L’improbable Etat palestinien de Benyamin Nétanyahou

Michel Bôle-​​Richard, mercredi 24 juin 2009

Alors que Nicolas Sarkozy reçoit aujourd’hui le premier ministre israélien, le cor­res­pondant du Monde à Jéru­salem revient sur la conception de l’Etat pales­tinien par Netanyahou.

Avigdor Lie­berman, le ministre israélien des affaires étran­gères, ne manque pas d’aplomb. Il a récemment déclaré aux Etats-​​Unis, lors de sa ren­contre avec le secré­taire général des Nations unies, Ban Ki-​​moon, que les colonies ne sont pas "un obs­tacle" pour la recherche de la paix et qu’il est mani­feste qu’il s’agit d’"une excuse pour ceux qui veulent esquiver les pour­parlers", à savoir les Pales­ti­niens. Ces der­niers refusent en effet de reprendre des négo­cia­tions avec le gou­ver­nement sorti des urnes le 10 février.

Les Pales­ti­niens motivent ce refus pour deux raisons. Ils exigent que le pro­cessus de colo­ni­sation soit entiè­rement gelé, y compris la pour­suite des construc­tions. Il s’agit de ne pas établir sur le terrain des faits accomplis empê­chant la création d’un Etat viable. L’Autorité pales­ti­nienne insiste également sur la recon­nais­sance du principe de "deux Etats pour deux peuples", sans que celui-​​ci soit assorti d’une bat­terie de condi­tions comme celles qui ont été énoncées par le premier ministre Benyamin Néta­nyahou, lors de son dis­cours du 14 juin.

"PROTECTORAT"

Depuis les accords d’Oslo de sep­tembre 1993, les Pales­ti­niens négo­cient pour faire avancer leur cause. Tout devait être résolu en 1999, mais ce ne fut pas le cas. Depuis, il y a eu la "feuille de route", en 2003, le plan de paix inter­na­tional pour créer une Palestine à la fin de 2005. Nouvel échec. Le pro­cessus d’Annapolis de novembre 2007, dont l’initiateur, George Bush, avait promis qu’il per­met­trait d’aboutir à la fin 2008 à la concré­ti­sation du rêve pales­tinien, n’a pas été plus fructueux.

Aujourd’hui, "Bibi" – surnom de M. Néta­nyahou – a fait, selon Nicolas Sarkozy, "une avancée impor­tante" en admettant sous la pression amé­ri­caine, après des décennies de refus, la création d’un Etat pales­tinien. Mais quel Etat palestinien ?

Démi­li­tarisé, sans contrôle de ses fron­tières, de son espace aérien ni de ses res­sources, sans la liberté de nouer des alliances. La vallée du Jourdain restera sous contrôle israélien. Les forces de sécurité gar­deront le droit d’intervenir à leur guise dans un Etat croupion, mais qui aura son drapeau, son hymne national et son gou­ver­nement, a promis M. Néta­nyahou. Ce qui est déjà le cas. Une sorte de "pro­tec­torat", comme l’a qua­lifié Yasser Abed Rabbo, proche col­la­bo­rateur du pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas.

Comme si ces res­tric­tions ne suf­fi­saient pas, "Bibi" a placé des garde-​​fous. Avant toute chose, les Pales­ti­niens doivent recon­naître Israël en tant qu’Etat juif. La recon­nais­sance par l’OLP en 1993 de l’existence d’Israël ne suffit plus. Le 1,5 million de Pales­ti­niens d’Israël, soit 20 % de la popu­lation, doit renoncer à sa spé­ci­ficité et se plier à la volonté "étatico-​​religieuse". Il n’est pas non plus question de tran­siger sur le droit au retour.

Il n’y aura pas de recon­nais­sance de res­pon­sa­bilité dans l’expulsion et le déra­ci­nement de 760 000 Pales­ti­niens en 1948, ni d’indemnisation ni de pos­si­bilité de réin­té­gration. Il est tota­lement exclu de diviser Jéru­salem, qui restera à jamais "la capitale unie" d’Israël. Quant à la colo­ni­sation, il est impos­sible de cesser de construire en zone occupée, car les colons font des enfants et qu’il est néces­saire de leur faire de la place. L’espace vital pour répondre à la crois­sance natu­relle ne concerne pas les Palestiniens.

LES CARTES ENTRE LES MAINS DE BARACK OBAMA

Pour les Pales­ti­niens, "trop, c’est trop". Pas question de recom­mencer des négo­cia­tions ad vitam aeternam qui ne mènent à rien, d’autant que les règles du jeu sont fixées à l’avance. "Il faudra attendre mille ans pour que les Pales­ti­niens acceptent de telles condi­tions", a ironisé Saeb Erakat, le prin­cipal négo­ciateur pales­tinien. Il a carac­térisé la situation par cette autre formule : "Le pro­cessus de paix avançait à l’allure d’une tortue. Cette fois, Néta­nyahou a mis la tortue sur le dos."

M. Néta­nyahou a beau dire qu’il ne s’agit pas de pré­con­di­tions, qu’il est prêt à entamer des pour­parlers de paix immé­dia­tement, que son gou­ver­nement est "sérieux dans [son] désir d’aboutir à un accord de paix", les Pales­ti­niens n’y croient plus et ils ne sont pas les seuls. "La carte des colonies contredit la carte de la paix", a fait remarquer l’écrivain israélien David Grossman, per­suadé "qu’il n’y aura pas de paix si elle ne nous est pas imposée".

Les cartes sont entre les mains de Barack Obama. Tout dépend de la pression qui sera exercée sur Israël pour que la paix devienne pos­sible et la Palestine une réalité. En l’état actuel des choses, c’est une mission impos­sible tant les préa­lables imposés sont inac­cep­tables. M. Néta­nyahou a eu beau tendre la main aux Pales­ti­niens, offrir le dia­logue aux Etats arabes, il n’a jamais men­tionné l’initiative de paix adoptée en mars 2002 par les vingt-​​deuxEtats arabes pré­voyant une nor­ma­li­sation des rela­tions avec Israël en échange d’un retour aux fron­tières de 1967 et d’un règlement "équi­table et agréé" de la question des réfugiés. Il a ignoré Anna­polis et la "feuille de route".

Les Pales­ti­niens ne veulent plus s’asseoir à la table des négo­cia­tions pour sim­plement échanger des poli­tesses, comme l’a dit M. Abed Rabbo. Ils veulent du concret. Barack Obama les com­prend. Il reste à faire entendre raison aux Israé­liens. La confron­tation n’a pas encore commencé.