Jérusalem, une ville pour tous

Pour la Palestine n°52, lundi 26 février 2007

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A l’occasion de sa confé­rence à Sciences Po, Mgr Sabbah a donné lecture d’un document excep­tionnel : une décla­ration des treize évêques de Jéru­salem datée du 29 sep­tembre 2006.

La semaine d’action inter­na­tionale contre le mur du 9 au 16 novembre a été essen­tiel­lement marquée en France par l’initiative de la Pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine sur Jérusalem.

En effet, point fort de la cam­pagne « Jéru­salem, ville confisquée » lancée il y a plus d’un an, Mgr Sabbah, patriarche latin de Jéru­salem, a été invité par la Pla­te­forme, en liaison avec le Secours catho­lique et Pax Christi. Il était accom­pagné de Menachem Klein, pro­fesseur de sciences poli­tiques à l’Université Bar-​​Ilan à Tel-​​Aviv et membre du conseil d’administration de B’tselem.

Trois initiatives principales ont été organisées.

D’abord une confé­rence de presse, qui s’est déroulée au Secours catho­lique, avec la par­ti­ci­pation de Hind Khoury, déléguée générale de la Palestine en France, en pré­sence d’Elias Sanbar, obser­vateur per­manent de la Palestine auprès de l’Unesco. Quinze jour­na­listes étaient pré­sents et la cou­verture de presse (journaux et radios), a été impor­tante (La Croix, l’Humanité, Le Figaro, RFI, RMC Moyen-​​Orient et Radio-​​Orient.) Pour sa part, Le Monde a publié une tribune libre de Hind Khoury sur Jérusalem.

Ce fut ensuite une confé­rence à l’Assemblée nationale devant une dizaine de par­le­men­taires et des attachés par­le­men­taires, une majorité de députés UMP dont Etienne Pinte, député-​​maire de Ver­sailles qui fit une inter­vention remarquée de soutien cha­leureux à Mgr Sabbah. Un député PS et un député PC repré­sen­taient leurs groupes.

Enfin le soir, à l’initiative d’« Adala », groupe d’étudiants de l’Institut des Sciences Poli­tiques inté­ressés par le Moyen-​​Orient, Mgr Sabbah et Menachem Klein, avec la par­ti­ci­pation de Majed Bamya, repré­sentant la Gups, ont donné une confé­rence publique en pré­sence d’environ 300 personnes.

A l’issue d’un débat de qualité, « Pax Christi » annonçait son adhésion à la Pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine… Par ailleurs, Mgr Sabbah a été reçu par le ministre des Affaires étran­gères, M. Douste-​​Blazy. Sa venue a permis de mesurer la mobi­li­sation de chré­tiens français contre la confis­cation par Israël de la Ville Sainte qui choque une grande partie du monde chrétien. Des évêques français devraient bientôt se rendre en Palestine pour mani­fester la grande inquiétude de l’Eglise de France face à la poli­tique israé­lienne et pour exprimer leur soli­darité avec la popu­lation pales­ti­nienne. Ce serait une première.

B.R.

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Vue aérienne du Mur israélien dans la région d’Abu Dis, en bordure de Jéru­salem. Photo prise le 20 octobre 2005.

Un appel des Patriarches et chefs des Eglises chré­tiennes locales à Jérusalem

« Une fois encore, nous avons connu une nou­velle période de vio­lence mor­telle dans la guerre au Sud Liban. Et, jusqu’à aujourd’hui, nous ne cessons d’être confrontés à la mort et à la démo­lition à Gaza, et à plus d’insécurité dans la société israé­lienne. C’est pourquoi nous disons qu’il est grand temps de com­mencer un effort sérieux, par toutes les parties, pour une paix totale, juste et défi­nitive. De plus, nous croyons que la paix doit com­mencer dans la cité sainte de Jéru­salem. C’est pourquoi nous pré­sentons la décla­ration sui­vante, espérant qu’elle apportera une modeste contri­bution à la nais­sance de la paix dans notre terre. En 1994, nous, Patriarches et Chefs des Eglises chré­tiennes locales à Jéru­salem, nous avons publié un mémo­randum sur la « Signi­fi­cation de Jéru­salem pour les Chré­tiens » qui insistait sur le caractère chrétien de Jéru­salem et sur l’importance de la pré­sence chré­tienne dans la ville. Le mémo­randum parlait aussi du statut poli­tique spécial qui doit s’accorder avec sa nature de Ville sainte. Depuis ce temps-​​là, nous avons vu une ten­dance crois­sante des auto­rités poli­tiques à décider du sort de la ville et à définir son statut de façon uni­la­térale. L’accès de nos fidèles à Jéru­salem, de même que celui du per­sonnel reli­gieux, reste tou­jours dif­ficile. Avec la construction du mur, une grande partie de nos fidèles de Jéru­salem se trouve exclue de la Ville sainte et, selon les plans publiés par la presse locale, un nombre plus grand encore en sera exclu à l’avenir. Entourée de murs, Jéru­salem n’est plus le centre et le coeur de la vie comme elle devrait l’être.

