La Russie envoie un message brouillé à Israël sur le statut de Jérusalem

Tout en se disant attaché à la « solution à deux Etats », Mocou affirme considérer « Jérusalem-Ouest » comme « la capitale de l’Etat israélien ».

Piotr Smolar, Le Monde, samedi 8 avril 2017

L’inconfort soudain de la diplomatie russe sur le dossier syrien explique peut-être le message étonnant, et difficile à décrypter, envoyé à Israël, jeudi 6 avril. Publié dans la matinée, un communiqué du ministère russe des affaires étrangères, consacré au conflit israélo-palestinien, a suscité la stupéfaction chez les dirigeants de l’Etat hébreu. Le texte rappelle l’attachement de Moscou à la solution à deux Etats. Mais il évoque aussi le statut de Jérusalem en des termes inhabituels, en ne renvoyant pas cette fois la question à la phase ultime de négociations de paix. « Nous confirmons notre attachement aux décisions de l’ONU sur les principes du règlement, y compris concernant le statut de Jérusalem-Est en tant que capitale du futur Etat palestinien. Nous soulignons dans le même temps que nous considérons, dans ce contexte, Jérusalem-Ouest comme la capitale de l’Etat israélien », est-il écrit.

Cette dernière phrase, qui suggère une forme de rupture, a été accueillie avec surprise et méfiance par les autorités israéliennes. L’ambiguïté de la formulation, noyée au milieu du texte, incite l’Etat hébreu à la retenue. D’autant que les médias russes, jeudi, ont traité de façon très diverse ce communiqué, sans le présenter comme un mouvement diplomatique audacieux. Mais l’hypothèse d’une formulation malencontreuse ou d’une faute de rédaction semble improbable. La publication d’articles dans la presse israélienne, titrant sur la reconnaissance immédiate de Jérusalem-Ouest comme capitale par Moscou, aurait pu être infirmée par les officiels russes, à commencer par l’ambassade à Tel-Aviv.

Le ministère israélien des affaires étrangères a dit « étudier » le communiqué. Certains médias, comme le Jerusalem Post ou le Times of Israel, veulent croire que la Russie brûle ainsi la politesse à l’administration Trump, en se précipitant pour reconnaître Jérusalem-Ouest comme capitale. Le consensus international veut que le statut de la ville sera tranché dans le seul cadre de négociations finales de paix. Mais dans le même temps, la Russie évoque Jérusalem-Est comme capitale d’un futur Etat palestinien, alors que les dirigeants israéliens considèrent la ville comme indivisible.

RENOUER LE DIALOGUE

Théoriquement, une reconnaissance de Jérusalem-Ouest comme capitale devrait entraîner le déménagement de l’ambassade russe de Tel-Aviv. Ce projet a été évoqué depuis des mois par Donald Trump pour l’ambassade américaine, mais est pour l’heure reporté. Washington veut d’abord tenter de relancer un processus diplomatique pour résoudre le conflit israélo-palestinien, avant d’envisager une mesure aussi chargée symboliquement, qui braquerait Ramallah. Les Etats-Unis souhaitent la tenue d’une conférence régionale, avec la Jordanie et l’Egypte, pour que les protagonistes renouent le dialogue. Une telle initiative exclurait la Russie, qui imaginait encore à l’automne qu’elle était capable de réunir Mahmoud Abbas et Benyamin Nétanyahou à Moscou.

Selon un responsable israélien, ce communiqué doit être pris en compte dans le cadre d’une certaine fébrilité russe sur le dossier syrien. Quelques heures après sa publication, Vladimir Poutine s’est entretenu par téléphone avec Benyamin Nétanyahou. Les deux administrations ont rapporté la conversation de façon différente. Le bureau du premier ministre a expliqué qu’il souhaitait présenter ses condoléances après l’attentat de Saint-Petersbourg. M. Nétanyahou a aussi demandé à ce que la communauté internationale « parachève ses efforts pour débarrasser la Syrie des armes chimiques, conformément à l’accord de 2013 ». Mais du côté russe, le chef de l’Etat a surtout exprimé son irritation à la suite de l’attaque d’Idlib, estimant qu’il était « inacceptable de formuler des accusations infondées contre quiconque avant une enquête internationale fouillée et non biaisée ». Le matin même, dans un entretien au Yediot Aharonot, le ministre israélien de la défense, Avigdor Lieberman, s’était dit certain « à 100 % » que le président syrien était le commanditaire de l’attaque.