L’impitoyable politique expansionniste de Blair, Bush et d’Israël

Michael Jansen, lundi 26 mai 2008

[Blair] est venu pour servir de cou­verture à la cam­pagne de colo­ni­sation d’Israël en Cis­jor­danie, pour ren­forcer sa mainmise sur Jérusalem-​​Est, et l’aider à confiner quatre mil­lions de Pales­ti­niens dans la minuscule Gaza et les enclaves de Cis­jor­danie cernées par des terres ou la mer prises par les Israéliens.

Tony Blair mar­chait d’un pas non­chalant dans le hall de l’hôtel Ame­rican Colony dans Jéru­salem Occupée par Israël alors que je prenais le thé avec un ami.

L’ancien Premier ministre et actuel envoyé spécial du Quartet pour le "pro­cessus de paix" moribond, Blair est en ville pour donner l’illusion qu’il se passe quelque chose dans les longues négo­cia­tions qui, selon les Pales­ti­niens, ne mènent nulle part.

Blair montre sa tête un jour par mois alors que son équipe tra­vaille dans l’hôtel, une grande demeure pales­ti­nienne en pierre acquise à la fin du 19ème siècle par un groupe d’Américains mes­sia­niques et des pèlerins chré­tiens suédois qui accueillaient des hôtes contre paiement pour financer leur opération.

C’est insultant que Tony Blair ait pris ce site comme base parce que c’est un symbole de la Jéru­salem arabe pales­ti­nienne depuis plus d’un siècle.

Insultant parce que Blair n’est pas ici pour aider les Pales­ti­niens assiégés. Il est venu pour servir de cou­verture à la cam­pagne de colo­ni­sation d’Israël en Cis­jor­danie, pour ren­forcer sa mainmise sur Jérusalem-​​Est, et l’aider à confiner quatre mil­lions de Pales­ti­niens dans la minuscule Gaza et les enclaves de Cis­jor­danie cernées par des terres ou la mer prises par les Israéliens.

La cou­verture est néces­saire parce que l’opinion publique inter­na­tionale en a de plus en plus marre des efforts des gou­ver­ne­ments amé­ri­cains et euro­péens pour réfréner l’appétit insa­tiable d’Israël de ter­ri­toire palestinien.

Alors qu’il est ici, Blair a, appa­remment, appelé divers asso­cia­tions et indi­vidus bien informés. Lui ou les membres de son entourage ont demandé des conseils sur la façon de ratio­na­liser les 611 check­points et bar­rages israé­liens de Cis­jor­danie afin de faci­liter le passage des Pales­ti­niens et leurs marchandises.

Un diplomate a observé : « Il devrait dire à Israël de déman­teler les check­points et non de nous demander comment aider Israël à les rendre plus tolé­rables pour les Palestiniens."

Ray Dolphin, un consultant du Bureau de Coor­di­nation des Affaires Huma­ni­taires des Nations Unies (OCHA), a déclaré à Gulf Today que respect par Israël des clauses de la "Feuille de Route" était "inexistant". Bien qu’Israël soit obligé de mettre un terme à l’expansion des colonies, il poursuit sa colonisation.

Les 11 prin­ci­pales cités et villes de Cis­jor­danie sont séparées les unes des autres par 149 colonies israé­liennes où vivent 480000 colons et 100 avant-​​postes de colons, les routes, le mur et d’autres obs­tacles et checkpoints.

Alors que toutes les colonies et avant-​​postes israé­liens - ces dernier étant illégaux au regard des propres lois israé­liennes parce que non auto­risés - ont l’accès à l’eau, des routes, l’électricité et la pro­tection de l’armée, 200 vil­lages pales­ti­niens n’ont tou­jours pas l’eau après 41 ans d’occupation israélienne.

Israël est tenu, par le droit inter­na­tional, non seulement de s’abstenir d’installer ses propres citoyens en ter­ri­toire occupé, mais aussi d’assurer le bien-​​être des habi­tants du ter­ri­toire occupé.

