L’israélisation de Jérusalem

Aliaa Al-​​Korachi, samedi 31 janvier 2009

Depuis la création de l’Etat d’Israël, la ville fait l’objet d’un plan de judaï­sation. Eli­miner le caractère arabe de la cité sainte et en faire sa capitale, voilà l’objectif fan­tasmé par l’Etat hébreu.

Dès juin 1967, Tel-​​Aviv interdit le retour des Pales­ti­niens dans leurs maisons aux fron­tières de l’avant-guerre, tout en main­tenant ouvertes voire encou­ra­geantes les portes aux immigrés israé­liens. Pour arriver à ses fins de judaï­sation de Jéru­salem, le côté est de la ville en par­ti­culier, Tel-​​Aviv, a constitué un plan d’action qui arri­verait à terme aujourd’hui.

Les moyens mis en œuvre sont mul­tiples. D’abord, la mani­pu­lation des chiffres offi­ciels démo­gra­phiques. Puis, très vite Israël use de son arme humaine : la colo­ni­sation. Près de 192 000 colons résident illé­ga­lement dans 12 colonies à Jérusalem-​​Est. Des habi­tants parlent de « création » de colonies de toutes sortes : agri­coles, indus­trielles, civiles, mili­taires per­mettant d’estomper le tracé des fron­tières de juin 1967, rendant la division de la ville impos­sible. La colo­ni­sation va aussi au-​​delà des fron­tières de la ville actuelle pour constituer un cercle dit le Grand Jéru­salem et qui est limi­trophe de Ramallah à Bethléem en passant par Al-​​Khan Al-​​Ahmar.

Bien d’autres pro­cé­dures existent encore au service de la même cause. Un plan d’urbanisme de Jéru­salem a été minu­tieu­sement tracé afin d’y aug­menter la popu­lation juive. Tel-​​Aviv encourage les Israé­liens à migrer à l’aide de taxes inci­ta­tives et d’investissements de grande ampleur dans les quar­tiers juifs.

Quant aux habi­tants arabes, ils sont, à l’inverse, vic­times de res­tric­tions sans limites. Construire est devenu un vrai casse-​​tête. Pour pouvoir investir leurs ter­rains, les Pales­ti­niens doivent pos­séder un permis, à la fois cher mais également extrê­mement dif­ficile à obtenir. Si fina­lement le permis est obtenu, il n’offrira un passe-​​droit de construction que sur 25 % des terres. En dépit de la pénurie de logement qui fait rage à Jérusalem-​​Est, la muni­ci­palité israé­lienne ne délivre que 150 à 350 permis par an. Des construc­tions qui s’annulent lorsqu’on sait qu’elle démolit au moins 150 habi­ta­tions dans le même temps. En confis­quant et détruisant les pro­priétés, Israël ter­rorise les habi­tants arabes de Jéru­salem et les pousse de facto à quitter la ville.

Israël utilise en outre une poli­tique d’achat de ter­rains à l’intérieur du quartier arabe de la ville sainte, en pro­posant des offres attrayantes aux Israé­liens. Pour les plus réfrac­taires, Tel-​​Aviv a déjà eu recours à la confis­cation. Des juifs amé­ri­cains et euro­péens financent ces achats.

De sur­croît, les Pales­ti­niens de Jéru­salem sont confrontés à une dis­cri­mi­nation sociale qui rend la vie quo­ti­dienne dif­ficile et contrai­gnante. Ils paient les mêmes impôts que tous les rési­dents de la ville, sans pour autant béné­ficier des mêmes pri­vi­lèges. Pas de nou­velles écoles, pas de nou­veaux bâti­ments publics, pas de nou­veaux centres de santé pour les Pales­ti­niens, pas non plus d’investissements pour la réno­vation des routes (mis à part dans les quar­tiers de colons juifs), ni de sys­tèmes d’égouts et de réseaux d’eau. En fait, moins de 10 % du budget de la muni­ci­palité israé­lienne était alloué aux quar­tiers pales­ti­niens. Israël a aussi ins­tauré un système qui interdit aux Pales­ti­niens déten­teurs d’un pas­seport étranger de résider à Jéru­salem. Ainsi, les rési­dents sont traités comme des tou­ristes, obligés de renou­veler leur visa tous les trois mois. Sur le plan humain, entre autres formes aber­rantes de dis­cri­mi­nation, pas de réuni­fi­cation de famille si l’un des conjoints n’est pas de Jéru­salem. Par exemple, si une Pales­ti­nienne de Jéru­salem est mariée à un Pales­tinien de Ramallah, il ne peut pas se rendre chez elle, et s’il le fait, il est condamné à la prison et elle à une amende.

Le mur de sépa­ration a par ailleurs obligé 1 635 familles de quitter la ville. Et selon des calculs de l’Onu, environ 25 % des 253 000 Pales­ti­niens qui vivent à Jérusalem-​​Est ont été coupés de la ville par la bar­rière. Le plan de judaï­sation a même recours à l’archéologie pour consacrer l’occupation sio­niste de Jéru­salem et obli­térer la pré­sence arabo-​​palestinienne dans ce pays.

