Israël souffle le chaud et le froid, Neta­nyahu s’efforce de faire taire les rumeurs d’une guerre

L’Orient le Jour, mardi 26 janvier 2010

Liban-​​Sud Tout au long du week-​​end, cer­tains res­pon­sables israé­liens ont sou­ligné l’éventualité d’une confron­tation avec le Hez­bollah, pendant que d’autres rap­pe­laient la décision « stra­té­gique » de répondre paci­fi­quement aux menaces. Ben­jamin Neta­nyahu, lui, s’est efforcé de faire taire ces rumeurs.

Le vice-​​ministre israélien de la Défense, Matan Vilnaï, a affirmé hier que « le Hez­bollah est en train de se faire livrer des armes en dépit de la réso­lution du Conseil de sécurité » qui interdit cela. M. Vilnaï a ajouté : « Les yeux d’Israël restent attentifs, mais en même temps, il fournit tous les efforts pos­sibles pour faire en sorte que la situation ne dégénère pas en affron­te­ments armés. »

Ces propos de M. Vilnaï ont été pro­noncés à l’occasion d’un entretien accordé à la radio israé­lienne. Il a également relevé que « les menaces qui visent Israël sont nom­breuses », mais que le pays a pris « depuis long­temps la décision stra­té­gique de se com­porter avec ces menaces de manière paci­fique ». Il reste, souligne-​​t-​​il, qu’Israël « est prêt à faire face à n’importe quelle défla­gration dans la région ».

Samedi, le chef du gou­ver­nement israélien Ben­jamin Neta­nyahu s’est tou­tefois efforcé de faire taire les rumeurs de conflit imminent avec le Hez­bollah. « Le Premier ministre tient à cla­rifier le fait qu’Israël ne cherche aucun conflit avec le Liban (…) Israël cherche la paix avec ses voisins », disent ses ser­vices dans un com­mu­niqué assez inha­bituel. Un membre de ces ser­vices a indiqué que le document avait été diffusé en réponse à une rumeur qui se répand depuis peu au Liban, annonçant une offensive israé­lienne immi­nente contre le Hezbollah.

Quelques heures plus tôt, Yossi Peled, ministre sans por­te­feuille et ancien général ayant servi à la fron­tière nord, avait jugé inévi­table un nouveau conflit avec le Hez­bollah. « Selon mon opinion et mes connais­sances, il est clair qu’un affron­tement mili­taire dans le Nord n’est qu’une question de temps », a-​​t-​​il déclaré.

Un haut res­pon­sable de l’armée israé­lienne a pour sa part nié dimanche une montée de la tension à la fron­tière avec le Liban. Parler d’« une montée de la tension à la fron­tière nord relève du virtuel », a déclaré le com­mandant de la région mili­taire nord, Gadi Eizenkot, qui couvre les fron­tières avec le Liban et la Syrie, a rap­porté la radio mili­taire. Il a sou­ligné que le Hez­bollah n’avait « pas opéré une seule attaque contre Israël depuis la seconde guerre du Liban » de l’été 2006.

Le général Gadi Eizenkot a tou­tefois averti que le Hez­bollah avait doublé son arsenal de roquettes, estimant qu’il avait réussi à stocker la plus grande partie de son armement dans 160 loca­lités du Liban-​​Sud. Lors d’une confé­rence à Tel-​​Aviv, il a en outre sou­ligné qu’en cas d’attaque du Hez­bollah, la riposte d’Israël serait « dis­pro­por­tionnée ». Il a même ajouté que « pour l’armée israé­lienne, bom­barder les civils dans les vil­lages libanais est légitime du moment que ces der­niers acceptent que le Hez­bollah soit déployé parmi eux ».

Craintes libanaises

Il convient de rap­peler que le Premier ministre, Saad Hariri, avait affirmé le 20 janvier craindre « une inter­vention israé­lienne », après la récente mul­ti­pli­cation de survols du ter­ri­toire libanais par l’aviation israé­lienne. Le 12 janvier, le ministre israélien de la Défense Ehud Barak avait de son côté mis en garde le Liban et le Hez­bollah contre toute vel­léité de remettre en cause le « calme » régnant à la fron­tière israélo-​​libanaise.  [1]

[1] voir aussi, tou­jours dans l’Orient le Jour du 25 janvier

Kassem : « Nous n’avons pas besoin d’être ras­surés par ceux qui s’expriment au nom d’Israël »

