L’ONU rompt le silence : « Israël commet des crimes de guerre lâches à Gaza »

Le Quotidien, lundi 21 janvier 2008

Le rap­porteur spécial de l’ONU pour les droits de l’homme dans les ter­ri­toires occupés, John Dugard, hausse le ton. Il a dénoncé les crimes de guerre "lâches" commis par Israël dans la bande de Gaza lors des raids de la semaine écoulée.

Dans un com­mu­niqué diffusé par le Haut com­mis­sariat des Nations unies pour les droits de l’homme à Genève, l’expert indé­pendant a accusé Israël de recourir à un châ­timent col­lectif et de ne pas dis­tinguer entre cibles mili­taires et civiles.

"Les res­pon­sables d’actes aussi lâches se rendent cou­pables de graves crimes de guerre et doivent être pour­suivis et sanc­tionnés", a estimé Dugard, estimant que l’intervention israé­lienne a fait près de 40 morts dans les rangs pales­ti­niens durant la semaine.

Le rap­porteur a par­ti­cu­liè­rement condamné le tir de mis­siles contre un bâtiment admi­nis­tratif à proximité d’une céré­monie de mariage, estimant que l’armée israé­lienne ne pouvait ignorer le risque de pertes humaines parmi les civils.

Dugard a estimé que les Etats-​​Unis et les autres pays engagés dans le pro­cessus de paix d’Annapolis avaient "une obli­gation à la fois légale et morale" de forcer Israël à mettre fin à son intervention.

Les opé­ra­tions israé­liennes sont en repré­sailles à des tirs de roquettes lancés depuis Gaza contre le ter­ri­toire de l’Etat hébreu.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU se réunira mer­credi en session extra­or­di­naire afin d’examiner la situation dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, à la demande des pays arabes et isla­miques qui ont réuni 22 signa­tures sur les 47 pays membres du Conseil, a annoncé l’ONU ven­dredi soir.

L’armée israé­lienne a paral­lè­lement pour­suivi ses opé­ra­tions contre les Pales­ti­niens, tuant deux membres du mou­vement isla­miste Hamas, maître de Gaza, dans un raid aérien à Jabaliya (nord).

Depuis jeudi soir, l’approvisionnement en car­bu­rants, en pro­duits ali­men­taires et en aide huma­ni­taire est stoppé à la suite de la décision israé­lienne d’accentuer sa pression contre le Hamas pour tenter de faire cesser la pluie de roquettes qui s’abat sur le sud de l’Etat hébreu.

Consé­quence immé­diate : de nom­breuses sta­tions essence n’avaient plus de car­burant, néces­saire au fonc­tion­nement des géné­ra­teurs qui four­nissent l’électricité lors des cou­pures de courant, huit heures par jour.

Israël a fermé tous les points de passage y compris pour les carburants.

Ven­dredi, il n’y a eu aucune livraison, a affirmé, sous couvert d’anonymat, un haut res­pon­sable de l’Union euro­péenne, qui finance l’achat des car­bu­rants palestiniens.

Les habi­tants de ce ter­ri­toire sur­peuplé et pauvre se sont pré­ci­pités dans les sta­tions service après l’annonce du bouclage.

"Nous n’avons plus de diesel. Les gens, surtout les conduc­teurs de taxi, se sont rués sur les pompes", a affirmé le pro­prié­taire de la station essence al-​​Tarazi, l’un des plus impor­tantes de Gaza.

Le res­pon­sable de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (Unrwa) à Gaza, John Ging, a indiqué que la seule cen­trale élec­trique de Gaza, qui ne fonc­tionne déjà qu’à moitié de ses capa­cités depuis plu­sieurs mois, pourrait cesser sa pro­duction sans appro­vi­sion­nement rapide.

"Nous sommes très inquiets car il y a déjà de très impor­tantes cou­pures d’électricité" en raison de la réduction, en décembre, de l’approvisionnement israélien de courant à Gaza, a sou­ligné Ging, pré­cisant que les hôpitaux du ter­ri­toire avaient du mal à fonctionner.

"Des quar­tiers comme Chou­jaïya sont déjà sans élec­tricité depuis quatre jours", a pour­suivi le res­pon­sable onusien.

Selon Ging et le haut res­pon­sable de l’UE, les auto­rités israé­liennes leur ont fait savoir que le bou­clage total de Gaza "serait réexaminé lundi".

Face à cette situation, le porte-​​parole du gou­ver­nement du Hamas, Taher al-​​Nounou, a appelé l’Egypte à ouvrir le point passage de Rafah pour "faire entrer les pro­duits de base", tout en pro­mettant que son mou­vement ne plierait pas face aux sanctions.

La fron­tière de Rafah, entre le sud de la bande de Gaza et l’Egypte, est fermée depuis la prise du pouvoir par le Hamas en juin. L’Egypte n’a autorisé son ouverture qu’à de rares reprises pour laisser passer des pèlerins se rendant à La Mecque.

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