L’autonomie du Mossad mise en cause en Israël

Marc Henry, mercredi 3 mars 2010

Après l’assassinat d’un cadre du Hamas à Dubaï, les médias cri­tiquent la cen­trale d’espionnage, véri­table « armée privée », qui ne rend de comptes qu’au premier ministre.

Le Mossad : une « armée privée » au service de Benyamin Néta­nyahou. Un com­men­tateur a dressé ce constat pour le moins abrupt à l’occasion de la tempête média­tique déclenchée par l’assassinat, le mois dernier, d’un res­pon­sable isla­miste pales­tinien du Hamas à Dubaï. Cette opé­ration n’a pas été reven­diquée par les ser­vices secrets israé­liens, ce qui n’empêche pas des médias de s’interroger sur l’absence de contrôle sur le Mossad.

Ce service est en effet le seul à dépendre exclu­si­vement du chef du gou­ver­nement. Le chef du Mossad n’a ne de compte à rendre qu’au premier ministre. Ni le Par­lement, ni les autres ministres, ni le Conseil de sécurité nationale n’ont leur mot à dire. Le chef du gou­ver­nement n’est pas obligé de rendre compte à son cabinet ou à la Knesset lorsqu’il donne son feu vert à une opé­ration, notamment pour les « trai­te­ments négatifs », terme en usage pour les élimi­na­tions. « Le premier ministre peut, mais ce n’est pas une obli­gation, informer le ministre de la Défense », confirme Binyamin Ben Eliezer, lui-​​même ancien ministre de la Défense.

L’exemple du Shin Beth

Le premier ministre choisit également le chef du Mossad et peut éven­tuel­lement pro­longer son mandat, comme cela a été le cas à deux reprises pour Meïr Dagan. Le danger, c’est, qu’en cas de « pro­blèmes », les dégâts sont loin d’être limités au Mossad. Lorsque des agents israé­liens se sont fait arrêter en Jor­danie en 1996, après avoir tenté d’empoisonner en pleine rue Khaled Mechaal, le chef poli­tique du Hamas, c’est tout l’accord de paix signé deux ans plus tôt entre Israël et le royaume hachémite qui a failli être remis en cause. Bref, le pays paie les consé­quences des actes d’un orga­nisme qui agit sans avoir à rendre des comptes.

Pour remédier à cette situation, des com­men­ta­teurs estiment que les règle­ments qui régissent le Shin Beth, le service de sécurité inté­rieure, devaient être appliqués au Mossad. La nomi­nation et l’éventuel limo­geage du chef du Shin Beth sont soumis au cabinet sur recom­man­dation du premier ministre. Le chef de ce service, chargé de la lutte anti­ter­ro­riste en Israël et dans les ter­ri­toires pales­ti­niens ainsi que du contre-​​espionnage, doit aussi pré­senter son bilan pério­di­quement à une sous-​​commission spé­ciale du Par­lement, dont les déli­bé­ra­tions sont secrètes. Pour le moment, le Mossad s’est refusé à se sou­mettre à un tel trai­tement en invo­quant des risques de « fuites » pour ses agents et ses taupes. Jusqu’ici, cet argument l’a emporté.