Dolphin a fait remarquer que si les obs­tacles étaient vraiment des­tinés à empêcher les Pales­ti­niens de s’infiltrer en Israël et de s’attaquer à ses citoyens, la majorité des check­points et des bar­rages seraient ins­tallés le long de l’ancienne ligne verte, la ligne de cessez-​​le-​​feu établie en 1948-​​49. Mais un grand nombre des check­points sont ins­tallés autour de Jérusalem-​​Est et sont conçus pour séparer la ville de la Cis­jor­danie et refuser l’accès aux habi­tants de Cisjordanie

Au cours de la der­nière visite du Secré­taire d’État amé­ricain, Condo­leezza Rice, Israël a promis d’enlever au moins 50 check­points et bar­rages rou­tiers, la majorité des bar­rages étant non gardés. Sur une liste de 61 check­points établie par OCHA, Israël affirme qu’il en a démantelé 44.

Tou­tefois, lorsque le per­sonnel d’OCHA est allé pour vérifier, ils ont constaté que sur les 44, seuls cinq étaient sur la liste, 17 n’ont pas pu être trouvées même si Israël avait fourni les coor­données GPS, et le reste de bar­rages enlevés étaient insignifiants.

Pour encore aggraver les choses, d’autres check­points et bar­rages ont été construits et les anciens check­points et obs­tacles ins­tallés lors de l’offensive mili­taire d’Ariel Sharon en 2002 n’ont jamais été enlevés.

Suivant l’exemple des Etats-​​Unis en Irak, Israël a également pri­vatisé la sécurité en embau­chant des sous-​​traitants pour gérer les check­points. Ces sous-​​traitants sont des « pro­fes­sionnels », a déclaré Dolphin, et non des réser­vistes de l’armée ou des conscrits.

Bien que de nom­breux soldats israé­liens soient hos­tiles aux Pales­ti­niens et les traitent durement sur les check­points, d’autres adoptent une attitude plus humaine.

Les sous-​​traitants "pro­fes­sionnels" ne risquent pas d’agir ainsi parce qu’ils sont payés pour avoir une attitude dure. Par consé­quent, la pri­va­ti­sation des check­points est sensée rendre la vie des Pales­ti­niens encore plus dif­ficile qu’elle n’est déjà.

Samedi dernier, un ami m’a emmené à Jéru­salem et nous sommes passés par le check­point de Hizmeh. La file de voi­tures dans cette direction qui attendait s’étirait sur au moins deux kilo­mètres le long de la quatre-​​voies de Cisjordanie.

La plupart des voi­tures étaient pales­ti­niennes, avec des plaques d’immatriculation jaunes et blanches de Jéru­salem, mais il y avait aussi des véhi­cules de colons arborant des dra­peaux israéliens.

Mon ami, un expert pales­tinien des bar­rages rou­tiers et des check­points, est passé à toute vitesse par un village et s’est approché de la file d’attente sur le côté, et s’est intercalé dans les trois files à l’avant du bouchon. Le check­point est encadré des deux côtés par le mur, haut de huit mètres.

Nous avons rapi­dement franchi l’une des trois portes où des soldats israé­liens ins­pec­taient les papiers d’identité et fouillaient des véhi­cules sus­pects. Mais alors qu’on nous faisait signe de passer, nous avons dû nous frayer un chemin à côté d’une voiture d’un noir étin­celant qui était arrêtée à l’intérieur du checkpoint.

Deux jeunes femmes portant le foulard, des kurtas et des pan­talons étaient debout sur la chaussée tandis qu’une troi­sième vêtue d’une veste rouge et sans foulard était poussé à l’arrière d’un véhicule blindé israélien par un soldat.

Mon com­pagnon a secoué la tête. La jeune femme qui venait d’être arrêtée allait passer des heures d’interrogatoire. Peut-​​être que c’était une Cis­jor­da­nienne qui tentait d’entrer à Jéru­salem illé­ga­lement. Qui sait. "Les check­points", a-​​t-​​il dit, "ne sont pas des­tinés à empêcher les kami­kazes mais de nous com­pliquer la vie."

