La bande de Gaza agonise

Hassane Zerrouky, samedi 15 novembre 2008

Plu­sieurs enquêtes sou­lignent l’extrême dégra­dation de la situation du ter­ri­toire soumis au blocus d’Israël : mor­talité infantile et taux de chômage record, secteur sani­taire sinistré.

« Sauvez Gaza, sauvez la vie des enfants, sauvez notre avenir », tel est le cri d’alarme que lance Ziad Medoukh, ensei­gnant à l’université Al-​​Aqsa de Gaza, qui nous a fait par­venir un constat acca­blant de la situation. Gaza se meurt. Ce petit bout de ter­ri­toire d’à peine 360 kilo­mètres carrés est coupé du reste du monde, en raison du blocus imposé par Israël depuis juin 2007. Les 1,5 million d’habitants qui y vivent sont pra­ti­quement pri­son­niers : ils ne peuvent pas en sortir.

le secteur agricole réduit à néant

« La fer­meture de Gaza est une punition tant phy­sique que mentale de la popu­lation », a averti l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-​​Orient (UNRWA), dans un com­mu­niqué publié mardi (11 novembre). L’agence des Nations unies a indiqué que ses dis­tri­bu­tions ali­men­taires (blé, viande, lait en poudre et huile) à près de 750 000 Pales­ti­niens de Gaza devront cesser ce jeudi, à moins qu’elle n’obtienne un accès au ter­ri­toire occupé.

Il faut savoir que le nombre de camions de livraison de car­bu­rants, de mar­chan­dises et de pro­duits divers néces­saires à l’activité socio-​​économique et sani­taire est passé d’environ 300 par jour à la veille du blocus à 45 au tout début de ce blocus, pour être qua­siment nul aujourd’hui [1]. De ce fait, la pénurie ali­men­taire a auto­ma­ti­quement entraîné une hausse des prix dans une région où le taux de mor­talité infantile (30 décès pour mille, selon l’OMS) est l’un des plus élevé au monde.

Au plan écono­mique, sur les 3 900 PME-​​PMI en activité en 2005, il n’en reste que 195, qui fonc­tionnent au ralenti. Les 960 fabriques de vête­ments qui sous-​​traitaient quelque 5 mil­lions de pièces à des­ti­nation du marché israélien sont aujourd’hui à l’arrêt, et leurs 25 000 salariés, désormais au chômage, sont allés grossir les rangs des 80 % de sans-​​emploi que compte le territoire.

Durement touchée, l’agriculture (70 000 hec­tares), qui employait plus de 40 000 salariés (12 % de la popu­lation active), vivote. L’interdiction d’exporter les pro­duits agri­coles, occa­sionnant des pertes de 150 000 dollars par jour, ajoutée au manque de semences, d’engrais et d’équipements agri­coles, est en train de réduire à néant ce secteur vital de l’économie.

Plus graves encore sont les consé­quences sur les infra­struc­tures, la santé, l’éducation et plus géné­ra­lement la vie quo­ti­dienne des habi­tants de la bande de Gaza. En matière de construction, tous les projets ins­crits dans le cadre du pro­gramme des Nations unies - amé­na­gement du réseau routier et des rues des villes et des vil­lages, de la voirie, construction d’universités et d’hôpitaux d’une valeur de 350 mil­lions de dollars, sont à l’arrêt. La pénurie de médi­ca­ments risque de concerner plus de 160 types de pro­duits dans les pro­chains jours, rap­porte une étude du ministère de la Santé palestinien.

Faute de pièces de rechange, 90 appa­reils médicaux sont en panne. En outre, selon l’OMS, l’armée israé­lienne a interdit la sortie à 1 150 malades, dont 210 dans un état pré­oc­cupant, pour aller se soigner en Égypte ou en Jor­danie, voire ailleurs. Faute de soins à l’étranger, 259 malades sont décédés depuis juin 2007. À quoi s’ajoute, selon un rapport de l’OMS, le fait que « les trau­ma­tismes psy­cho­lo­giques et le stress connaissent des niveaux élevés, surtout chez les enfants et les jeunes adultes ».

centrales électriques à l’arrêt

En outre, la pénurie de car­burant, qui entraîne de fré­quents arrêts des cen­trales élec­triques encore en service, n’est pas sans consé­quences sur le fonc­tion­nement de sec­teurs vitaux en matière d’hygiène de vie et de santé : il en est ainsi des ser­vices d’adduction d’eau, des sta­tions d’épuration des eaux usées, du trai­tement des déchets, et plus géné­ra­lement du ramassage des ordures ; faute de car­bu­rants et de pièces de rechange, plus de 50 % du parc des véhi­cules de la ville de Gaza sont à l’arrêt, et les ordures s’amoncellent à vue d’œil dans les rues de Gaza et des autres localités.


