Journée de réflexion de l’AFPS.

Réunion de Saint Denis du 4 décembre 2004., dimanche 20 février 2005

Le 4 décembre, une qua­ran­taine de per­sonnes repré­sentant seize groupes locaux se sont réunies à Saint-​​Denis pour faire le point sur la situation en Palestine et sur la mobi­li­sation en France.

La situation en Palestine par Claude Léostic.

Le projet sio­niste a tou­jours consisté à nier la réalité pales­ti­nienne avec comme leit­motiv "il n’y a pas de par­te­naire pour la paix", en dia­bo­lisant constamment Arafat (refus, à Camp David, de ‘’l’offre géné­reuse ’’ de Barak ; inci­tation à l’Intifada, refus de la paix…).

Main­tenant, ce projet sio­niste se retrouve dans l’annonce du désen­ga­gement uni­la­téral de Gaza, pour occuper davantage la Cis­jor­danie et faire de Gaza une prison invi­vable, tout cela avec l’appui de Bush ("décla­ration Balfour II"), la mise hors jeu de la com­mu­nauté inter­na­tionale et une confi­gu­ration du monde en’’empire du bien’’ com­battant ‘’l’empire du mal’’. 70 % des Israé­liens sont favo­rables au retrait de Gaza mais les colons sont contre. Cer­tains obser­va­teurs parlent de deux Etats juifs : l’Etat d’Israël et l’Etat des colons (le coût de la colo­ni­sation depuis 1967 a été de 100 mil­liards de dollars ! ). Pour Sharon, la feuille de route n’existe plus. Il se dit prêt à la création d’un Etat pales­tinien mais… un Etat fait de bantoustans.

Après la mort du Pré­sident Arafat, il n’y a pas eu le chaos annoncé, ni besoin de rechercher un dauphin (l’Autorité pales­ti­nienne n’est pas une monarchie). Les ins­ti­tu­tions ont fonc­tionné, la Consti­tution a permis la tran­sition, le tout dans un contexte d’occupation qui ne se relâche pas et de colo­ni­sation qui s’accroît (selon "la paix main­tenant", on dénombre 474 sites de colonies parmi les­quels 50 s’étendent au delà des limites fixées).

Sous la pression amé­ri­caine, semble-​​t-​​il, les élec­tions pré­si­den­tielles auront lieu le 9 janvier et les Pales­ti­niens de Jérusalem-​​Est voteront. Avec la par­ti­ci­pation d’observateurs inter­na­tionaux, et les apports finan­ciers, est-​​ce le retour dans le jeu de la Com­mu­nauté inter­na­tionale ? Dix can­didats sont déclarés : Abu Mazen est le can­didat investi par le Fatah ; à la sur­prise générale Marwan Bar­ghouti (empri­sonné à vie) est l’un des six can­didats indé­pen­dants. Ce sont les deux can­didats qui auraient le plus de voix. Le Hamas boy­cottera ces élec­tions (les élec­tions pré­si­den­tielles légi­timent en quelque sorte les accords d’Oslo, que le Hamas condamne) mais reven­dique l’unité nationale. Par ailleurs, faut-​​il voir dans l’assouplissement récent des condi­tions d’emprisonnement de Marwan Bar­ghouti (droit de visite pour son épouse, inter­ven­tions auto­risées dans la cam­pagne élec­torale) une manœuvre de Sharon pour affaiblir Abu Mazen ?

Dans le même temps, en Israël la situation se dégrade : Sharon n’a plus de majorité gou­ver­ne­mentale, il va devoir nouer de nou­velles alliances avec les tra­vaillistes et des partis reli­gieux (en échange d’avantages finan­ciers). En externe, va-​​t-​​on assister à une modi­fi­cation de la stra­tégie amé­ri­caine, à l’occasion du 2è et dernier mandat de Bush, lui-​​même confronté au bourbier irakien ?

En quoi le débat inter-​​palestinien nous intéresse-​​t-​​il ? Quelles en sont les consé­quences pour le mou­vement de soli­darité en France ?

