Israël s’inquiète pour le processus de paix !

Dominique Vidal, mercredi 27 janvier 2010

Il faut le lire pour le croire : Israël prétend s’inquiéter pour le pro­cessus de paix saboté par les Pales­ti­niens ! C’est en tout cas ce qu’écrit son ambas­sadeur en France, Daniel Shek, dans le quo­tidien "La Croix" du 25 janvier (voir ci-​​dessous).

Il y a un an, Israël déclen­chait une offensive meur­trière contre la bande de Gaza, qui a coûté la vie à 13 Israé­liens et… 1 400 Pales­ti­niens. Le rapport du juge God­stone, adopté par le Conseil des droits de l’homme et l’Assemblée générale des Nations unies parle à ce propos de "crimes de guerre, voire contre l’Humanité". Daniel Shek n’en dit pas un mot.

Tout comme il "oublie" que, depuis un an, son gou­ver­nement a :
- maintenu un blocus impla­cable contre la bande de Gaza, dont les habi­tants sont privés de tout, en vio­lation du droit inter­na­tional ;
- accentué la colo­ni­sation de la Cis­jor­danie, malgré le soi-​​disant "gel", en vio­lation du droit inter­na­tional ;
- mul­tiplié les des­truc­tions de maisons pales­ti­niennes et les construc­tions de maisons israé­liennes à Jéru­salem, en vio­lation du droit inter­na­tional ;
- pour­suivi ses "opé­ra­tions puni­tives" et ses "exé­cu­tions ciblées" en Cis­jor­danie, en vio­lation du droit international.

Que pèse, face à un tel bilan, l’acceptation, du bout des lèvres, du droit des Pales­ti­niens à un Etat croupion ? Que pèse, face à un tel bilan, l’annonce d’un pseudo-​​gel de 10 mois de la colo­ni­sation qui exclut de son champ Jérusalem-​​Est et tout ce qui a déjà été approuvé pour être construit pendant ces 10 mois. Pour ne rien dire de l’appel à des négo­cia­tions "sans condition" - c’est-à-dire, en réalité, hors du cadre formé par les réso­lu­tions des Nations unies…

Les men­songes de l’ambassadeur d’Israël en France ont, cependant, quelque chose de réjouissant : on peut y lire, en creux, une ten­tative d’échapper à l’isolement dans lequel se trouve son pays, et dont témoigne le succès croissant de la cam­pagne Boycott-​​Désinvestissement-​​Sanctions.

Raison de plus pour amplifier celle-​​ci.


Il faut sauver le processus de paix

Daniel Shek, ambassadeur d’Israël en France

Israël s’inquiète pour la paix. Les jours, les semaines que nous vivons actuel­lement sont d’une grande impor­tance pour notre région. Des signes inquié­tants s’amoncellent. La reprise des tirs de roquettes de Gaza sur les citoyens du sud d’Israël, des attentats spo­ra­diques en Cis­jor­danie sont autant de signaux d’alarme qu i doivent nous inquiéter. L’histoire de notre région nous en enseigne la raison : le vide de négo­cia­tions fait le plein de la violence.

Depuis la rupture uni­la­térale par l’Autorité pales­ti­nienne des négo­cia­tions de paix avec l’ancien premier ministre Ehoud Olmert et sa ministre des affaires étran­gères Tzipi Livni, l’État d’Israël est en droit de s’interroger sur la volonté réelle du pré­sident Mahmoud Abbas d’avancer vers la paix. Pourquoi les Pales­ti­niens refusent-​​ils aujourd’hui de reprendre les négo­cia­tions ? Pourquoi laissent-​​ils passer occasion après occasion ?

Avec l’entrée en fonction du nouveau gou­ver­nement Neta­nyahou, la com­mu­nauté inter­na­tionale attendait qu’Israël agisse dans trois domaines, afin de favo­riser la reprise du pro­cessus de paix.

Pre­mière attente : la volonté d’Israël de négocier sans délai ni préa­lable. Israël n’a plus rien à prouver. Notre premier ministre l’a pro­clamée dès son élection. Et plus encore le 23 décembre dernier, lors de la confé­rence annuelle des ambas­sa­deurs d’Israël dans le monde, devant tous les diplo­mates israé­liens de haut rang, il déclarait que « la reprise des négo­cia­tions est aujourd’hui l’objectif diplo­ma­tique numéro un d’Israël ».

