Jérusalem : La lutte continue – en souvenir de Mohammed al-​​Kurd

Pam Rasmussen, dimanche 30 novembre 2008

A Sheikh Jarrah, Jérusalem-​​ est, une famille pales­ti­nienne -une de plus-​​ a été expulsée de la maison où elle vivait depuis des décennies. Le père, malade, e,n est mort.

Le dicton "La maison d’un homme est son château" remonte aux années 1500. Que ce soit un manoir ou une case en terre, une maison où l’on peut se retirer et être en sécurité est un besoin humain fon­da­mental. Mais depuis 2001, Abu Kamel (Mohammed al-​​Kurd), sa femme et leurs cinq enfants ont été obligés de lutter chaque jour pour le droit à demeurer dans la maison de Jéru­salem Est où la famille vivait depuis des décennies. Et même si les colons juifs qui ont tenté de les pousser dehors – au sens propre du terme – ne lui ont pas collé un fusil sur la tempe ni tiré, ils auraient aussi bien pu le faire.

Deux semaines après que les al-​​Kurd aient été fina­lement expulsés de leur maison, le 9 novembre, Abu Kamel a eu une attaque car­diaque fatale. Main­tenant, Um Kamel (sa femme, Fawzieh), que j’ai appris à admirer et res­pecter alors que je campais dans leur patio en tant que mili­tante de l’International Soli­darity Movement (ISM), doit mener la bataille seule.

En octobre, mon ami Jean et moi sommes venus des Etats-​​Unis pour par­ti­ciper aux actions d’ISM pendant la récolte des olives.

Ayant perdu toute utilité pour la cueillette après une blessure à un pied, nous avons quitté Naplouse pour Jéru­salem Est, où l’ISM montait la garde dans le patio des al-​​Kurd depuis l’été, dans l’espoir d’empêcher l’expulsion qui est fina­lement intervenue.

La maison des al-​​Kurd fait partie d’un projet mis sur pied par le gou­ver­nement jor­danien avec l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés pales­ti­niens, l’UNRWA, pour héberger 28 familles qui avaient été obligées de fuir leurs maisons ori­gi­nelles en 1948, après la Nakba, l’expulsion forcée des Pales­ti­niens de leur patrie.

La famille d’Abu Kamel a été forcée à fuir Jéru­salem Ouest pendant le net­toyage eth­nique, et s’est ins­tallée dans la maison du quartier Sheikh Jarrah. Toutes les parties impli­quées ont alors convenu que la pro­priété des maisons serait trans­férée aux familles dans les trois ans.

C’est là qu’ils ont vécu, pai­si­blement, jusqu’à peu après la guerre de juin 1967, lorsque deux groupes de colons juifs ont reven­diqué la pro­priété de la terre, en dépit de l’accord anté­rieur avéré entre la Jor­danie et l’UNRWA. La lutte qui s’en est suivie a amené les deux parties devant les tri­bunaux, puis s’est dra­ma­ti­quement aggravée en 2001.

Lorsque Abu Kamel a eu une attaque car­diaque et que sa famille a quitté la maison pour l’accompagner en Jor­danie pour des soins médicaux, une des familles de colons a profité de son mauvais état de santé. Ils ont déménagé et ont occupé une extension de la maison que les al-​​Kurd avaient fait rénover pour un de leurs fils.

Lorsqu’ils sont rentrés, les al-​​Kurd ont été confrontés au choix atroce d’abandonner leur maison ou de vivre à côté des repré­sen­tants du groupe qui essayait de les forcer à partir. En dépit de la santé fragile d’Abu Kamel, ils ont choisi de rester et de se battre.

Au début de cette année, la situation a com­mencé à se dégrader. En dépit du fait que la Cour Suprême israé­lienne ait statué que la pré­tention des colons sur la terre était frau­du­leuse, une com­pagnie d’investissement a obtenu le droit de raser toutes les maisons pales­ti­niennes du quartier et de les rem­placer par 200 appar­te­ments pour colons et un centre com­mercial. La date d’expulsion a été fixée au 15 juillet 2008, et alors que les al-​​Kurd, qui étaient devenus les porte-​​drapeaux du quartier tout entier, fai­saient appel une fois de plus devant les tri­bunaux, l’ISM est venu aider. L’organisation des colons a répondu en recrutant un gardien armé pour sa propre protection.

Nous vivions dans deux tentes montées dans le patio, et l’un d’entre nous était présent 24 heures par jour, avec une garde à tour de rôle pendant la nuit. Um Kamel nous apportait du thé à 7h du matin, et elle et Abu Kamel se joi­gnaient à nous pour un petit déjeuner tra­di­tionnel à 9h. Un repas suivait vers 15h. Bien que la langue consti­tuait d’abord une bar­rière, très vite l’ambiance était cha­leu­reuse. Abu Kamel était une pré­sence tran­quille et solide, et Fawzieh un modèle de bonne humeur et de per­sé­vé­rance devant l’adversité. En plus de pré­parer nos repas, elle accueillait régu­liè­rement les visites des délé­ga­tions d’organisations inter­na­tio­nales et israé­liennes, racontant inlas­sa­blement l’histoire de la famille, obtenant des sou­tiens pour sa cause ainsi que pour la com­mu­nauté pales­ti­nienne dans son ensemble.

Je me sou­viendrai du temps passé avec les al-​​Kurd comme un des grands moments de mon séjour en Palestine, une oasis d’hospitalité cha­leu­reuse dans un envi­ron­nement hostile.

Il y a une semaine, juste après être rentrés à contre cœur chez nous aux Etats-​​Unis, j’ai appris la nou­velle : à 3h30 du matin le dimanche 9 novembre, l’armée israé­lienne a surgi et a jeté les al-​​Kurd dehors, tout en détenant les béné­voles d’ISM qui nous avaient remplacés.

Ce fut le début de la fin pour Abu Kamel. Souf­frant de tension arté­rielle, Mohammed, 61 ans, a été trans­porté à l’hôpital le 22 novembre et il est mort quelques heures après.

Abu Kamel continue cependant à vivre à travers Fawzieh. Elle a pour­suivi le combat, avec l’aide de l’ISM et d’autres mili­tants, en campant dans une tente près de sa maison légitime. En dépit d’autres ten­ta­tives de l’armée israé­lienne de la décou­rager, cette fois au moyen d’amendes et de la des­truction de son abri de toile, elle et ses com­pa­gnons pro­tes­ta­taires per­sé­vèrent. C’est la résis­tance non vio­lente à son meilleur niveau, et c’est à nous de montrer qu’elle peut réussir.