Israël tente de diviser la diplomatie des 28

Des États membres ont voulu empêcher, dans le texte soumis au vote, les violences exercées par les colons israéliens et l’étiquetage des produits des colonies. Tel-Aviv craint un regain de la campagne de boycott.

Pierre Barbancey, l’Humanité, vendredi 22 janvier 2016

Netanyahou a eu dimanche des entretiens avec des ministres des Affaires étrangères et des responsables de pays d’Europe de l’Est et des Balkans pour les persuader de s’opposer à la résolution formulée par le Conseil des affaires étrangères de l’UE.

La réunion des 28 chefs de la diplomatie de l’Union ­européenne qui se tenait le 18 janvier ne devait être qu’une simple formalité. À l’ordre du jour notamment, l’adoption des conclusions sur le « processus de paix » au Proche-Orient, alors que la violence de l’occupation ne cesse de progresser. Un point qui devait initialement être validé sans débat, dès l’ouverture de ce rendez-vous mensuel à Bruxelles. Finalement, le long texte n’aura été approuvé qu’après une journée de négociations et donc après modifications. Tout simplement parce que certains États ont voulu atténuer les violences exercées par les colons ­israéliens et/ou empêcher l’étiquetage des produits issus des colonies. Pour certains pays, les deux points posaient ­problème ! Et pas toujours ceux que l’on pense.

Tel-Aviv a exercé des pressions sur certains pays

Ainsi, lors d’une ultime relecture du texte au plus haut niveau, le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, a exprimé des réserves sur les références aux violences perpétrées par certains colons à l’encontre des Palestiniens. Il a obtenu en partie gain de cause. Il est vrai que le gouvernement d’Alexis Tsipras entretient les meilleures relations possibles avec Israël, y compris dans le domaine militaire. La Pologne y est aussi allée de son couplet. Witold Waszczykowski a refusé une formulation insistant sur l’unité des 28 sur la question de l’étiquetage des marchandises issues des colonies israéliennes, comme prévu dans la législation européenne depuis 2012. Cette décision, vivement critiquée par Israël, a été remise sous les projecteurs avec la publication par la Commission européenne, le 11 novembre 2015, d’une « notice explicative » pour permettre aux États de l’UE de la mettre en œuvre correctement. La réponse israélienne ne s’était pas fait ­attendre. Benyamin Netanyahou avait décidé de suspendre les contacts avec l’Union européenne sur le conflit israélo-palestinien, cherchant ainsi à mettre l’ensemble de la communauté internationale en porte-à-faux puisque l’UE est membre du Quartet (avec les États-Unis, la Russie et l’ONU), censément être le vecteur du « processus de paix ».

Netanyahou a eu dimanche des entretiens avec des ministres des Affaires étrangères et des responsables de pays d’Europe de l’Est et des Balkans pour les persuader de s’opposer à la résolution formulée par le Conseil des affaires étrangères de l’UE. Clairement, des pressions ont été exercées. Ce qui montre que même l’étiquetage des produits gêne Tel-Aviv. Pas seulement économiquement (les produits concernés représentent moins de 1 % du total des échanges commerciaux entre l’Europe et Israël, soit 154 millions d’euros en 2014, selon des chiffres de la Commission européenne), mais bien politiquement. Car les ministres ont réaffirmé la position de Bruxelles, à savoir que les territoires occupés par Israël depuis la guerre des Six-Jours, en 1967, soit la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan, ne font pas partie des frontières d’Israël internationalement reconnues.

Manuel Valls rêve de faire interdire les manifestations de boycott

Toutefois, Tel-Aviv craint un renforcement et un développement de la campagne internationale Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), qui a un double effet, économique et politique. Comme le rappelle l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), « c’est une campagne internationale lancée depuis dix ans à l’appel de la société civile palestinienne et ce sont les succès qu’elle remporte, en France notamment, avec les exemples de Veolia, Orange, Safège ou Poma (entreprises qui se sont retirées des projets en cours dans les colonies – NDLR), qui la rendent insupportable aux supporters inconditionnels d’Israël ». Parmi ces « supporters inconditionnels », Manuel Valls, qui rêve de faire interdire les manifestations BDS déjà criminalisées auparavant par la droite. Une attitude du locataire de Matignon qui explique la frilosité de la France dans le dossier israélo-palestinien. Paris, en première ligne pour exiger des sanctions contre la Russie ou l’Iran, ne sait que proposer une conférence internationale, ainsi que l’a redit Harlem Désir, secrétaire d’État aux Affaires européennes, à Bruxelles. Comme s’il n’existait aucun moyen coercitif pour faire respecter le droit international. Y compris par Israël.

Valls, au diapason avec le CRIF. Manuel Valls a estimé lundi soir, devant les Amis du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), que « les pouvoirs publics doivent changer d’attitude » vis-à-vis des manifestations, appelant au boycott des produits venant des colonies israéliennes pour montrer « qu’on ne peut pas tout se permettre dans notre pays ». Il cède ainsi à la demande d’interdiction de toute manifestation BDS exigée par le Crif. Une association, soutien en France de Netanyahou, qui a voulu également faire interdire une exposition de MSF à la Maison des métallos et tenté de censurer une œuvre du plasticien Ernest Pignon-Ernest.