Deuxième attente : Israël doit accepter le principe de deux États pour deux peuples. Benyamin Neta­nyahou l’a annoncé haut et fort, dès le mois de Juin 2009, lors de son dis­cours fon­dateur à l’université Bar-​​Ilan : deux États-​​nations, juif et pales­tinien, vivant côte à côte, en paix et en sécurité. Il a appelé de ses vœux la création d’un État pales­tinien démi­li­tarisé qui devra recon­naître la place d’Israël dans la région en tant qu’État juif. Une décision cou­ra­geuse una­ni­mement saluée dans le monde, y compris par la France.

Troi­sième attente : Israël et la com­mu­nauté inter­na­tionale doivent sou­tenir l’Autorité palestin ienne et agir pour amé­liorer la qualité de vie des Pales­ti­niens. Il n’est pas un jour, pas un dis­cours qui ne place Mahmoud Abbas au centre de l’avenir poli­tique de la région. Il n’est pas un projet pour construire et amé­liorer les moyens de gou­ver­nance de l’Autorité pales­ti­nienne qui ne soit soutenu par Israël, y compris dans le domaine de la sécurité. Aujourd’hui près de 70 % des postes de contrôle ont été sup-

primés et nous sommes témoins, en Cis­jor­danie, d’une crois­sance écono­mique de 7 % en 2009, selon un rapport du FMI, l’une des plus fortes crois­sances au monde. Israël y a lar­gement contribué aux côtés d’une com­mu­nauté inter­na­tionale for­tement mobilisée.

Alors que les Pales­ti­niens négo­ciaient jusqu’à présent sans pré­con­di­tions, le gel des implan­ta­tions qui jusqu’alors était un des sujets sur la table des négo­cia­tions est subi­tement devenu une condition à satis­faire avant toute reprise de celles-​​ci. Autrement dit un pré­texte pour ne pas négocier avec le gou­ver­nement en place.

Pourtant, même ceci n’a pas dis­suadé le gou­ver­nement qui a annoncé ce qu’aucun de ses pré­dé­ces­seurs n’avait jamais fait : un gel de la construction pour dix mois. De la part de la droite israé­lienne, il s’agit d’une décision dont il faut savoir apprécier l’importance historique.

Aujourd’hui, l’attitude des Pales­ti­niens s’inscrit dans un refus sys­té­ma­tique de toute ini­tiative de paix. Un constat inquiétant qui contraint les Amis de la paix à douter de la volonté réelle des Pales­ti­niens d’y par­venir. Pourquoi Mahmoud Abbas ne reprend-​​il pas les négo­cia­tions ? Ces démarches de la part d’Israël sont-​​elles insuf­fi­santes ? Pourquoi la com­mu­nauté inter­na­tionale ne fait-​​elle pas pression sur l’Autorité palestinienne ?

Le pré­sident Abbas a besoin du soutien des pays arabes, de l’Europe et des États-​​Unis pour affirmer son lea­dership. Mais l’avenir de la paix a aussi besoin d’u n lea­dership cou­rageux côté pales­tinien. Penser que la pression inter­na­tionale sur Israël rem­pla­cerait des négo­cia­tions hon­nêtes et res­pon­sables est un fan­tasme. Seuls des accords de paix négociés par les parties concernées ont perduré ; nul ne pourra imposer des solu­tions venant de l’extérieur.

L’État d’Israël est inquiet pour la paix car nous savons que le ter­ro­risme est la réponse à l’impasse de négo­cia­tions de paix. Le dia­logue est le seul remède à la vio­lence. Aujourd’hui, les État­sUnis, l’Égypte, la France agissent dans la région pour per­mettre la relance des pour­parlers. Mais pour l’instant, le dia­logue avec notre par­te­naire pales­tinien pour la paix est rompu. Nous avons tous des res­pon­sa­bi­lités à assumer. La com­mu­nauté inter­na­tionale l’a fait. Le monde arabe, lui, l’a-t-il fait ? Israël répondra présent à toute ini­tiative cré­dible de reprise du dia­logue. Les Pales­ti­niens serontils cette fois au rendez-​​vous ou poursuivront-​​ils le jeu dan­gereux de l’attentisme ? L’État d’Israël est inquiet pour la paix car nous savons que le ter­ro­risme est la réponse à l’impasse de négo­cia­tions de paix.

La Croix du 25 janvier 2010