L’espion libanais du Mossad avoue son implication dans des assassinats en Syrie

Mireille Delemarre, dimanche 23 novembre 2008

Le secré­taire général du Hez­bollah, Sayyed Nas­rallah, s’est dit confiant qu’un jour viendra où toutes les preuves de l’implication du Mossad dans les assas­sinats et attentats seront révélées.

Selon le quo­tidien libanais As Safir de mer­credi dernier (12 novembre) s’appuyant sur des sources sécu­ri­taires liba­naises, le chef du reseau libanais d’espionnage tra­vaillant pour le compte du Mossad israélien, Ali al-​​Jarah, a avoué aux enquê­teurs chargés de l’interroger qu’il avait reçu l’ordre de sur­veiller le quartier de Kafr Sousa à Damas, là où le chef mili­taire du Hez­bollah, Mugniyah, a été assassiné lorsqu’une bombe a explosé à l’intérieur de son véhicule en février dernier le tuant sur le coup.

Selon l’article de As Safir, al-​​Jarah a aussi avoué que le Mossad lui avait également demandé de faire un travail de recon­nais­sance dans la ville de Tartus, repérer les caméras vidéo, le déploiement de la sécurité, les points sen­sibles, mener une sur­veillance rap­prochée d’ un haut officier syrien, Mohammed Suleiman, en charge de la liaison avec les res­pon­sables du Hez­bollah, qui a également été assassiné.

D’autre part, Ali al-​​Jarah opérait également en plus de Damas et de Bey­routh, dans d’autres capi­tales du monde arabe et uti­lisait un véhicule mili­taire pour faci­liter ses dépla­ce­ments. De plus, selon le quo­tidien Al Akhbar, il a également fait plu­sieurs visites d’une durée d’un ou deux jours en Israël où le Mossad payait ses frais d’hôtel.

Actuel­lement, les enquê­teurs véri­fient si plu­sieurs de ses frères - en plus de Yousouf Jara qui a reconnu par­ti­ciper aux acti­vités d’espionnage - étaient également impliqués dans ce réseau d’espionnage pour le compte du Mossad. L’armée liba­naise a per­qui­si­tionné dans l’appartement des frères Jarah, et découvert une "salle opé­ra­tion­nelle" équipée d’un système de com­mu­ni­ca­tions sophis­tiqué. ils y ont également trouvé des équi­pe­ments de sur­veillance, du type non vendu sur le marché libanais. Les espions libanais du Mossad ont transféré des photos d’installations mili­taires et civiles, et pas­saient également des infor­ma­tions par voie orale. L’appartement des frères Jarah est situé sur une route prin­cipale conduisant du Liban en Syrie.

Lors de son dernier dis­cours public pour le jour de la com­mé­mo­ration des martyrs de la résis­tance, le 11 novembre dernier, le secré­taire général du Hez­bollah, Sayyed Nas­rallah, s’est dit confiant qu’un jour viendra ou toutes les preuves de l’implication du Mossad dans les assas­sinats et attentats seront révélées.

Récemment, le ministre de l’intérieur libanais, Ziad Baroud, s’est rendu à Damas pour ren­contrer son homo­logue syrien, une ren­contre dont il avait été chargé par le cabinet minis­tériel libanais pour dis­cuter d’une sélection de pro­blèmes en suspens. Suite à cette visite, le cabinet libanais a approuvé la for­mation d’un comité de suivi libano-​​ syrien basé sur les prin­cipes de coor­di­nation entre les deux minis­tères, à la condition que ce comité termine la tâche qui lui est assignée dans trois mois.

Selon un haut res­pon­sable de la sécurité liba­naise, ce réseau d’espionnage pour le compte du Mossad était l’un des plus dan­gereux réseaux d’espionnage dans l’histoire des ren­sei­gne­ments israé­liens actifs à l’étranger depuis 60 ans.

Le quo­tidien libanais As-​​Safir, rap­porte également que, dans le jargon israélien, mais aussi d’après l’expérience et les infor­ma­tions obtenues sur le fonc­tion­nement du Mossad, il existe trois types de réseau d’espionnage selon leur mission, com­plè­tement isolés les uns sur les autres :

- le premier a pour mission de déter­miner les objectifs et de les sélec­tionner, une per­sonne est en général assignée à ce type de mission ;

- le deuxième est chargé de la mission de recon­nais­sance sur la cible choisie, et d’ ins­pecter les lieux où elle sera exé­cutée, pour choisir le bon moment de l’exécution ;

- le troisième, consiste en l’exécution de la mission.

En ce qui concerne le réseau d’Ali Jarah et de son frère, il appar­tenait à la deuxième caté­gorie. Pour accomplir sa mission, Jarah a eu recours au camou­flage pour faci­liter ses dépla­ce­ments. Il béné­fi­ciait d’une cou­verture poli­tique pour pouvoir cir­culer librement entre le Liban et la Syrie. Il a pu se pro­curer un véhicule mili­taire enre­gistré lui per­mettant pendant trois décennies d’éviter les points d’inspection entre les deux pays voire de visiter le siège pales­tinien à Damas sans sou­lever le moindre soupçon..

Ali Jarah et son frère ont été recrutés après l’invasion israé­lienne en 1982. Des contacts ont été établis à l’intérieur et à l’extérieur du Liban entre eux et les ser­vices de ren­sei­gne­ments israé­liens. Les rela­tions entre­tenues entre Ali Jarah, sont frère et le Mossad se sont déve­loppées à tel point qu’ils ont béné­ficié d’un trai­tement de faveur comparé à d’autres agents tou­chant des primes et des sommes astro­no­miques (des dizaines de mil­liers de dollars alors qu’un simple agent touche 50 ou 100 dollars) . Ces gra­ti­fi­ca­tions montrent la très grande valeur des ren­sei­gne­ments fournis par les frères Jarah.

Selon les résultats de l’enquête, les frères Jarah ont adopté un mode de vie conforme à la nature sécu­ri­taire de leur job, jus­ti­fiant vis à vis de l’extérieur leur pos­session de matériel de sécurité, ou la pré­sence à leur domicile de lignes télé­pho­niques confidentielles.

Selon les enquê­teurs, Ali Jarah est l’homme clé de la réussite de ce type d ’assas­sinats et attentats, car c’est du deuxième type de réseau d’organisation du Mossad que tout dépend, la cible peut être changée, l’exécution annulée si les risques encourus sont trop grands.

Ali Jarrah a avoué avoir rempli d’autres mis­sions iden­tiques de repérage dans cer­taines capi­tales arabes qu’il visitait sous couvert de faire du tourisme.

L’enquête devrait se pour­suivre pendant plu­sieurs mois, car elle concerne désormais tous les assas­sinats, attentats, et les opé­ra­tions mili­taires israé­liennes et sécu­ri­taires menées dans la région de la Bekaa, depuis 1982 jusqu’à l’arrestation des frères Jarah, ce qui inclut aussi des embus­cades orga­nisées par l’armée israé­lienne contre cer­tains groupes palestiniens