L’interminable exil

Amin Abu Wardeh, jeudi 7 décembre 2006

Cin­quante ans ont passé, et les mil­liers de réfugiés vivant dans les trois camps du nord de la Cis­jor­danie situés près de Naplouse ne voient encore aucun signe leur per­mettant d’espérer une amé­lio­ration de leurs condi­tions de vie.

Askar, Al Ein et Balata sont situés à l’est de Naplouse, une ville antique qui a subi une cam­pagne d’invasions quasi quo­ti­dienne depuis le début de l’Intifada en 2000. La vie dans les camps de Naplouse a attiré de nom­breux cher­cheurs et obser­va­teurs pré­oc­cupés par la catas­trophe écono­mique, poli­tique et sociale qu’elle repré­sente pour ses habitants.

Sabri Zukan, un cher­cheur, a écrit de nom­breux ouvrages traitant des souf­frances qui ont mené à l’établissement des camps pales­ti­niens en 1950 dans la Cis­jor­danie, la Bande de Gaza et à travers le Proche-​​Orient.

Khalid Mansour est un des res­pon­sables des ser­vices d’hygiène et de soins de base des camps établis par l’UNRWA (l’Agence de secours des Nations unies pour les réfugiés de Palestine) qui est offi­ciel­lement res­pon­sable des réfugiés, même si les partis poli­tiques, les gou­ver­ne­ments locaux, l’Autorité pales­ti­nienne et l’Organisation de Libé­ration de la Palestine ne cessent de se mobi­liser pour les habi­tants de ces camps insalubres.

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Invasion du camp d’Askar, 24 04 2006

Le camp de réfugiés d’Askar a été établi en 1950. Il est la seule agglo­mé­ration qui a pu s’expandre. En 1964, Askar a en effet pu béné­ficier de 90 dunams supplémentaires.

Ahmed Abu Rajab, 70 ans, vit dans le camp de Balata situé à quelques kilo­mètres de là, ainsi que ses petits-​​enfants. Le vieil homme s’assure quo­ti­dien­nement que sa des­cen­dance n’oublie ni sa terre ni sa dignité. Mohammed Abu Laila, pro­desseur dans une école financée par l’UNRWA, affirme que chaque enfant auquel il enseigne connait le nom du village d’où il vient.

Le camp de réfugiés de Balata est situé à l’est de Naplouse et tire son nom du village à partir duquel il a été construit. Sept mille per­sonnes sont venues l’habiter au moment de son édifi­cation : le camp compte actuel­lement 22 045 per­sonnes sur la même surface de terre selon les chiffres de l’UNRWA. La plupart des familles qui l’habitent pro­viennent de 25 vil­lages à présent situés en ter­ri­toire israélien.

Nas­rallah, coor­di­nateur du Comité pour la défense des droits des réfugiés pales­ti­niens à Balata, a affirmé que l’idée d’une com­pen­sation aux réfugiés a été caté­go­ri­quement rejetée par ceux-​​ci. "Cette offre ne résou­drait abso­lument pas le problème".

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Balata sous couvre-​​feu, 21 02 2006

Ahmed Masimi, 65 ans, affirme pour sa part qu’une petite par­celle de terre ne rem­placera jamais "nos mon­tagnes qui valent plus que de l’or". Le vieil homme estime qu’ "accepter une com­pen­sation serait un acte de traî­trise envers la terre".

Le camp de réfugiés Ein Beit El Ma, nommé com­mu­nément Al Ein, a été établi en 1950 sur 45 dunams. La popu­lation s’élevait à 450 per­sonnes. Nommée d’après une source d’eau de la région, Ein Beit El Ma compte à présent 6,500 réfugiés palestiniens.

Abu Kha­didja Hadira, 55 ans, a déclaré fiè­rement à PNN : "Lorsque l’on demande à mes enfants d’où ils viennent, ils ne nomment jamais le camp de réfugiés dans lequel nous sommes forcés de vivre depuis si longtemps".