Israël prêt à rejoindre le club des nations les plus riches

Jonathan Cook, lundi 15 mars 2010

Israël a entamé une longue démarche pour être admis au sein de l’OCDE [1]

Un club exclusif des pays les plus déve­loppés du monde est disposé à admettre Israël comme membre bien qu’un document interne confi­dentiel indique, qu’ainsi sera approuvée l’occupation illégale par Israël des ter­ri­toires pales­ti­niens et syriens. Israël a été informé que son accession à l’Organisation de coopé­ration et de déve­lop­pement écono­miques (OCDE) est quasi assurée quand les 30 Etats membres se réuniront en Mai. Mais un projet de rapport de l’OCDE reconnait qu’Israël n’a pas rempli une des condi­tions prin­ci­pales de l’organisation sur la four­niture de données pré­cises et trans­pa­rentes sur son activité économique.

L’information fournie par Israël, note le rapport, inclut non seulement l’activité écono­mique de ses citoyens à l’intérieur de ses fron­tières reconnues mais également celle des colons juifs qui vivent dans les ter­ri­toires occupés de Jéru­salem est, de la Cis­jor­danie et du Golan en vio­lation du droit inter­na­tional. L’accession d’Israël à l’OCDE dans de telles condi­tions menace d’embarrasser sévè­rement plu­sieurs des Etats membres de l’organisation, par­ti­cu­liè­rement ceux qui sont membres de l’Union euro­péenne et qui ont publi­quement déclaré ne pas vouloir se rendre com­plices de l’occupation.

Le rapport de l’OCDE propose que ces dif­fi­cultés légales soient évitées en demandant à Israël de pro­duire de nou­velles sta­tis­tiques dans l’année suivant son accession en excluant la popu­lation des colons – bien que , comme un fonc­tion­naire d’OCDE l’a admis, Israël ait la capacité ,après être devenu membre, d’opposer son veto à une telle demande. « L’OCDE semble être ainsi déter­minée à admettre Israël et elle se prépare à dis­si­muler les crimes de l’occupation » a dit Shir Hever, un écono­miste basé à Jéru­salem. Israël a fait du lob­bying pendant presque 20 années pour entrer à l’OCDE, orga­ni­sation fondée en 1961 pour que les démo­craties indus­tria­lisées riches se ren­contrent et coor­donnent leurs poli­tiques écono­miques et sociales. Elle (l’OCDE) inclut les Etats-​​Unis et la majeure partie de l’Europe. « Les avan­tages finan­ciers sont rela­ti­vement modestes, mais c’est un grand prestige d’y être admis » a dit M. Hever. Le « Israël a tra­vaillé très dur pour obtenir son admission parce qu’il croit que l’accession conférera la légi­timité inter­na­tionale à l’occupation. »

Plu­sieurs pays avec un niveau de déve­lop­pement plus bas qu’Israël ont été déjà acceptés, y compris la Turquie, le Mexique et la Répu­blique Tchèque. Les pré­cé­dents rejets d’Israël pense-​​t-​​on géné­ra­lement, étaient lar­gement dus au fait que beaucoup d’états étaient mal à l’aise pour admettre Israël alors qu’il occupait les ter­ri­toires pales­ti­niens de Jéru­salem est, Gaza et la Cis­jor­danie et les Hau­teurs du Golan appar­tenant à la Syrie. Cependant, Israël a été en 2007 for­mel­lement invité à ouvrir des négo­cia­tions pour l’adhésion après une action intense de Stanley Fischer, le gou­verneur de la banque de l’Israël. On s’attend à ce que l’adhésion apporte la sta­bilité finan­cière à l’économie de l’Israël, attire l’investissement et réduise la prime du risque de pays.