Nous voyons qu’il est de notre devoir d’attirer l’attention des auto­rités locales comme de la com­mu­nauté inter­na­tionale et des Eglises du monde sur cette situation très grave et d’appeler à un effort concerté afin de chercher à trouver une vision commune pour le statut de la Ville sainte, basée sur les réso­lu­tions inter­na­tio­nales et prenant en consi­dé­ration les droits des deux peuples et des trois religions.

Dans cette cité, dans laquelle Dieu voulut parler à l’humanité et récon­cilier les peuples avec Lui et entre eux, nous élevons notre voix pour dire que les chemins suivis jusqu’à présent n’ont pas porté la paix à la ville, ni ramené la vie normale à ses habi­tants. C’est pourquoi ils doivent être changés. Les chefs poli­tiques doivent arriver à une nou­velle vision et trouver de nou­veaux moyens d’action.

Dans le plan même de Dieu, trois reli­gions et deux peuples furent amenés à vivre ensemble dans cette ville. Nous estimons qu’ils doivent continuer à vivre ensemble dans l’harmonie, le respect, la coopé­ration et l’acceptation mutuelle.

1. Jérusalem, Ville sainte et ville de la vie quo­ti­dienne pour deux peuples et trois religions

Jéru­salem, patri­moine de l’humanité et Ville sainte, est aussi la ville de la vie quo­ti­dienne pour ses habi­tants, Pales­ti­niens et Israé­liens, Juifs, Chré­tiens et Musulmans, et pour tous ceux qui sont liés à eux par des liens de parenté et pour qui elle est le lieu de la prière, de l’école, de l’hôpital ou du gagne-​​pain de chaque jour. Non seulement les sou­venirs his­to­riques et les lieux saints de pèle­rinage, mais aussi les com­mu­nautés vivantes des croyants, juifs, chré­tiens et musulmans, rendent la ville de Jéru­salem chère et unique pour chacune des trois grandes reli­gions mono­théistes. Lieux saints et com­mu­nautés humaines vivantes sont inséparables.

De plus, le caractère sacré de la Ville sainte et les besoins de ses habi­tants y ont attiré et y attirent aujourd’hui encore de nom­breuses ins­ti­tu­tions reli­gieuses. Celles-​​ci ont été reconnues et ont obtenu, des gou­ver­ne­ments suc­cessifs tout au long des siècles, des droits qui leur ont permis de s’acquitter de leurs obli­ga­tions à l’égard de la Ville sainte et de ses habi­tants. En consé­quence, les droits fon­da­mentaux des per­sonnes et des com­mu­nautés doivent y être res­pectés : pour les per­sonnes, les droits fon­da­mentaux qui leur per­mettent d’exercer leurs devoirs reli­gieux, poli­tiques et sociaux et de répondre à leurs besoins éducatifs, culturels et médicaux ; et pour les com­mu­nautés, le droit de pos­séder, de gérer librement les oeuvres néces­saires pour leur ministère et leur déve­lop­pement humain intégral (églises, monas­tères, écoles, hôpitaux, oeuvres sociales, ins­tituts pour études théo­lo­giques et bibliques, ser­vices d’accueil des pèlerins, etc.) Cela inclut aussi le droit de faire venir le per­sonnel et de dis­poser des moyens néces­saires pour le bon fonc­tion­nement de ces institutions.

2. Exigences pour une solution juste et durable à la question de Jérusalem

L’avenir de la ville doit se décider d’un commun accord, par la col­la­bo­ration et la consul­tation, et ne doit pas être imposé par la puis­sance ou la force. Les déci­sions uni­la­té­rales ou une solution imposée conti­nueront à mettre en danger la paix et la sécurité.

Diverses solu­tions sont pos­sibles. La ville de Jéru­salem pourrait rester unifiée, avec une sou­ve­raineté par­tagée, exercée à égalité par les Israé­liens et les Pales­ti­niens. Elle pourrait être aussi divisée, si tel était le désir de ses deux peuples, avec deux sou­ve­rai­netés dis­tinctes, afin d’arriver à une véri­table unité des coeurs dans les deux parties de la ville. Le mur qui a déchiré la ville en plus d’un point et qui a exclu un grand nombre de ses habi­tants devrait faire place à une éducation à la confiance et à l’acceptation mutuelle.

Face à l’incapacité des parties impli­quées à trouver, jusqu’à aujourd’hui, une solution juste et durable, l’aide de la com­mu­nauté inter­na­tionale est néces­saire. Dans l’avenir aussi, cette aide devrait continuer sous la forme de garanties qui assurent la sta­bilité des accords aux­quels les deux parties seront arrivées. Nous recom­mandons de créer aus­sitôt que pos­sible un comité ad hoc afin de réfléchir sur l’avenir de la ville. A ce comité les églises locales doivent pouvoir participer.

