L’UE pourrait réclamer une compensation pour la démolition de bâtiments palestiniens donnés en zone E-1

Israël prétend que ces structures, qui hébergent quelques milliers de Bédouins, font partie de la « construction illégale » de cette zone controversée de Cisjordanie.

Jonathan Lis, Haaretz, dimanche 17 janvier 2016

Un campement bédouin en zone E1, entre Jérusalem et la colonie israélienne de Maale Adumim en Cisjordanie, le 3 décembre 2012. AFP

L’Union européenne envisage de demander à Israël un remboursement pour la démolition de constructions non-autorisées qu’elle a données aux Bédouins et aux Palestiniens en Cisjordanie dans le cadre de son aide humanitaire.

"Nous savons que l’Union européenne envisage de demander réparation à Israël pour la destruction de projets menés avec des financements européens, et tout ce qui est lié à des violations par Israël du droit humanitaire dans ce cadre," a déclaré à la Commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset le chef du département des organisations européennes du ministère des affaires étrangères, Avivit Bar Ilan.

Bar Ilan a refusé d’entrer dans les détails du dialogue entre l’UE et le ministère des affaires étrangères sur la question, car la réunion du comité n’était pas confidentielle.

Carte de la zone E-1 (Haaretz)

Le député Moti Yogev (Habayit Hayehudi,) qui présidait la réunion, a noté que, lors d’une précédente réunion, on avait indiqué au comité que les pays de l’UE dépensaient 110 millions d’euros sur de tels projets. On lui a aussi présenté un film aérien montrant des maisons mobiles et des toilettes portables à l’extérieur de Ma’aleh Adumim, dans le couloir E-1 qui relie la colonie et Jérusalem, supposément construites avec des fonds de l’UE.

Bar Ilan a présenté la position israélienne officielle sur la question. "Toute construction illégale doit être démolie," a-t-elle dit. "Israël n’accepte pas l’interprétation de l’UE concernant l’aide humanitaire. Israël est souverain et nous attendons une coordination. Israël a demandé une liste de projets et ne l’a pas reçue".

"Nous avons décidé d’instituer un dialogue technique informel pour discuter de la question", a-t-elle ajouté. "Nous avons convenu que le contenu de ce dialogue ne sera pas rendu publique. Des représentants du ministère des affaires étrangères, le coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires [de l’armée israélienne] et le conseil national de sécurité participent à ce forum, et il est tenu avec l’ambassadeur de l’Union européenne en [Israël] ».

Cette séance du comité a traité de l’expansion de la construction illégale par des Bédouins dans la zone controversée E-1. Les députés ont été informés que quelques 12.000 personnes vivent dans la région aujourd’hui, dont la plupart sont des Bédouins qui y ont migré ces dernières années.

Le chef adjoint de l’administration civile de l’armée israélienne, le colonel Uri Mendes, a annoncé au comité que 974 structures ont été construites dans la zone E-1 en 2014, dont 408 ont été démolies.

"En août dernier, 13 bâtiments ont été démolis à Mishor Adumim. La semaine dernière, cinq autres [ont été démolies]. Le lendemain, lorsque des tentes leur ont été données, nous les leur avons aussi confisquées ", a-t-il précisé. « Partout, lorsque c’est possible, les démolitions sont effectuées."

Mendes a présenté les plans de l’administration civile pour établir des complexes pour les Bédouins dans la région et a parlé des problèmes qui se posent.

« Pourquoi voulez-vous vous occuper d’un groupe si nous savons qu’ils sont Palestiniens et qu’ils n’étaient pas là [ndlt : auparavant] ? » demanda MK Nurit Koren (Likoud). "Ce n’est pas un territoire occupé."

Le brigadier général (en retraite) Dov Sedaka, qui dirige le projet de l’Administration civile destiné à légaliser la situation des Bédouins, a indiqué au comité que, même si les constructions illégales étaient légalisées, cela n’offrirait une solution que pour 45 pour cent des Bédouins. Les 55 pour cent restants sont des résidents arabes qui débordé des zones A et B dans la zone C.

Pour ces 55 pour cent des Bédouins, la solution n’est pas la régularisation de leur statut, mais la démolition et leur renvoi à l’Autorité palestinienne, a ajouté Sedaka.

Yogev a répondu : "J’ai demandé à l’Administration civile de mener une enquête auprès de la population palestinienne en zone C, afin de savoir qui vit parmi nous. Nous devons nous occuper d’eux, et aussi pour savoir qui est arrivé en la zone C à partir des zones A et B. "

Le député Bezalel Smotrich (Habayit Hayehudi) a affirmé que l’Administration civile évitait de démolir des constructions appartenant aux Bédouins et aux Palestiniens pour de mauvaises raisons, et il a proposé de transférer la responsabilité des démolitions aux chefs des conseils locaux et régionaux où la construction a lieu, par exemple, à la ville de Ma’ale Adumim. Smotrich a aussi proposé de bloquer le transport des matières premières nécessaires à la construction avant même leur arrivée dans l’usine construite à cet effet près de Haïfa.

Ces dernières années, l’UE et les organisations internationales d’aide ont consacré une grande partie de leurs activités aux efforts humanitaires et diplomatiques en zone C. Ils disent que les restrictions israéliennes au raccordement des villages palestiniens à l’eau, à l’électricité et aux infrastructures de transport sont en contradiction avec la responsabilité d’Israël en tant que puissance occupante.

Le plan israélien d’évacuer les Bédouins de la région et de les installer dans des communautés permanentes, ainsi que de détruire diverses communautés dans le sud de la Cisjordanie et dans les zones de tir, est décrit par l’UE comme un « transfert de populations et de l’expulsion forcée », qui sont interdits par le droit international.

Un affrontement a éclaté au cours de la réunion entre Yogev et Mendes. Yogev a attaqué l’officier qui présentait des chiffres : « Je vous demande de ne pas parler. Je n’ai pas reçu de réponse de votre part. Asseyez-vous et taisez-vous, c’est l’anarchie ici », a-t-il dit.

MK Tzipi Livni (Union sioniste) était furieuse contre Yogev qui avait attaqué l’officier, et elle lui a dit d’adresser ses critiques au Premier ministre Benjamin Netanyahu qui est celui qui détermine la politique en la matière. Yogev s’est rétracté.

Traduction RP pour AFPS