Blair et son bon ami George W. Bush, qui est en visite cette semaine, n’ont rien fait pour s’attaquer à la course d’obstacles d’Israël com­posée de check­points, de bar­ri­cades, de colonies, d’avant-postes et de l’ensemble mur-​​clôture. Ils défi­nissent la forme et l’étendue de l’habitat pales­tinien en Cisjordanie.

Selon l’arrêt de la Cour inter­na­tionale de Justice, 80% du tracé des 723 kilo­mètres du mur-​​clôture d’Israël violent le droit inter­na­tional. Seuls 20% sont construits à moins de 100 mètres de la Ligne verte. Le doigt d’Ariel pénètre sur 22 kilo­mètres à l’intérieur de la Cis­jor­danie alors que le bloc nord de Kedumim-​​Shamron s’enfonce sur 14 kilo­mètres à l’intérieur du territoire.

Le tracé du mur-​​clôture dans cette région a été modifié, soi-​​disant pour amé­liorer les choses pour les Pales­ti­niens vivant à l’ombre de cette construction. Mais, dit Dolphin, la construction de "deux doigts au lieu d’un éviscère les dis­tricts de Qal­qilya et de Salfit".

L’énorme colonie urbaine de Maale Adumim, située sur des col­lines à 14 kilo­mètres à l’est de Jéru­salem, couvre plus de ter­ri­toire que Tel-​​Aviv.

Cette colonie a été conçue pour bloquer l’expansion natu­relle des Pales­ti­niens de Jéru­salem vers l’est. Le mur-​​clôture est achevé à 60%, 10% sont en construction et les 30% res­tants sont prévus mais ils ne sont pas com­mencé parce qu’Israël prétend qu’il n’a plus d’argent. 3 à 4 mil­liards de dollars sup­plé­men­taires sont néces­saires pour ter­miner l’ensemble. Cela ne com­prend pas l’entretien des struc­tures exis­tantes. Dolphin a suggéré qu’Israël aurait ralenti la construction en raison de contraintes politiques

Tou­tefois, si le mur-​​clôture est achevé comme prévu, 10% de la Cis­jor­danie se retrouvera der­rière la bar­rière. "Les hommes poli­tiques israé­liens y font [déjà] réfé­rence comme étant la fron­tière et non la Ligne Verte."

Dolphin dit qu’il y a une sorte d’accord tacite entre Israël, les États-​​Unis et l’Autorité Pales­ti­nienne pour qu’Israël annexe les grandes colonies construites sur 3 à 4% de la Cis­jor­danie et que les Pales­ti­niens rece­vront une com­pen­sation ter­ri­to­riale équivalente.

Tou­tefois, ajoute-t’il, il est impos­sible pour Israël de com­penser les 10%. La majorité des colons vivent dans les grandes colonies du côté israélien du mur alors que la majorité des colonies, avec 80.000 colons, sont situées du côté pales­tinien, à l’est du mur.

Cer­tains colons dans les petites colonies appar­tiennent à des groupes radicaux idéo­lo­giques, mais la majorité de ceux qui vivent dans les colonies au nord-​​est de Jéru­salem appar­tiennent au prin­cipal courant du Likoud qui ne peuvent pas être convaincus ou forcés de quitter le centre de la Cisjordanie.

Que peuvent faire Blair et Bush au sujet des check­points, des colonies, des avant-​​postes et du mur ?

Enlever quelques check­points et avant-​​postes ne servira pas à mettre un terme à la colo­ni­sation israé­lienne de la Cis­jor­danie et de Jérusalem-​​Est ou à sou­lager la vie des Pales­ti­niens qui y vivent.

Les méca­nismes israé­liens de contrôle et d’expropriation/dépossession doit être mis hors de nuire et les « faits sur le terrain » d’Israël doivent être extirpés.

Mais, comme un col­lègue l’a un jour observé, "L’homme poli­tique qui va sérieu­sement s’attaquer à Israël et changer sa poli­tique d’occupation n’est pas encore né."