3. Statut spécial Ville ouverte

Jéru­salem, Ville sainte, patri­moine de l’humanité et ville de deux peuples et de trois reli­gions, a un caractère unique qui la dis­tingue de toutes les villes du monde et qui dépasse toute sou­ve­raineté poli­tique locale. « Jéru­salem est trop pré­cieuse pour dépendre exclu­si­vement d’autorités poli­tiques natio­nales ou muni­ci­pales » (Mémo­randum 1994). Ses deux peuples sont les gar­diens de sa sainteté et portent la double res­pon­sa­bilité d’y orga­niser leur vie et d’y accueillir tous les « pélerins » du monde. La col­la­bo­ration inter­na­tionale demandée n’est pas sup­posée rem­placer le rôle et la sou­ve­raineté de ses deux peuples. Elle est plutôt requise afin d’aider ses deux peuples à arriver à la défi­nition et à la sta­bilité du statut spécial de la ville. C’est pourquoi, aux plans poli­tique, écono­mique et social, ses deux peuples doivent donner à Jéru­salem un statut spécial qui cor­res­ponde à son double caractère, d’un côté, de Ville sainte et uni­ver­selle et, de l’autre, de ville ordi­naire et locale où se déroule leur vie quo­ti­dienne. Une fois ce statut trouvé et défini, la com­mu­nauté inter­na­tionale est appelée à le confirmer par des garanties inter­na­tio­nales qui assu­reront la paix stable et le respect pour tous.

Les composantes de ce statut spécial sont les suivantes :

✔ Le droit humain de liberté de culte et de conscience pour tous, indi­vidus et com­mu­nautés reli­gieuses (Mémo­randum 1994)

✔ L’égalité devant les lois de tous ses habi­tants en conformité avec les réso­lu­tions internationales.

✔ Le libre accès à Jéru­salem pour tous, citoyens, rési­dents ou pèlerins, en tout temps, de guerre ou de paix. C’est pourquoi Jéru­salem doit être une ville ouverte.

« Les droits de pro­priété, de garde et de culte que les dif­fé­rentes Églises ont acquis à travers l’histoire doivent continuer à être détenus par les mêmes com­mu­nautés. Ces droits, déjà pro­tégés par le Statu Quo des Lieux Saints selon les firmans et les autres docu­ments his­to­riques, doivent continuer à être reconnus et res­pectés. » (Mémo­randum 1994)

Quelle que soit la solution envi­sagée, les divers lieux saints chré­tiens de la ville, partout où ils sont, doivent rester géo­gra­phi­quement unis entre eux.

Conclusion

Pour les Juifs, les Chré­tiens et les Musulmans, Jéru­salem est un haut lieu de la Révé­lation et de la ren­contre de Dieu avec les hommes. C’est pourquoi nous ne pouvons rester indif­fé­rents à son sort et nous ne pouvons garder le silence face à ses souf­frances pré­sentes : « Pour la cause de Jéru­salem, je ne me tiendrai pas tran­quille, jusqu’à ce que res­sorte, comme une clarté, sa justice et son salut, comme un flambeau qui brûle » (Is 62,1)

Nous lançons un appel solennel à la col­la­bo­ration de tous les chefs reli­gieux dans cette Terre Sainte afin d’arriver à une vision commune de la ville qui puisse unifier les coeurs de tous les croyants. Nous appelons nos auto­rités poli­tiques à rechercher de commun accord et en col­la­bo­ration avec les auto­rités reli­gieuses une solution qui réponde au caractère sacré de la ville.

Nous espérons que notre appel pourra être entendu et que les chefs poli­tiques sauront res­pecter la nature de cette Ville sainte et se montrer capables, enfin, d’arriver à un accord défi­nitif qui fasse de Jéru­salem vraiment le signe de la pré­sence de Dieu et de sa paix parmi tous les peuples.

Signataires :

Patriarche Theophilos III, Patriarcat grec orthodoxe

Patriarche Michel Sabbah, Patriarcat latin

Patriarche Torkom II, Patriarcat arménien apostolique orthodoxe

P. Pier Battista Pizzaballa, ofm, Custode de Terre Sainte

Anba Abraham, Patriarcat copte orthodoxe

Swerios Malki Mourad, Patriarcat syrien orthodoxe

Abune Grima, Patriarcat éthiopien orthodoxe

Paul Nabil Sayah, Exarchat patriarcal maronite

Riah Abu Al-​​Assal, Eglise épiscopalienne à Jérusalem et au Moyen Orient

Mounib Younan, Eglise luthérienne évangélique en Jordanie et en Terre Sainte

Pierre Malki, Exarchat patriarcal syrien catholique

George Bakar, Exarchat patriarcal grec melkite catholique

P. Raphael Minassian, Exarchat patriarcal arménien catholique.

Jérusalem, 29 septembre 2006.