Israël réduit les déplacements entre Gaza et la Cisjordanie

MIchel Bôle Richard, mercredi 17 septembre 2008

Les auto­rités israé­liennes ont, depuis le mois de novembre 2007, ren­forcé les mesures des­tinées à séparer tota­lement la bande de Gaza de la Cis­jor­danie en rendant de plus en plus dif­fi­ciles les dépla­ce­ments entre les deux territoires.

Cette poli­tique se traduit, selon deux orga­ni­sa­tions israé­liennes de défense des droits de l’homme, B’Tselem et Hamoked, par l’obligation, pour les rési­dents de Gaza, d’obtenir un permis pour se rendre ou vivre en Cis­jor­danie. Ceux qui sont enre­gistrés dans la bande de Gaza mais habitent en Cis­jor­danie sont, pour leur part, consi­dérés comme des "étrangers illégaux" même dans leur propre maison. Ils peuvent, de ce fait, être trans­férés à Gaza. Israël contrôle les registres d’état-civil des ter­ri­toires occupés et de la bande de Gaza et tout dépla­cement, regrou­pement familial, mariage ou visite est devenu un casse-​​tête. "Ces pra­tiques violent les prin­cipes inter­na­tionaux des droits de l’homme", s’inquiètent les deux orga­ni­sa­tions, qui demandent à la com­mu­nauté inter­na­tionale d’intervenir pour faire cesser ces agis­se­ments qui conduisent à créer "deux entités séparées", ce qui constitue une vio­lation des accords d’Oslo conclus en 1993.

Pour Sarit Michaeli, porte-​​parole de B’Tselem, il est impos­sible de savoir combien de per­sonnes sont affectées par ces mesures de res­triction à la liberté d’aller et venir, mais "cela peut être des cen­taines, voire des mil­liers". Les deux orga­ni­sa­tions huma­ni­taires expliquent que cette poli­tique a été décidée par l’administration chargée des ter­ri­toires et que c’est seulement une lettre du porte-​​parole qui a informé Hamoked de la création d’un permis valable pendant trois mois à condition d’avoir vécu pendant huit ans en Cis­jor­danie. Le requérant ne doit faire l’objet d’aucune sus­picion en matière de sécurité et le permis ne peut être accordé que pour des raisons huma­ni­taires, ce qui n’interdit cependant pas aux auto­rités mili­taires de le refuser sans avancer de motif. Les orga­ni­sa­tions de défense des droits de l’homme affirment qu’elles obtiennent les infor­ma­tions au compte-​​gouttes et dénoncent un "manque de transparence".

Des dizaines de cas

Depuis le début de l’Intifada, en sep­tembre 2000, il est impos­sible pour les Pales­ti­niens, note le rapport, de faire pro­céder à un chan­gement d’adresse. Ce qui dénie aux Pales­ti­niens le "droit de vivre où ils veulent". Même le mariage n’est pas une condition néces­saire et suf­fi­sante pour que les jeunes mariés puissent vivre ensemble. Cer­tains attendent depuis un an ou plus. Une fiancée qui voulait se rendre en Cis­jor­danie pour la céré­monie s’est vu réclamer la somme de 20 000 shekels (4 000 euros) comme garantie de son retour dans la bande de Gaza. Mais si un habitant de Ramallah veut rejoindre son épouse à Gaza, il ne peut le faire qu’à condition de renoncer à toute pos­si­bilité de retour. Au bout du compte, note le rapport, "toute per­sonne résidant dans la bande de Gaza n’a plus la pos­si­bilité d’en sortir et a perdu son droit de se rendre ou de s’installer en Cisjordanie".

B’Tselem et Hamoked ont fourni plu­sieurs témoi­gnages à l’appui de leurs affir­ma­tions. Des dizaines de cas ont été soumis aux tri­bunaux. Mais "depuis le mois d’avril 2007, la Haute Cour de justice applique la poli­tique des auto­rités israé­liennes de dénier aux Pales­ti­niens le droit de vivre où ils le sou­haitent, appuyant ainsi les déci­sions de l’armée", constatent-​​elles. Dans un arrêt rendu le 24 juillet, les magis­trats indiquent que "les Pales­ti­niens n’ont pas de droit acquis d’entrer en Israël pour quelque motif que ce soit, y compris pour tran­siter par la Cisjordanie".