Ecouter Phi­lippe Laz­zarini, coor­di­nateur de l’action huma­ni­taire de l’ONU pour les Ter­ri­toires palestiniens

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« A l’époque il y avait un espoir, les gens pen­saient à un avenir meilleur, alors qu’aujourd’hui (…) il n’y a plus de len­demain, plus de futur auquel ils puissent se raccrocher. »

Le blocus de Gaza imposé par Israël depuis la prise de contrôle du ter­ri­toire par le Hamas en juin 2007 ne fait qu’aggraver la situation huma­ni­taire des popu­la­tions. Près d’1,5 million de per­sonnes sur­vivent dans un ter­ri­toire en état de siège per­manent, où les appro­vi­sion­nement sont extrê­mement rares pour ne pas dire inexis­tants. Expli­ca­tions du res­pon­sable de l’OCHA (Office of the Coor­di­nation of Huma­ni­tarian Affairs) pour les Ter­ri­toires palestiniens.

[1] voir le Monde avec AFP :

Israël bloque un convoi d’aide à la bande de Gaza

Israël a maintenu fermés les points de passage vers la bande de Gaza, jeudi 13 novembre, "pour raison de sécurité", obli­geant ainsi un convoi d’aide huma­ni­taire pourtant annoncé par le ministre de la défense à rebrousser chemin. Trente camions trans­portant des pro­duits ali­men­taires de base, des médi­ca­ments et du matériel médical affrétés par des orga­ni­sa­tions huma­ni­taires ont ainsi été empêchés d’arriver à destination.

Le porte-​​​​parole du coor­di­nateur spécial de l’ONU pour le pro­cessus de paix au Proche-​​​​Orient, Richard Miro, a sou­ligné qu’"aucun camion n’a franchi depuis plus d’une semaine" la fron­tière. L’Agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés de Palestine (UNRWA), s’est dit contrainte de sus­pendre ses livraisons de pro­duits ali­men­taires de pre­mière nécessité aux habi­tants à compter de jeudi soir.

Selon un res­pon­sable de l’Autorité de l’énergie pales­ti­nienne à Gaza, l’Etat hébreu a également stoppé les livraisons de fioul financées par l’Union euro­péenne qui ali­mentent l’unique cen­trale élec­trique de Gaza, laquelle "ne fonc­tionne plus du tout". La cen­trale avait déjà cessé sa pro­duction faute de fioul lundi soir avant de redé­marrer le len­demain après l’autorisation par Israël des livraisons de car­bu­rants. Elle fournit habi­tuel­lement entre un quart et un tiers des besoins en élec­tricité de la région, le reste pro­venant d’Israël ou d’Egypte.

Israël impose à la bande de Gaza un blocus depuis que les isla­mistes du Hamas y ont pris le pouvoir par la force en juin 2007 aux dépens du Fatah du pré­sident Mahmoud Abbas. Cette mesure était censée être allégée avec la trêve de six mois entre Israël et le Hamas, négociée par l’entremise de l’Egypte et entrée en vigueur le 19 juin. Israël avait alors autorisé le passage des mar­chan­dises. Mais il a ensuite bouclé Gaza après les tirs de roquettes tout en relançant des opé­ra­tions mili­taires à l’intérieur du ter­ri­toire, qui ont coûté la vie à onze acti­vistes pales­ti­niens depuis le 4 novembre.

http://​www​.lemonde​.fr/​p​r​o​c​h​e​-​o​r​i​e​n​t​/​a​r​t​i​c​l​e​/​2008​/​​11​/​​13​/​​i​s​r​a​e​l​-​​​b​l​o​q​u​e​-​​​u​n​-​​​c​o​n​v​o​i​-​​​d​-​​​a​i​d​e​-​​​a​-​​​l​a​-​​​b​a​n​d​e​-​​​d​e​-​​​g​a​z​a​_​​1118401​_​​3218​.​h​t​m​l​#​e​n​s​_​i​d​=​1106055