L’OLP accepte le principe de négociations indirectes avec Israël

R.I., lundi 8 mars 2010

Les diri­geants pales­ti­niens acceptent de mener des dis­cus­sions indi­rectes avec Israël sous l’égide des Etats-​​Unis [1]afin de relancer le pro­cessus de paix, a annoncé, hier, Yasser Abed Rabbo, le secré­taire général de l’OLP.

« La direction pales­ti­nienne a décidé de donner une chance à la sug­gestion amé­ri­caine d’aboutir à un accord en conduisant des dis­cus­sions indi­rectes avec Israël », a déclaré Abed Rabbo lors d’une confé­rence de presse à Ramallah (Cis­jor­danie), siège de l’Autorité pales­ti­nienne du pré­sident Mahmoud Abbas. Cette décision, enté­rinée par le Comité exé­cutif de l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP), fait suite au soutien apporté par les ministres arabes des Affaires étran­gères à des négo­cia­tions indi­rectes pour une durée de quatre mois, afin de « donner une chance » aux efforts de paix amé­ri­cains [2].

Le feu vert de l’OLP, qui était attendu, ne fait tou­tefois pas l’unanimité dans les rangs pales­ti­niens. Deux fac­tions de gauche, le Parti popu­laire (ex-​​communiste) et le Front popu­laire de libé­ration de la Palestine (FPLP), qui sont membres de l’OLP, ont, pour leur part, exprimé leur oppo­sition à ces dis­cus­sions indi­rectes, estimant que les condi­tions de leur succès n’étaient pas réunies. De son côté, le mou­vement isla­miste Hamas, qui contrôle la bande de Ghaza, mais qui ne fait pas partie de l’OLP, est farou­chement opposé à toute dis­cussion avec Israël.

[1] voir S. Dumont :

Le « sherpa » discret de Netanyahou

L’avocat d’affaires Yitzhak Molho, un fidèle du premier ministre israélien, va mener des négo­cia­tions indi­rectes dès ce lundi avec les Palestiniens.

« Nous avons décidé de donner une chance à la sug­gestion amé­ri­caine d’aboutir à un accord de paix en conduisant des négo­cia­tions indi­rectes avec Israël. » C’est par la voix de Yasser Abed Rabbo  –  un proche conseiller du pré­sident Mahmoud Abbas  –  que l’Autorité palestinienne (AP) a levé dimanche le boycott des pour­parlers de paix avec l’Etat hébreu qu’elle avait pro­clamé pour pro­tester contre la pour­suite de la colo­ni­sation de la Cisjordanie.

La décision était attendue depuis plu­sieurs jours, ce qui explique l’arrivée dès samedi de l’émissaire amé­ricain pour la paix George Mit­chell. Celui-​​​​ci sera suivi ce lundi par le vice-​​​​président Joe Biden qui offi­cia­lisera la reprise du pro­cessus de paix entre Israël et les Palestiniens.

Concrè­tement, les pour­parlers se dérou­leront de manière indi­recte. Du moins durant les quatre pre­miers mois. L’équipe israé­lienne sera emmenée par Yitzhak Molho, un avocat d’affaires de Jéru­salem auquel le premier ministre Benyamin Neta­nyahou  –  qui se méfie des fonc­tion­naires et des diplo­mates  –  confie la plupart de ses mis­sions déli­cates. Quant à l’équipe pales­ti­nienne, elle sera dirigée par le ministre des Négo­cia­tions, Saeb Erekat, un homme au fait des dos­siers depuis plus de dix ans.

Discret, poli, voire effacé, Yitzhak Molho est peu connu du grand public. Pourtant, cet avocat d’affaires résidant dans un quartier huppé de Jéru­salem est l’une des rares per­son­na­lités à s’exprimer librement devant Benyamin Neta­nyahou. Car les deux hommes sont liés de longue date, leurs familles se fré­quentent et leurs domi­ciles privés se trouvent à proximité l’un de l’autre.

Précédent avec Yasser Arafat

Offi­ciel­lement, Yitzhak Molho n’a pas une grande expé­rience des affaires inter­na­tio­nales même s’il est consul hono­raire d’Autriche à Jéru­salem et si sa Jaguar porte les plaques diplo­ma­tiques ad hoc. En fait, dans l’organigramme du cabinet du premier ministre israélien, il est men­tionné comme « conseiller spécial ». Ce qui ne révèle pas grand-​​​​chose sur ses activités.