Le dis­cours israélien sur le début d’une ère nou­velle de l’après Arafat (avec en arrière-​​plan une accu­sation per­ma­nente des diri­geants pales­ti­niens) et, d’autre part, le fait que ces diri­geants sont inca­pables de donner une pers­pective poli­tique à leur peuple abou­tissent, en France, à une mobi­li­sation pour la paix, mais une paix "à tout prix " (le Droit inter­na­tional est dépassé ? ), en invitant au dia­logue mais en se gardant bien de parler de ce qui fâche (la colo­ni­sation, le mur…), tout en demandant à la société pales­ti­nienne de se débar­rasser du Hamas. Les débats orga­nisés par l’association "2 peuples, 2 Etats", se référant à l’initiative de Genève illus­trent par­fai­tement cette évolution.

L’AFPS de son côté n’a pas à relayer le dis­cours israélien, elle doit au contraire insister sur les vic­toires, parler de la Cour de Justice inter­na­tionale (la plus haute ins­tance juri­dique mon­diale) et la citer : les Pales­ti­niens consti­tuent presque un Etat ; il est question de fron­tières, de viol par Israël du Droit international…

Quant à l’Intifada, la can­di­dature à la pré­si­den­tielle de Marwan Bar­gouthi va relancer le débat : faut-​​il pour­suivre ou non l’Intifada ? Pour beaucoup même s’il faut faire une pause, ce n’est qu’une pause, quand perdure une situation colo­niale. Après Arafat , per­sonne n’aura la légi­timité pour aller plus loin que les lignes de com­promis qu’il avait des­sinées. Mais peut-​​on mesurer les consé­quences de la dégra­dation écono­mique, sociale, psychologique…sur les stra­tégies de résis­tance, sur le potentiel de mobi­li­sation des Pales­ti­niens ? Ce qui est certain, c’est que tant qu’il y aura une occu­pation, l’économie pales­ti­nienne ne pourra que se dégrader.

Quelles sont les stra­tégies déve­loppées par les groupes locaux ? Quels sont les ques­tions et pro­blèmes posés ? Quels ensei­gne­ments en tirer pour l’assemblée générale ?

Le groupe de Nantes cible les élus. Dans le cadre de la plate-​​forme des ONG nan­taises, deux modèles de motion ont été envoyés aux 220 maires du dépar­tement de Loire Atlan­tique. 30 en ont fait voter une par leur conseil muni­cipal (objectif fixé 50) ; une expo­sition sur le mur, com­mandée à l’AFPS par deux com­munes, circule dans les mairies ; plu­sieurs élus (Pré­sident du conseil général, maires, sénateur, conseillers muni­cipaux) ont par­ticipé à la journée du 13 novembre contre le mur ; des micro­projets sont appuyés, une mission d’élus est pro­jetée en Palestine…Cependant, dans le contexte de cette mobi­li­sation encou­ra­geante en soi, il faut noter la pré­fé­rence accordée par plu­sieurs villes à la pétition de Cités Unies France au contenu poli­ti­quement insipide, passant sous silence l’occupation, la vio­lation du droit par Israël, la question des réfugiés…

Le groupe des Alpes de Haute Pro­vence, depuis octobre 2002, déve­loppe autour du projet de l’olivier une stra­tégie d’alliance et de par­te­nariat (Chambre d’agriculture, syn­dicat mixte de com­munes, Conseil général, Conseil régional.., agri­cul­teurs pales­ti­niens) per­mettant de struc­turer la filière de l’huile d’olive. Ce projet reconnu et soutenu par les poli­tiques prend de plus en plus d’ampleur. Comment faire pour qu’il reste d’abord un projet poli­tique ? Jusqu’où le porter, avec quels relais et sans être récupéré ?

Le groupe de Gre­noble était membre du col­lectif local pour la Palestine dont les objectifs étaient ceux de l’AFPS. Il s’en est retiré ; l’AFPS mène des actions ciblées (péti­tions…), le col­lectif les actions de masse.

