Israël se pré­pa­rerait à attaquer l’Iran ; Olmert espère arracher à Bush d’ultimes assurances

Le NouvelObs et L’Orient le Jour, lundi 24 novembre 2008

La pers­pective d’une action mili­taire israé­lienne pré­ventive contre Téhéran se précise, affirme le « Times ».

Le Premier ministre israélien de tran­sition Ehud Olmert se rend dimanche à Washington afin d’arracher au pré­sident sortant George W. Bush d’ultimes enga­ge­ments sur le dossier du nucléaire iranien. M. Olmert, cité par un res­pon­sable israélien sous le couvert de l’anonymat, entend exploiter au maximum la pré­sence à la Maison-​​Blanche de celui qui partage ouver­tement ses vues sur la menace nucléaire ira­nienne. Le pré­sident élu Barack Obama avait, durant sa cam­pagne élec­torale, suscité l’inquiétude d’Israël en pré­co­nisant le dia­logue avec Téhéran. Il doit prendre ses fonc­tions le 20 janvier.

« Pour Olmert, il s’agit d’une visite d’adieu à un ami proche et à un allié. Il veut concré­tiser des pro­messes faites à Israël par l’administration Bush » sur l’Iran, a indiqué à l’AFP ce res­pon­sable. Les deux diri­geants sur le départ doivent aborder « toute une série de dos­siers bila­téraux, le pro­cessus de paix, et des ques­tions liées à la sta­bilité régionale », a de son côté déclaré Mark Regev, porte-​​parole du Premier ministre, en émettant l’espoir de dis­cus­sions « substantielles ».

Olmert, qui achèvera mardi soir sa visite, compte notamment, tou­jours selon ce res­pon­sable, presser M. Bush et le Congrès d’autoriser la vente à l’armée de l’air israé­lienne d’escadrilles d’avions de combat F-​​35, qui aug­men­te­raient consi­dé­ra­blement son rayon d’action. Le Pentagone a annoncé en sep­tembre qu’Israël avait pré­senté une demande pour l’acquisition de 75 de ces appa­reils, mais le Congrès doit encore donner son feu vert à ce contrat de 15 mil­liards de dollars.

Washington a déjà beaucoup res­serré l’an dernier ses liens en matière de Défense avec Israël en s’engageant à lui octroyer une aide de 30 mil­liards de dollars étalée sur 10 ans pour des achats d’armes amé­ri­caines. L’armée amé­ri­caine a par ailleurs ins­tallé en ter­ri­toire israélien un puissant radar anti­missile destiné à ren­forcer la défense régionale contre d’éventuels tirs de mis­siles balis­tiques. Ces pré­pa­ratifs sur­viennent alors que les diri­geants ira­niens sus­citent des craintes crois­santes tant aux États-​​Unis que sur la scène inter­na­tionale en appelant régu­liè­rement à la des­truction d’Israël.

Selon le quo­tidien bri­tan­nique Times, citant des sources du « ren­sei­gnement », la pers­pective d’une action mili­taire israé­lienne pré­ventive contre des ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes « s’est pré­cisée de façon plus signi­fi­cative ces der­nières semaines ». « Une telle opé­ration, écrit le journal, nécessite au moins une coopé­ration tacite des États-​​Unis car elle implique la tra­versée par les avions israé­liens de l’espace aérien irakien sous contrôle amé­ricain. »  [1]


Selon d’après le Nouvel Observateur :

Un document officiel de l’Etat hébreu envisage une option mili­taire contre l’Iran afin de l’empêcher d’accéder à l’arme nucléaire. Selon ce document, Israël s’inquiète d’un pos­sible rap­pro­chement entre Washington et Téhéran, et craint une montée du Hamas.

Le journal israélien Haaretz a diffusé, dimanche 23 novembre, un document officiel envi­sa­geant une attaque contre l’Iran pour l’empêcher d’accéder à l’arme nucléaire. Le rapport pré­conise également d’empêcher des élec­tions pales­ti­niennes pour contrer l’ascension du Hamas.

Rapprochement de Washington avec Téhéran

Selon le journal, ce document d’un organe de sécurité israélien met en garde contre le risque qu’Israël puisse se retrouver vir­tuel­lement seul en 2009 face à l’Iran nucléaire à la suite d’un rap­pro­chement de la pro­chaine admi­nis­tration à Washington avec Téhéran et le monde arabe qui met­trait en question sa supré­matie mili­taire. Le document, qui doit être pré­senté en décembre dans le cadre du rapport annuel du Conseil national de sécurité, recom­mande de coopérer étroi­tement avec les Etats-​​Unis pour empêcher un éventuel accord entre Washington et Téhéran qui nuirait aux intérêts d’Israël.

"Fenêtre" limitée

"Israël est pra­ti­quement seul face à la menace stra­té­gique de l’Iran et à celles des mis­siles balis­tiques et des roquettes des divers pays de la région", écrit ce document. Il assure qu’Israël doit pré­parer une option mili­taire car il ne dispose que d’une "fenêtre" limitée pour agir avant que l’Iran obtienne l’arme ato­mique, si les autres pays renoncent à l’en empêcher.

Montée du Hamas

Le document met par ailleurs en garde contre l’éventuelle "dis­pa­rition" poli­tique du pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas, dont le mandat doit nor­ma­lement s’achever le 9 janvier pro­chain. Le texte avertit contre une éven­tuelle dés­in­té­gration de l’Autorité pales­ti­nienne et d’une montée en puis­sance du mou­vement isla­miste Hamas. Il pré­conise "d’empêcher des élec­tions au sein de l’Autorité pales­ti­nienne, même au prix d’une confron­tation avec Washington et la com­mu­nauté internationale".

Accord avec la Syrie

Enfin, le document estime par ailleurs qu’Israël devrait, avec le soutien des Etats-​​Unis, "pro­gresser en vue d’un accord avec la Syrie, même si cela suppose un prix élevé à payer", en réfé­rence au plateau du Golan occupé depuis 1967 dont Damas réclame la res­ti­tution. Selon les esti­ma­tions, un tel accord avec la Syrie pourrait conduire à un accord avec le Liban, sus­cep­tible d’affaiblir l’alliance de Damas avec le Hez­bollah chiite libanais et le Hamas.  [2]