L’Union pour la Méditerranée prise au piège des tensions israélo-​​arabes

L’Orient le Jour, vendredi 24 octobre 2008

Contrai­rement à ce qui avait été annoncé par la pré­si­dence fran­çaise de l’UE le 13 juillet, les Pales­ti­niens n’acceptent tou­jours pas la décla­ration qui fait acte de la nais­sance offi­cielle de l’Union pour la Médi­ter­ranée, car elle ne rap­pelle pas que le pro­cessus de paix doit conduire à la création de deux États pales­tinien et israélien.

Les 3 et 4 novembre, à Mar­seille, se tiendra une réunion cru­ciale des ministres des Affaires étrangères.

Trois mois après son lan­cement en grande pompe par Nicolas Sarkozy, l’Union pour la Médi­ter­ranée, loin d’avoir dépassé les cli­vages qui asphyxiaient le par­te­nariat euro-​​méditerranéen depuis des années, est déjà englué dans les ten­sions entre Israël et les pays arabes. « Il y a des dis­cus­sions féroces sur la question de la par­ti­ci­pation ou non de la Ligue arabe (à l’Union). Du coup, rien n’avance », a expliqué une source euro­péenne, à quinze jours d’une réunion cru­ciale des ministres des Affaires étran­gères euro-​​méditerranéens à Marseille.

Lors de cette ren­contre des 3 et 4 novembre, les 43 pays par­te­naires doivent décider de ques­tions de base comme le lieu, la com­po­sition et les pou­voirs du secré­tariat général qui sera chargé de gérer les projets concrets de cette nou­velle Union. Cette nou­velle péri­pétie « n’est pas une sur­prise. Toutes les ques­tions pro­cé­du­rales épineuses avaient été repoussées » à novembre, a com­menté Clara Marina O’Donnell, du Center for European Reforms à Londres. « Il y a eu un opti­misme excessif quand Nicolas Sarkozy a lancé cette Union parce qu’il a rebaptisé (le pro­cessus de Bar­celone) sans régler ses problèmes-​​clés », en par­ti­culier le fait que beaucoup de ses pays membres « ne se parlent pas », a-​​t-​​elle ajouté.

L’Union pour la Médi­ter­ranée reprend en effet l’essentiel du pro­cessus dit de Bar­celone, lancé en 1995 pour ren­forcer les rela­tions euro-​​méditerranéennes mais resté sans résultat notable en raison du conflit israélo-​​palestinien. La France espérait que sa nou­velle « union de projets », qui prévoit en par­ti­culier la dépol­lution de la Médi­ter­ranée, per­met­trait de dépasser les conflits poli­tiques. « Il y a tou­jours des pro­blèmes liés au conflit israélo-​​arabe et c’est pour cela que l’Union pour la Médi­ter­ranée a été créée. Mais tout ne peut pas être résolu en un jour. On espère par­venir à des solu­tions à la réunion de Mar­seille », a fait valoir une source européenne.

Concrè­tement, le pro­blème actuel vient du fait qu’Israéliens et Arabes n’ont pas la même inter­pré­tation du statut d’observateur octroyé à la Ligue arabe lors du lan­cement de l’Union pour la Médi­ter­ranée le 13 juillet. « Les pays arabes veulent qu’elle par­ticipe en tant que telle à toutes les réunions, quel que soit le niveau », a expliqué un diplomate d’un pays arabe. « Où qu’elle entre, (la Ligue arabe) tra­vaille contre l’idée même der­rière l’Union médi­ter­ra­néenne qui est la coopé­ration. Elle essaie de chasser Israël de l’Union », a rétorqué un haut res­pon­sable du ministère israélien des Affaires étrangères.

Résultat : les réunions censées pré­parer la ren­contre minis­té­rielle de novembre à Mar­seille ont été annulées, selon plu­sieurs sources européennes.

Il y a eu malgré tout des dis­cus­sions bila­té­rales sur ces ques­tions, mais il y a tou­jours une « plé­thore de can­didats » pour le siège, notamment Bar­celone et Tunis, selon une source euro­péenne. Pour le ministre marocain des Affaires étran­gères, Taïeb Fassi Fihri, il est encore pos­sible de trancher toutes les ques­tions liées au secré­tariat général de l’Union en novembre. « Mais il faut ras­surer, sur le plan poli­tique, cer­tains qui se posent des ques­tions sur la par­ti­ci­pation de la Ligue arabe et sur les phrases concernant la gestion du conflit pales­tinien », a-​​t-​​il expliqué la semaine dernière.

Contrai­rement à ce qui avait été annoncé par la pré­si­dence fran­çaise de l’UE le 13 juillet, les Pales­ti­niens n’acceptent tou­jours pas la décla­ration qui fait acte de la nais­sance offi­cielle de l’Union pour la Médi­ter­ranée, car elle ne rap­pelle pas que le pro­cessus de paix doit conduire à la création de deux États pales­tinien et israélien. Peut-​​être seront-​​ils plus satis­faits de la décla­ration de Mar­seille sur le pro­cessus de paix, encore en préparation.