L’asphyxie de Gaza continue

Daniel Vanhove, jeudi 16 avril 2009

Le silence autour de la situation à Gaza n’empêche pas que se pour­suive l’asphyxie de ses habi­tants… bien au contraire !

Après l’agression massive israé­lienne en ce début d’année, la média­ti­sation de la Bande de Gaza est lour­dement retombée… alors que pourtant, rien ne s’est amé­lioré dans les condi­tions de vie de sa population.

La Com­mu­nauté inter­na­tionale est retombée dans son silence com­plice habituel… confirmant par-​​là aux Pales­ti­niens qu’ils ne doivent compter que sur leurs propres capa­cités pour résister à une occu­pation qui ne des­serre par d’un seul cran son étau meurtrier…

L’accès à la Bande de Gaza est tou­jours étroi­tement contrôlé par les auto­rités israé­liennes, et la popu­lation est ainsi tou­jours privée de pro­duits stric­tement élémen­taires : nour­riture, eau, médi­ca­ments… Mais qui s’en émeut !? Ces maudits Gazaouis ont mal voté en 2006… et nos pays occi­dentaux leur font payer chè­rement cette erreur du prix le plus élevé, afin que cela serve de leçon pour le futur (et à d’autres), qui sait !?…

Pourtant, voici ce que j’écrivais déjà à propos de Gaza, après un voyage effectué sur place en 2002, dans le cadre des Mis­sions civiles d’observation :

" (…) nous tra­versons les cen­taines de mètres séparant le poste fron­tière d’Israël avec celui de la Palestine. Un no man’s land qui fait froid dans le dos. Pré­sence mili­taire israé­lienne de toutes parts. Bar­belés, gué­rites de sur­veillance, miradors, fusils-​​mitrailleurs, postes blindés, jeeps et tout ce fatras nau­séeux qui attestent qu’ici des indi­vidus jouent à la guerre. Où est l’ennemi ? Mais partout, voyons ! Partout puisque tout Pales­tinien est un ter­ro­riste en puis­sance, dans la tête des malades qui dirigent l’Etat d’Israël. En fait d’ennemi, on ne ren­contre que des popu­la­tions exsangues, asphyxiées écono­mi­quement et psy­cho­lo­gi­quement. Des popu­la­tions ter­ro­risées par les exac­tions d’une armée bien souvent livrée à elle-​​même. Des femmes et des enfants qui vaquent au plus urgent, s’approvisionner en nour­riture pour la famille. Des jeunes gens qui errent dans les rues. Sans pos­si­bilité de se rendre aux cours et qui, ici et là, forment de petites bandes, sans pers­pective d’avenir. Qui égrènent le temps à lon­gueur de journée. No future ! Et des hommes épuisés. Qui sentent avoir perdu toute dignité aux yeux des leurs. Des hommes pour la plupart prostrés, hagards, habillés de vête­ments râpés. Des hommes sans boulot. Ce qui entraîne une pau­pé­ri­sation de plus de 80% de la popu­lation vivant avec moins de 2 € par jour. Voilà l’ennemi d’une armée sur­équipée, dont il fau­drait surtout parler comme d’une armée ravagée de haut en bas, par une paranoïa sans égale !

Le choc d’entrée dans la Bande de Gaza est tou­jours aussi fort. Etendues dévastées par les incur­sions des chars, fragile réseau de routes dans un état désas­treux, nom­breuses traces d’incendies et bidon­villes épars où tentent de s’organiser le reste de vie déman­telée de familles qui ont tout perdu, suite aux attaques d’une armée qui ne s’embarrasse pas de broyer des vies inno­centes. Tout ici, n’est que déso­lation. Et c’est à l’encontre de cette désolation-​​là que les soldats s’acharnent encore. A croire que tant qu’il restera une pierre sur l’autre, cette armée de mas­sacres déploiera ses bat­teries pour en venir à bout. Un cau­chemar, Gaza ! A la nuance, qu’il s’agit d’une sinistre réalité où sur­vivent des familles décimées. Déso­lation, désolation ! (…)

Nous sommes sidérés de voir à quel point la situation de la Bande de Gaza est catas­tro­phique par rapport à la Cis­jor­danie. Ici, rares sont les maisons recou­vertes de briques de façade ou de peinture. Les blocs de par­paings servent en même temps de murs exté­rieurs et inté­rieurs à l’habitation. Cela confère encore plus de tris­tesse à la ville. Tout est gris. Tout semble délabré. A Gaza, chaque mur est un Mur de lamen­ta­tions ! " (1)

Il y a 7 ans de cela… Et tout le monde sait, que depuis, la situation n’a fait que se détériorer…

Qu’attendent donc nos res­pon­sables poli­tiques pour prendre les mesures qui conviennent et sanc­tionner l’occupant qui n’a tenu compte d’aucun des aver­tis­se­ments envoyés par dif­fé­rentes Réso­lu­tions des Nations unies ou par dif­fé­rentes agences inter­na­tio­nales et ONG pré­sentes sur le terrain, y compris, à l’intérieur même d’Israël ? Force est de constater que nos poli­ti­ciens et nos diplo­mates, signent-​​là l’une de leur pire parjure, qui se solde par la faillite de leur cré­di­bilité… Et qu’il convient dès lors qu’à l’approche des élec­tions euro­péennes (et belges) les citoyens en retiennent bien la leçon !

Aujourd’hui, un nouveau gou­ver­nement israélien a été formé. Plus à droite que jamais ! Dont les ténors musclent leurs décla­ra­tions dans une escalade qui en dit long sur ce qui les anime. Au point que, même le Pré­sident de l’Etat, Shimon Pérès, a dû ras­surer la Com­mu­nauté inter­na­tionale. C’est dire ce qui attend encore la situation des Pales­ti­niens… et la mobi­li­sation que chaque militant doit conserver.