Israël se prépare à la guerre sur tous les fronts

Serge Dumont, samedi 30 mai 2009

« Turning point 3 ». Tel est le nom de l’exercice de cinq jours qui mobi­lisera à partir de dimanche l’ensemble de la popu­lation et de l’armée israé­lienne contre les risques d’une attaque de grande ampleur.

Selon le scé­nario mis au point pour l’occasion, le déclen­chement de nou­velles vio­lences dans la bande de Gaza pro­vo­querait l’insurrection de la popu­lation arabe israé­lienne puis le sou­lè­vement des Pales­ti­niens de Cis­jor­danie. S’ensuivrait une forte tension à la fron­tière nord de l’Etat hébreu qui débou­cherait sur une guerre avec le Hez­bollah, avec la Syrie et bien sûr avec l’Iran. Dans ce cadre, des roquettes pales­ti­niennes Qassam, des roquettes ira­niennes Fajr tirées à partir du Liban et de la Syrie ainsi que les nou­veaux mis­siles ira­niens s’abattraient sur l’ensemble de l’Etat hébreu.

Irréa­liste ? En tout cas, de nom­breux réser­vistes de la défense passive sont conviés à l’exercice. Mais d’autres manœuvres – beaucoup plus dis­crètes celles-​​là – sont d’ores et déjà en cours. Ces der­nières semaines, des ser­vants de bat­teries de mis­siles anti­mis­siles Patriot ont ainsi été mobi­lisés pour une remise à niveau. Dans la foulée, des essais secrets d’un nouveau missile anti­missile de fabri­cation israé­lienne ont été effectués. Avec succès, semble-​​t-​​il.

Quant à l’armée de l’air, elle a organisé durant trois jours des exer­cices de combat aérien censés opposer ses F-​​16 à de faux Mig 29 syriens. Enfin, des agents de l’Unité spé­ciale de sécurité de l’information (une branche des ren­sei­gne­ments miliaires) ont simulé des ten­ta­tives d’effraction dans les bases les plus secrètes de l’armée afin de détecter les failles des pro­cé­dures de sécurité.

L’opération « Turnig point 3 » est sans conteste la plus impor­tante de l’histoire de l’Etat hébreu. La plus coû­teuse aussi. A partir de dimanche, elle mobi­lisera 252 centres de crise répartis sur l’ensemble du ter­ri­toire national ainsi que les admi­nis­tra­tions, les écoles et les hôpitaux. Le cabinet res­treint de la sécurité siégera de manière per­ma­nente et dans un endroit gardé secret.

Le moment le plus sen­sible de « Turning point 3 » se déroulera mardi. Ce jour-​​là, au gré des alertes, les dif­fé­rents sièges du gou­ver­nement et de la Knesset, l’état-major de l’armée et même le cabinet du premier ministre Benyamin Neta­nyahou seront évacués. Les élèves des écoles se pré­ci­pi­teront aux abris et la vie s’interrompra dans les villes où réson­neront les sirènes.

Selon Benyamin Neta­nyahou, ces manœuvres ne seraient « qu’un exercice de routine prévu de longue date, annoncé dans la presse et visant à mieux coor­donner les ser­vices d’alerte civils et mili­taires ». Mais pour le vice-​​ministre de la Défense, Matan Vilnaï, « Turning point 3 » est tout à fait réa­liste. « Cet exercice se base sur la réalité, pas sur la fiction, a-​​t-​​il déclaré au début de la semaine. Nous ne voulons effrayer per­sonne, mais devons nous pré­parer à un événement inéluctable. »

De fait, dans la pers­pective de ces manœuvres, les troupes israé­liennes basées le long de la « ligne bleue » (la fron­tière avec le Liban) ont été placées en état de pré-​​alerte. Parce que le leader du Hez­bollah Hassan Nas­rallah a estimé dans un dis­cours télévisé que « Turning point 3 » ser­virait, selon lui, à « pré­parer une nou­velle agression contre le Liban ». Et parce que l’organisation chiite vient de déployer de nou­velles bat­teries de mis­siles de moyenne portée sus­cep­tibles de frapper le cœur de l’Etat hébreu, ce qui constitue pré­ci­sément le thème de « Turning point 3 ».

Les Israé­liens – dont 80% se déclarent favo­rables à une frappe sur l’Iran selon les der­niers son­dages – sont en tout cas per­suadés que les manœuvres de la semaine pro­chaine n’ont pas été déclen­chées par hasard. Et qu’elles servent à « chauffer » l’opinion en vue d’une période dif­ficile. Ils le sont d’autant plus que le gou­ver­nement vient d’annoncer la pro­chaine dis­tri­bution de masques à gaz à la popu­lation civile. Ceux-​​ci avaient été dis­tribués à l’occasion de la pre­mière guerre du Golfe (1991) et récu­pérés en 2006. Ils ont depuis lors été remis en état et dotés de filtres plus performants.