction légale de boycotter des entreprises « aux agissements contraires à l’éthique », des événements comme la Semaine de l’apartheid israélien et autres actions collectives similaires revêtent beaucoup plus d’importance et sont plus pertinents que jamais. Les publicités subversives couvrent quatre problèmes :

(1)–De façon répétitive, la BBC sacrifie la vérité sur l’autel de sa partialité pro-israélienne.

(2)—La scandaleuse compagnie de sécurité britannique, G4S, prête son assistance à l’emprisonnement et aux mauvais traitements de milliers de Palestiniens, y compris des centaines d’enfants.

(3)—Le commerce d’armes entre le Royaume-Uni et Israël a pour conséquence des massacres de Palestiniens, mais il huile également les rouages de la machine de l’apartheid israélien.

(4)—La destruction de maisons palestiniennes devient un moyen routinier de punition collective, sous l’occupation israélienne.

Publié le 22 février 2016 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

Asa Winstanley est un journaliste freelance installé à Londres et qui a vécu en Palestine occupée, où il a réalisé des reportages. Son premier ouvrage : Corporate Complicity in Israel’s Occupation (La complicité des sociétés dans l’occupation israélienne) a été publié chez Pluto Press. Sa rubrique Palestine is Still the Issue (La Palestine constitue toujours la question) est publiée chaque mois.