Le groupe Drôme Ardèche, fort de plus de 200 adhé­rents répartis dans des sous groupes arrive à bien mobi­liser (succès récent d’un repas soli­daire) mais se trouve confronté à la conti­nuité des actions avec une fluc­tuation sen­sible des adhé­rents (mou­vement de 50 départs et de 50 arrivées). Un projet de régio­na­li­sation Rhône Alpes avance avec deux objectifs : le partage d’expériences et l’organisation de mani­fes­ta­tions cultu­relles. Il sera soumis au conseil d’administration national et à l’Assemblée Générale.

Le groupe de Nîmes arrive à mener des actions de sen­si­bi­li­sation au niveau des quar­tiers mais recherche les modes d’action sus­cep­tibles d’élargir son audience.

Le groupe de Mar­seille vient de se créer ; il doit émerger dans un contexte poli­tique défa­vo­rable et asso­ciatif au passé compliqué.

A Paris et dans la région pari­sienne, un rapide bilan sur les expé­riences passées et actuelles de coor­di­nation a été pré­sentée. Après plus d’un an de tâton­ne­ments un Groupe d’Animation de la Région Pari­sienne (GARP) a vu le jour en sep­tembre avec pour objectif d’animer et de rendre visible l’AFPS en mobi­lisant l’ensemble des forces (adhé­rents indi­vi­duels et groupes locaux). Les résultats obtenus montrent que nous sommes sur la bonne voie : la pré­pa­ration du défilé du 13 novembre contre le mur a permis à l’AFPS d’être très pré­sente (sono­ri­sation, mots d’ordre, pan­cartes…) bien que la presse nationale l’ait (volon­tai­rement ?) occultée ; la mani­fes­tation devant le théâtre du Gymnase contre le concert de soutien au soldats israé­liens aux côtés de la GUPS, de l’UJFP, du CCIPPP, des Femmes en noir…a ras­semblé plu­sieurs cen­taines de per­sonnes. Paris-​​Sud, de son côté déve­loppe de son côté des actions avec d’autres associations.

Il y a aussi l’Action citoyenne pour la Palestine (ACP) qui mène deux types d’action : un travail péda­go­gique au niveau des col­lèges, des lycées, des IUFM sur la nature du conflit colonial (mais il est dif­ficile d’entrer dans les établis­se­ments) et un meeting à Nan­terre sur deux conflits colo­niaux, l’Algérie et la Palestine avec des soldats réfrac­taires d’Algérie et des refuzniks.

La confron­tation à des orga­ni­sa­tions prônant la paix sans la définir et la nature des alliances à déve­lopper ont été un peu le fil conducteur de toutes les inter­ven­tions. En échos à ces pro­blé­ma­tiques, les propos d’Isabelle Avran ("la stra­tégie d’unité suppose l’affichage d’objectifs clairs et de ne pas se contenter de moments uni­taires" et "le travail sur les quar­tiers est fon­da­mental face au risque de lecture com­mu­nau­taire que les sio­nistes sou­haitent pour camoufler leur poli­tique") sem­blaient refléter l’opinion de l’assemblée et pour­raient fournir des pistes de réflexion intéressantes.

En concluant cette journée Bernard Ravenel a sou­ligné le "saut qua­li­tatif" observé dans le travail des groupes et le souci de faire dans la durée qui condi­tionnent notre rapport aux forces poli­tiques pour faire pression sur elles et non pas faire à leur place. Mutua­liser les moyens, conso­lider et déve­lopper les actions dans la durée, diver­sifier les thèmes et les lieux d’intervention, évaluer l’impact du conflit dans la société fran­çaise, appro­fondir la notion de poli­tique d’alliances, inter­venir dans le débat poli­tique autant de thèmes pour ali­menter l’Assemblée générale du mois de mai pro­chain et dont il faut débattre dès main­tenant au sein des groupes locaux.

Daniel COUTANT.