Des fouilles israé­liennes ont ainsi com­mencé à l’entrée de l’Esplanade des mos­quées à Jéru­salem, mettant en danger le troi­sième lieu saint de l’islam. Des fouilles ont été entamées afin de retrouver le Temple de Salomon qui se trou­verait juste sous la mosquée. Argument pour prouver que la Palestine leur appartient.

Enfin, Israël refuse tou­jours de mettre le conten­tieux de Jéru­salem sur la table, se laissant toutes les libertés pour achever son plan. L’Etat hébreu reporte et délègue le pro­blème d’année en année, et ce depuis les accords d’Oslo de 1993.


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La résolution oubliée

La réso­lution 303 de l’Assemblée générale des Nations-​​Unies, du 9 décembre 1949, a prévu un régime inter­na­tional pour la région de Jéru­salem et une pro­tection pour les lieux saints de la ville. Un texte qui n’a jamais été appliqué, ni r

especté. Pré­sen­tation d’un texte his­to­rique équi­table, réduit à un document dans les tiroirs.

Aujourd’hui sous l’occupation israé­lienne de la ville de Jéru­salem, le droit de faire la prière à la mosquée prin­cipale de la ville est interdit pour les habi­tants de la ville qui ont moins de 50 ans. Est-​​ce cela une situation accep­table dans un Etat libre et démo­cra­tique ? Même les chré­tiens de la ville ne sont pas épargnés par la loi mar­tiale israé­lienne décrétée dans cet Etat, sans Consti­tution, depuis l’occupation de la ville en 1967. La com­mission qui a suggéré le partage de la Palestine a bien compris le statut « sui generis » de la région de Jéru­salem, et a imaginé un régime spécial pour cette ville trois fois sainte, qui res­pecte les droits des fidèles des trois reli­gions mono­théistes, comme un droit de l’humanité entière sur cette ville. Une admi­nis­tration onu­sienne garan­tirait une formule où tout le monde sor­tirait gagnant et éviterait de tirer la cou­verture sur un groupe et négliger les droits des autres. Le statut inter­na­tional imaginé éviterait l’oppression sys­té­ma­tique des habi­tants aujourd’hui sous l’occupation, puisqu’il appré­hende les spé­ci­fi­cités cultu­relles, sociales et reli­gieuses de la ville. Il pourrait faire consensus et base pour une paix durable et une solution défi­nitive. Dès le départ en 1949, le terme de « Corpus sepa­ratum » (entité séparée) de toute future com­po­sition étatique en Palestine est utilisé dans la réso­lution pour désigner le statut de la ville de Jéru­salem, qui comme prévoit cette réso­lution, « sera admi­nistrée par les Nations-​​Unies ». Cette réso­lution 303 fixe les fron­tières de cette région qui « com­prendra la muni­ci­palité actuelle de Jéru­salem, plus les vil­lages et centres envi­ron­nants dont le plus oriental sera Abu Dis, le plus méri­dional Bethléem, le plus occi­dental Ein Karim (y compris l’agglomération de Mosta) et le plus sep­ten­trional Shufat », selon la réso­lution. Le Conseil de tutelle, qui est un organe prin­cipal de l’Onu inactif depuis 1994 mais qui est formé actuel­lement des cinq Etats per­ma­nents du Conseil de sécurité, était res­pon­sable d’appliquer cette résolution.

En 1994, à l’époque des accords d’Oslo, le Conseil de tutelle a considéré que tous les ter­ri­toires sous tutelle avaient acquis l’autonomie ou l’indépendance soit en tant qu’Etat à part entière, soit en s’intégrant à des Etats voisins. L’occupation de Jéru­salem par Israël n’a jamais permis l’exercice d’un pouvoir admi­nis­tratif de l’Onu sur la ville. L’Onu considère aujourd’hui que la ville a été « annexée par la force mili­taire suite à l’occupation », en dépit des nom­breuses réso­lu­tions, dont la 181 et la 242 du Conseil de sécurité. Et cette inté­gration est en contra­diction même avec la réso­lution 303 de l’Assemblée générale qui dit noir sur blanc « aucune mesure prise par un gou­ver­nement ou des gou­ver­ne­ments inté­ressés ne pourra empêcher le Conseil de tutelle d’adopter le statut de Jéru­salem et de la mettre en œuvre ».

La non adoption et la non appli­cation des réso­lu­tions fon­da­trices du droit inter­na­tional et de tout le système des Nations-​​Unies rendent logiques et banals l’absence de cré­di­bilité de l’Onu et le manque du respect et de confiance dans l’organisation inter­na­tionale, non seulement pour l’ensemble du peuple arabe, mais aussi pour tous les peuples du monde sans exception.

Amr Zoheiri