L’OCDE accueille le « Grand Israël »

Luisa Baroni, mardi 9 mars 2010

Ce texte n’est pas une analyse de l’AFPS. Néan­moins il nous paraît suf­fi­samment important pour que nous le met­tions en évidence ici

L’organisation pour la coopé­ration et le déve­lop­pement écono­miques (OCDE) légitime de fait l’occupation israé­lienne des Ter­ri­toires pales­ti­niens et autorise l’entrée d’Israël en son sein. Tel est le sens d’un document confi­dentiel, daté du 1er février 2010 et dis­po­nible à l’adresse Internet sui­vante : http://cryptome.org/israel-oecd.zip

Ce texte s’inscrit dans le pro­cessus d’évaluation de la can­di­dature d’Israël à l’adhésion à l’OCDE. Celle-​​ci devrait se pro­duire au mois de mai pro­chain, à en croire les propos du secré­taire général, Angel Gurria, lors de son voyage en Israël, en janvier dernier, pour la pré­sen­tation des deux rap­ports de l’organisation, l’Etude écono­mique d’Israël [1] et la Revue du marché du travail et des poli­tiques sociales d’Israël [2]. Et le ministre italien de l’Economie, Giulio Tre­monti l’a confirmé le 3 mars.

Le document confi­dentiel « Adhésion d’Israël à l’organisation : projet d’opinion for­melle du Comité sta­tis­tique » se pré­sente comme l’ébauche d’évaluation dudit Comité de l’OCDE – dit CSTAT – sur la cor­res­pon­dance entre les faits pré­sentés par Israël et les exi­gences écono­miques de l’organisation à l’égard de ses Etats membres. La pré­sen­tation de faits ainsi que de sta­tis­tiques ana­ly­tiques, struc­turés sur une période brève, explique le document, « est l’une des obli­ga­tions fon­da­men­tales pour l’adhésion », confor­mément à la Convention fon­da­trice de l’organisation.

Le document retrace le pro­cessus d’évaluation de la can­di­dature d’Israël. Aux points 18-​​19 et 58-​​60, il est dit qu’Israël n’a pré­senté jusqu’à présent que des données concernant non seulement son propre ter­ri­toire, mais aussi Jérusalem-​​Est, les hau­teurs du Golan et les colonies de Cis­jor­danie, zones occupées illé­ga­lement depuis 1967. L’intégration de données sur les colonies est par­ti­cu­liè­rement impor­tante : en Cis­jor­danie, celles-​​ci béné­fi­cient de pri­vi­lèges écono­miques dont sont exclus les citoyens israé­liens à l’intérieur de la Ligne verte. D’où une défor­mation de l’image ainsi fournie de l’économie et de la qualité de la vie en Israël. Mais cela reflète surtout le refus d’Israël de pré­senter des sta­tis­tiques dis­tinctes pour lui-​​même et pour les Ter­ri­toires qu’il occupe.

Pourtant, le rapport ne considère pas cette question comme un obs­tacle sus­cep­tible d’empêcher l’adhésion d’Israël à l’OCDE. Au contraire : le Comité sta­tis­tique « recom­mande la pré­pa­ration d’une étude en commun avec les auto­rités israé­liennes afin d’évaluer l’impact quan­ti­tatif des hau­teurs du Golan, de Jérusalem-​​Est et des colonies israé­liennes de Cis­jor­danie sur les données-​​clés ras­sem­blées au plan écono­mique et social ». Cette étude ne sera tou­tefois pro­duite que « dans l’année suivant l’adhésion d’Israël à l’organisation », c’est-à-dire une fois que l’Etat en sera devenu membre.

Si le texte affirme que « Israël s’est engagé à contribuer acti­vement à cette étude après son admission », qui garantit que le gou­ver­nement israélien ne refusera pas, fina­lement, de pré­senter les données exigées ? Mais le pire est ailleurs : avec ce document, l’OCDE reconnaît de fait l’occupation israé­lienne et la légitime au niveau international.

L’OCDE qui siège à Paris, ras­semble trente Etats, a pour but la pro­motion de l’économie de marché et le libre-​​échange sur une base néo-​​libérale. Née en 1948, dans le cadre du plan Mar­shall, cette orga­ni­sation des Etats de l’Europe occi­dentale sous para­pluie amé­ricain s’est trans­formée en 1960 en orga­nisme inter­na­tional. Attendent actuel­lement d’y adhérer – outre Israël – le Chili, l’Estonie, la Russie et la Slovénie.

Le pro­cessus d’adhésion d’Israël a com­mencé en 1993, dans le cadre des accords d’Oslo. Les cri­tiques les plus fortes de l’OCDE vis-​​à-​​vis de la poli­tique israé­lienne concer­naient jusqu’ici trois faits : l’occupation des ter­ri­toires pales­ti­niens et les données sta­tis­tiques à son sujet, la cor­ruption de l’armée et le droit de pro­priété intel­lec­tuelle dans l’industrie pharmaceutique.

Depuis 2007, le pro­cessus a enre­gistré une accé­lé­ration grâce au choix des gou­ver­ne­ments israé­liens de tailler dans les dépenses sociales et de pri­va­tiser de nom­breux sec­teurs. L’adhésion d’Israël repré­sentera une recon­nais­sance de la légi­timité et de la nature démo­cra­tique de l’Etat d’Israël, d’autant plus pré­cieuse qu’elle inter­viendra dans un contexte très par­ti­culier : contrai­rement à la rhé­to­rique des col­loques de paix, Israël déve­loppe actuel­lement une répression sys­té­ma­tique contre la résis­tance popu­laire non vio­lente en Cis­jor­danie tout en pour­suivant le siège de la bande de Gaza.

Pour cette stra­tégie, le gou­ver­nement Netanyahou-​​Lieberman-​​Barak a plus que jamais besoin que jamais de recon­nais­sance inter­na­tionale. Et il a de plus en plus de mal à l’obtenir, comme le montrent l’adoption du rapport Gold­stone par l’Assemblée générale des Nations unies, les conclu­sions du sommet européen de décembre dernier, les percées de la cam­pagne Boycott-​​Désinvestissement-​​Sanctions. L’OCDE va-​​t-​​elle, à contre-​​courant, légi­timer l’occupation et la colonisation ?