Jérusalem, et le jour J d’Israël !

Ahmad Y. Al-​​Qarei, jeudi 11 septembre 2008

Il est temps que les dif­fé­rentes délé­ga­tions devant l’Assemblée générale de l’Onu se pro­noncent sur un nouveau projet de réso­lution pour le futur Etat pales­tinien avec Jéru­salem comme capitale.

Jamais le plan de judaï­sation de Jéru­salem n’a été une menace aussi grande pour l’avenir de la ville sainte. Alors que les pays arabes se pré­parent à désigner la ville dès le début de l’année pro­chaine capitale de la culture arabe. Cependant, un grand doute plane sur ce projet à cause de la situation his­to­rique actuelle que vit Jéru­salem avec ses lieux sacrés, ses ter­ri­toires, son patri­moine, son archi­tecture et tout son poids his­to­rique pris en otage à l’intérieur du mur de sépa­ration raciste, tota­lement à l’écart de son envi­ron­nement arabe.

Le sabotage israélien mené contre les lieux sacrés musulmans et chré­tiens se poursuit nuit et jour, paral­lè­lement à une colo­ni­sation juive intense. A tel point qu’un temple simi­laire au modèle de Salomon est en train d’être construit, comme prélude à la des­truction des fon­da­tions de la Mosquée d’Al-Aqsa. Israël tend à mettre en place un nombre de temples juifs dans les dif­fé­rents coins de Jéru­salem afin de conférer un aspect juif à la ville et ne cesse de trans­gresser la liberté de culte en empê­chant les fidèles des autres reli­gions de par­venir aux lieux sacrés pour prier ou pour pra­tiquer les cultes reli­gieux en toute liberté, sans contraintes.

Le statu quo de Jéru­salem affecte néga­ti­vement l’arabité de la ville ainsi que la sécurité arabe et musulmane. Des vio­la­tions israé­liennes qui vont à l’encontre du droit inter­na­tional, de la légi­timité inter­na­tionale et des droits de l’homme.

Alors que le plan de judaï­sation de Jéru­salem est accéléré, nous trouvons qu’Olmert, le premier ministre israélien, refuse d’inscrire la cause de Jéru­salem dans le calen­drier de toute réunion bila­térale ou mul­ti­partite avec l’Autorité pales­ti­nienne reven­di­quant son report de un à cinq ans.

En réalité, le report des négo­cia­tions autour de Jéru­salem, qui se suc­cèdent depuis Oslo 1993, suscite actuel­lement des craintes plus qu’auparavant pour de nom­breuses raisons avec d’abord l’absence du parrain du pro­cessus de paix, à savoir le pré­sident amé­ricain, dis­crédité tota­lement depuis le dis­cours qu’il a pro­noncé devant la Knesset en mai dernier. Les Arabes craignent qu’Israël et les Etats-​​Unis se soient entendus sur l’heure de la pro­cla­mation offi­cielle de Jéru­salem comme capitale d’Israël. D’ailleurs, cette recon­nais­sance des Etats-​​Unis de Jéru­salem comme capitale offi­cielle était reportée depuis 1995 lorsque le Congrès amé­ricain a décrété une loi recon­naissant Jéru­salem comme capitale éter­nelle d’Israël. A cette époque, le pré­sident amé­ricain en exercice, Clinton, avait préféré reporter l’application de cette loi pour 6 mois pour qu’elle n’affecte pas le rôle amé­ricain au Moyen-​​Orient en tant que parrain du pro­cessus de paix.

Il n’y a rien d’étonnant à l’idée que Washington et Tel-​​Aviv se soient préa­la­blement entendus sur la date de la pro­cla­mation de Jéru­salem comme capitale d’Israël. A ce moment-​​là, les Etats-​​Unis s’empresseront d’inaugurer l’ambassade amé­ri­caine qui avait été ins­tallée sur un ter­ri­toire qui était la pro­priété d’un waqf islamo-​​chrétien à Jéru­salem. Les Etats-​​Unis n’avaient-ils pas été les pre­miers à recon­naître l’Etat d’Israël le soir du 15 mai 1948, quelques minutes après l’annonce par Ben Gourion de l’indépendance d’Israël ?

Dans ce contexte, une question s’impose : qu’adviendra-t-il si le pré­sident amé­ricain George Bush décide, avant son départ de la Maison Blanche, de ne pas pro­mulguer la décision amé­ri­caine tra­di­tion­nelle concernant le report du transfert de l’ambassade amé­ri­caine à Jéru­salem pour 6 mois ? Qu’adviendra-t-il si le can­didat démo­crate ou répu­blicain se trouve amené dans la sur­en­chère élec­torale à pro­mettre caté­go­ri­quement l’inauguration de l’ambassade amé­ri­caine à Jéru­salem pour gagner le soutien du lobby juif amé­ricain aux élections.

La réplique arabe et musulmane à ces deux inter­ro­ga­tions se fait de la sorte : que la Ligue arabe et l’Organisation de la confé­rence isla­mique s’engagent à adopter un dis­cours arabo-​​musulman unifié devant la nou­velle session de l’Assemblée générale de l’Onu le 16 sep­tembre, c’est-à-dire à quelques semaines de la bataille élec­torale amé­ri­caine, prévue en novembre prochain.

La majorité écra­sante des membres de l’Assemblée générale de l’Onu appar­tiennent aux conti­nents du Sud — ceux du tiers monde — l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine. Les gou­ver­ne­ments et peuples de ces trois conti­nents sym­pa­thisent avec la cause pales­ti­nienne, tout en étant conscients de sa jus­tesse. Ils ont soutenu toutes les déci­sions qui ont confirmé les droits du peuple pales­tinien et surtout celui de la mise en place d’un Etat pales­tinien avec pour capitale Jéru­salem. Il est temps que les dif­fé­rentes délé­ga­tions devant l’Assemblée générale de l’Onu se pro­noncent sur un nouveau projet de réso­lution pour le futur Etat pales­tinien avec Jéru­salem comme capitale. Le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbass, Abou-​​Mazen, quant à lui, est amené à répéter la même scène où Arafat était le prin­cipal acteur en 1974, lorsqu’il a pro­noncé son dis­cours sur l’estrade des Nations-​​Unies, avec à la main le rameau de l’olivier qui l’a accom­pagné jusqu’au dernier souffle.

L’Assemblée générale des Nations-​​Unies est actuel­lement la meilleure tribune inter­na­tionale pour défendre les droits du peuple pales­tinien, à un moment où les acti­vités du Conseil de sécurité ont été gelées dans le cadre des intérêts américains.