« Nous n’avons besoin d’être ras­surés par qui­conque tente de s’exprimer au nom d’Israël. Ce sont nos armes, nos pré­pa­ratifs et notre pré­dis­po­sition à nous défendre qui nous ras­surent. » C’est ce qu’a affirmé hier le numéro deux du Hez­bollah, cheikh Naïm Kassem, qui a indiqué que ceux qui cherchent à ras­surer les Libanais « n’ont pas la capacité d’influer sur l’État hébreu ». Évoquant la recru­des­cence des menaces israé­liennes, cheikh Kassem a affirmé que si Israël envisage un acte d’agression quel­conque contre le Liban, « il sait per­ti­nemment quelle sera l’ampleur de notre réaction ». Le digni­taire chiite a rappelé à ce propos les assu­rances qui avaient été données à Gaza « deux jours » avant l’attaque, notamment par un certain nombre d’États arabes.

« Si la résis­tance isla­mique n’avait pas existé au Liban, il aurait fallu la créer car nous ne pouvons faire face à Israël que par le biais de la résis­tance », a affirmé cheikh Kassem, appelant à pro­téger la résis­tance et à la conso­lider sur les plans popu­laire et matériel. Et de rap­peler que la résis­tance est née « suite à une réaction et à une situation d’autodéfense », sou­li­gnant que les agres­sions continues depuis près de 61 ans de la part de l’État hébreu ont rendu néces­saire cette résis­tance. « La résis­tance n’a jamais menacé de déclencher la guerre, mais elle affirmait constamment qu’elle était prête à réagir à toute guerre pro­voquée par Israël », a-​​​​t-​​​​il dit en énumérant les mul­tiples menaces pro­férées par l’État hébreu, « que ce soit contre la Syrie et le Liban, contre l’Iran ou contre Gaza ou les quatre réunis. Les menaces israé­liennes ne s’arrêtent pas, mais nous n’avons pas entendu une seule fois de la part de la com­mu­nauté inter­na­tionale une réponse aux décla­ra­tions israé­liennes, comme s’il s’agissait d’un phé­nomène normal », a-​​​​t-​​​​il dit. D’ailleurs, a ajouté le res­pon­sable du Hez­bollah, « Israël n’est pas sen­sible aux exhor­ta­tions inter­na­tio­nales et ne peut être affronté que par la résistance ».

Et de pour­suivre : « Nous ne consi­dérons pas la résis­tance comme étant l’apanage d’une seule com­mu­nauté, d’une seule confession ou d’un groupe res­treint. Cette résis­tance est celle de tout le Liban et ne saurait faire l’objet d’une répar­tition en quotes-​​​​parts com­mu­nau­taires. Elle n’est pas divi­sible pour qu’elle puisse être répartie entre les groupes com­mu­nau­taires et les confes­sions », a-​​​​t-​​​​il dit, avant d’indiquer, à l’adresse de ceux qui veulent rejoindre la résis­tance, « à accepter d’en payer le prix », sou­li­gnant en sub­stance que le chemin à prendre est long et ardu.

S’exprimant sur le même registre, le res­pon­sable du Hez­bollah au Liban-​​​​Sud, cheikh Nabil Kaouk, a estimé de son côté que « les menaces israé­liennes per­sis­tantes englobent la région entière, illus­trant la crainte qui s’empare des Israé­liens à l’approche de la com­mé­mo­ration annuelle de l’assassinat de Imad Moghnieh ». Selon lui, « Israël cherche à semer la peur au Liban, pour pallier la déprime et l’amertume vécues après la défaite de juillet 2006 ».

Pour cheikh Kaouk, au lieu de dis­suader la résis­tance, ces menaces l’ont au contraire poussée à ren­forcer ses capa­cités, « ce qui a contribué à ren­forcer la peur du côté israélien », a-​​​​t-​​​​il dit, insistant sur le fait que la conso­li­dation de la résis­tance est le meilleur moyen de refouler une agression israé­lienne, et « non l’appel à l’aide d’une puis­sance exté­rieure ». Cheikh Kaouk a enfin estimé que les mul­tiples visites effec­tuées au Liban par les responsables US « n’augurent rien de bon, car l’administration amé­ri­caine ne changera rien à son alliance stra­té­gique avec Israël ». http://​www​.lorient​lejour​.com/​c​atego…