Concrè­tement, l’avocat est le « sherpa » de Benyamin Neta­nyahou. En juin 1996, lorsque ce dernier est devenu chef du gou­ver­nement pour la pre­mière fois, c’est à Yitzhak Molho qu’il a confié la mission de ren­contrer secrè­tement Yasser Arafat ainsi que les diri­geants de l’Autorité pales­ti­nienne. Cela alors qu’il jurait publi­quement qu’il « ne négo­cierait jamais avec cette bande de terroristes ».

Deux ans plus tard, lorsque son patron a démis­sionné pour être rem­placé par Ehoud Barak, Yitzhak Molho n’a pas coupé les contacts avec l’AP et cette constance lui sera sans doute utile dans les semaines à venir.

Depuis un an, l’avocat a également effectué de nom­breux et dis­crets voyages à Washington. Il a noué des contacts avec l’administration Obama au sein de laquelle Benyamin Neta­nyahou n’est mani­fes­tement pas en odeur de sainteté. Ceux qui le connaissent affirment qu’il s’y est constitué un réseau d’amitiés.

Les chro­ni­queurs de la presse israé­lienne, de leur côté, ne s’attendent pas à ce que les pour­parlers indi­rects que Yitzhak Molho est chargé de mener débouchent rapi­dement sur du concret. « Dans un premier temps, ils se dérou­leront sans doute à Washington, ce qui per­mettra à l’entourage de Barack Obama de sur­veiller de près leur dérou­lement, affirme le com­men­tateur poli­tique Amnon Abra­mowicz. Ensuite, lorsque les deux parties pas­seront à la phase des dis­cus­sions directes, les Amé­ri­cains res­teront tou­jours pré­sents mais un peu plus en retrait. » Yitzhak Molho quittera alors la scène pour remplir d’autres mis­sions loin de l’agitation média­tique dont il a une sainte horreur. http://​www​.letemps​.ch/​P​a​g​e​/​U​u​i​d/541

[2] voir aussi RFI

Le vice-​​​​président amé­ricain Joe Biden au Proche-​​​​Orient pour relancer le pro­cessus de paix

Le vice-​​​​président amé­ricain, Joe Biden, entame ce lundi 8 mars 2010 une tournée qui va le mener dans plu­sieurs pays de la région. Joe Biden est attendu en Israël, dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens et en Jor­danie. Son escale égyp­tienne a été reportée en raison de l’hospitalisation en Alle­magne du pré­sident Mou­barak. Joe Biden ren­con­trera également Tony Blair, envoyé spécial du Quartet pour le Proche-​​​​Orient.

La mission de Joe Biden est double : essayer de relancer les pour­parlers de paix israélo-​​​​palestiniens, mais aussi réparer les rela­tions entre les Etats-​​​​Unis et Israël. Main­tenant que l’émissaire spécial George Mit­chell a déblayé le terrain en obtenant l’accord et des Israé­liens et des Pales­ti­niens de par­ti­ciper à des pour­parlers indi­rects, le vice-​​​​président amé­ricain arrive pour sou­ligner le désir de l’administration Obama de faci­liter la reprise d’un dia­logue inter­rompu il y a 14 mois.

En dépit de cette percée poten­tielle, le climat n’est pas des meilleurs avec la décision de Ben­jamin Neta­nyahou d’ajouter le caveau des Patriarches et la tombe de Rachel, à Bethléem, à la liste des sites faisant partie des sites his­to­riques du patrimoine d’Israël.

Joe Biden va aussi se rendre en Cis­jor­danie pour ren­contrer les diri­geants pales­ti­niens. En Israël, le vice-​​​​président, qui abordera la question du nucléaire iranien, va également lancer une offensive de charme auprès du Premier ministre, assez malmené par l’administration Obama au cours de sa pre­mière année au pouvoir.

La Maison Blanche vient de recon­naître que ses pres­sions exces­sives sur Ben­jamin Neta­nyahou pour qu’il renonce aux colonies de peu­plement avaient été contre-​​​​productives. En réaf­firmant le soutien indé­fec­tible des Etats-​​​​Unis à l’Etat hébreu, Joe Biden espère ras­surer le Premier ministre et le rendre moins intran­si­geant dans les futurs pourparlers.

Avec notre correspondant à Wasghington, Jean-​​​​Louis Pourtet

http://​www​.rfi​.fr/​c​o​n​t​e​n​u​/​20100308-…