La Banque Mondiale légitime l’occupation israélienne illégale de la Cisjordanie

Dawood Hammoudeh, jeudi 2 octobre 2008

Depuis le début du pro­cessus d’Oslo en 1994, la Banque Mon­diale a été très impliquée dans les projets de déve­lop­pement de l’Autorité Nationale Pales­ti­nienne (ANP) en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza.

Après la vic­toire élec­torale et mili­taire du Hamas et l’éviction de la bande de Gaza des forces fidèles au pré­sident de l’ANP, Abou Mazen, les projets de déve­lop­pement et de finan­cement de la Banque Mon­diale ont concerné exclu­si­vement la Cis­jor­danie. La nomi­nation de l’ancien employé de la Banque, Salam Fayyad, comme premier ministre en 2007 n’a fait que ren­forcer l’influence de la Banque Mon­diale sur la poli­tique écono­mique et de déve­lop­pement de l’ANP.

Le gou­ver­nement Fayyad a créé quatre dif­fé­rents "groupes de stra­tégie" (gou­ver­nance, économie, déve­lop­pement social et aide huma­ni­taire, infra­structure) ainsi que 13 sous-​​groupes de travail. Chacun est co-​​présidé par un donateur ou un fonc­tion­naire de l’IFI et un ministre de l’ANP.

Ces groupes sont res­pon­sables de la pla­ni­fi­cation, de la mise en œuvre et du suivi de la poli­tique du gou­ver­nement et de l’affectation des crédits bud­gé­taires. Cette structure crée un gou­ver­nement de l’ombre illé­gitime associé à un gou­ver­nement non élu, sup­primant ainsi toute pos­si­bilité de prise de décision indé­pen­dante et de démocratie.

Un deuxième niveau inter­na­tional de contrôle et de res­triction est ajouté parce que la majorité des fonds de l’ANP passent aujourd’hui par divers fonds d’affectation spé­ciale contrôlés au niveau inter­na­tional. La Banque Mon­diale ne verse des fonds d’affectation spé­ciale qu’à l’issue d’une triple série d’évaluations et d’audits afin de s’assurer que la per­for­mance globale de l’ANP ne dévie pas du cadre du Plan de Réforme et de Déve­lop­pement pales­tinien 2008 - 2010 (PRDP).

Le PRDP a été rédigé par l’agence de déve­lop­pement bri­tan­nique DFID, a été pré­senté lors de la confé­rence des dona­teurs à Paris en Décembre 2007 et a été adopté par le gou­ver­nement Fayyad. Il n’est donc pas sur­prenant que le PRDP ne diffère pas du cadre global de "déve­lop­pement" de la Banque Mondiale.

L’approche de la Banque concernant le déve­lop­pement en Palestine dépend de la pleine accep­tation du statu quo - y compris le maintien de l’occupation et la pré­sence des colonies et le mur - ainsi que des projets communs qui néces­sitent une coopé­ration entre l’ANP et Israël, souvent avec un troi­sième par­te­naire international.

Poli­ti­quement, ces projets de déve­lop­pement risquent de légi­timer les reven­di­ca­tions israé­liennes en ce qui concerne le mur, Jéru­salem, l’annexion des terres et des colonies qui ont abouti à la frag­men­tation et à la ghet­toï­sation de la Cis­jor­danie et de Gaza.

Le seul aspect nouveau est que, outre les tra­di­tionnels projets de bagnes indus­triels, la Banque Mon­diale prévoit d’inclure main­tenant des zones indus­trielles fron­ta­lières, de l’agro-business dans la Vallée du Jourdain et une industrie du tourisme.

Le projet de tou­risme proposé pour Bethléem illustre les risques liés à un travail commun, ainsi que les pro­blèmes généraux de déve­lop­pement sous une occupation.

Le gou­ver­nement Fayyad, la Banque Mon­diale et le gou­ver­nement français sou­tiennent un projet qui vise à relancer le secteur du tou­risme pales­tinien anéanti en encou­ra­geant et en faci­litant les visites de tou­ristes étrangers, mais cela ne fait que légi­timer l’occupation israé­lienne et le contrôle des fron­tières palestiniennes.

L’objectif du projet, appa­remment inof­fensif, est d’encourager le tou­risme en faci­litant les visites en Cis­jor­danie en passant par Israël. Loin d’être inof­fensif, il reconnaît les reven­di­ca­tions cri­tiques des Israé­liens dans et autour de Bethléem.

Par exemple, les plans demandent la création de « check­points amicaux pour les tou­ristes", néces­sitant des files sup­plé­men­taires et un trai­tement spécial pour les étrangers titu­laires d’un pas­seport. Cela per­mettra en outre d’institutionnaliser les check­points de l’armée israé­lienne qui, avec le mur et les colonies, ont trans­formé le dis­trict de Bethléem en un ghetto isolé et fragmenté.

La sépa­ration des tou­ristes et des Pales­ti­niens sert également les besoins israé­liens, en veillant à ce que les visi­teurs ne soient pas témoins ou n’expérimentent pas le trai­tement inhumain et dégradant réservé à la popu­lation palestinienne.

Tout aussi dom­ma­geable est la recon­nais­sance de Jérusalem-​​Est comme étant "Israël", et les check­points et le mur en tant que fron­tière légitime, com­pro­mettant ainsi expli­ci­tement les droits des Pales­ti­niens à leur capitale.

Eco­no­mi­quement, le projet de Bethléem laisse le secteur du tou­risme vul­né­rable aux mêmes pro­blèmes qui ont détruit cette industrie, à savoir l’occupation, le vol des terres et les res­tric­tions de cir­cu­lation. L’accent mis sur le tou­risme étranger est une ten­tative pour main­tenir le système de ghetto imposé à la Cis­jor­danie. Par défi­nition, il exclut le tou­risme interne, le pivot de tout secteur du tou­risme solide, qui a été écrasé. Les der­niers chiffres recueillis par le Centre Pales­tinien des Sta­tis­tiques indiquent que 64,5% des familles de Cis­jor­danie n’ont pas été en mesure de faire du tou­risme interne en 2007. En fin de compte, les ten­ta­tives de tra­vailler avec et autour de l’occupation finit par la légi­timer tout en échouant à aborder les prin­cipaux pro­blèmes du tourisme.

Les pro­blèmes liés aux projets communs ne se limitent pas à Bethléem, mais sont plutôt le signe d’un plus grand défi auquel fait face le déve­lop­pement pales­tinien. L’origine des pro­blèmes du déve­lop­pement pales­tinien, c’est l’occupation israé­lienne, et en fin de compte, il est contra­dic­toire de s’attendre à ce que la coopé­ration avec l’occupant conduise à toute sorte de déve­lop­pement significatif.

L’équilibre des pou­voirs garantit que les condi­tions de déve­lop­pement seront dictées par les hommes poli­tiques et les pla­ni­fi­ca­teurs israé­liens et est donc une abo­mi­nation pour la liberté écono­mique et la libé­ration poli­tique palestiniennes.