Le secré­taire général de l’OCDE, Angel Gurria, est venu en visite en janvier, et après un examen de l’économie d’Israël, il a laissé entendre que l’admission cette année était cer­taine. Cependant, un projet de rapport coulé par le comité de l’OCDE sur les sta­tis­tiques, établi le mois dernier après leur examen, montre qu’il ya des pro­blèmes majeurs dans les données pré­sentées par l’Israël. Selon ses règles, l’OCDE prend en compte l’activité écono­mique en dehors des fron­tières reconnues d’un état can­didat dans des cas très limités, comme celui des trans­ferts de fonds des tra­vailleurs migrants. Mais étant donné que ce statut ne s’applique pas aux colons illégaux vivant dans les ter­ri­toires occupés, le comité de l’OCDE dit que soit les colons sont exclus des données soit toutes les per­sonnes vivant dans les ter­ri­toires - y compris les Pales­ti­niens – sont incluses.

« Israël a été rejeté parce qu’il a tou­jours refusé, même dans ses propres données internes, de dif­fé­rencier Israël et les ter­ri­toires occupés » a dit M. Hever. Jéru­salem est et le Golan ont été annexés par Israël en vio­lation du droit international.

« L’OCDE traite Israël comme s’il avait sept mil­lions de citoyens quand, en réalité, il en a 11 mil­lions de sujets, dont quatre mil­lions sont des Pales­ti­niens vivant sous occu­pation » a dit M. Hever. « S’ils étaient inclus dans les données sou­mises à l’OCDE, l’admission d’Israël devrait être refusée en raison des énormes dis­pa­rités dans la richesse. »

Meron Ben­ve­nisti, un ancien adjoint au maire de Jéru­salem, a remarqué récemment qu’il y avait un rapport de 20 contre 1 entre le produit inté­rieur brut par habitant d’un israélien et celui d’un pales­tinien de Gaza. Mais plutôt que de conclure qu’Israël n’est pas parvenu à satis­faire aux cri­tères d’entrée dans l’organisation, le comité propose un contour­nement : Israël peut être accepté dans l’organisation et dis­poser d’une année pour sou­mettre de nou­velles données en excluant les colons.

Tim Davis, un fonc­tion­naire d’OCDE au comité de sta­tis­tiques à Paris, a dit qu’il ne pourrait pas pré­senter ses obser­va­tions sur le rapport parce que son contenu était confi­dentiel mais a convenu que rien ne pourrait empêcher Israël de ne pas tenir cet enga­gement dans le futur. « Dans un cas sem­blable, on ne peut pra­ti­quement rien faire. Nous tra­vaillons sur la base de la coopé­ration, pas de la pression. »

On rap­porte que Israël a échoué sur d’autres cri­tères d’entrée, y compris sur la cor­ruption et sur les vio­la­tions de copyright.

L’OCDE a exigé des Etats membres qu’ils s’attaquent à la cor­ruption depuis qu’elle a approuvé une convention contre la cor­ruption en 1997. Israël, cependant, a été rangé l’année der­nière au trente-​​deuxième rang dans un clas­sement important sur la cor­ruption, concernant en grande partie les 6 mil­liards de dollars de chiffre d’affaires de l’industrie d’armement du pays.

Les sociétés d’armement d’Europe et des USA ont menacé de faire capoter la demande d’adhésion d’Israël à l’OCDE s’il ne met pas de l’ordre dans ses pra­tiques. Israël est censé également violer des droits de pro­priété intel­lec­tuels, encore en l’infraction avec les règles d’OCDE. Les USA et les sociétés suisses ont accusé Israël de ne pas res­pecter les règles de com­mer­cia­li­sation au plan inter­na­tional des médi­ca­ments pro­duits par sa plus grande com­pagnie phar­ma­ceu­tiques, Teva.

La can­di­dature d’Israël à l’OCDE est refusée par les chefs de sa minorité arabe, un cin­quième de la popu­lation. Le mois dernier le Haut Comité de suivi, prin­cipal repré­sentant de cette minorité, a demandé à l’OCDE de rejeter Israël. Il a précisé que la moitié des citoyens arabes d’Israël vivent au-​​dessous du seuil de pau­vreté, un taux trois fois plus élevé que parmi les juifs israé­liens, et qu’en moyenne les citoyens arabes moyens gagnent des salaires qui sont infé­rieurs d’un tiers à ceux des juifs. Mohamed Zeidan, chef du comité, a imputé les dis­pa­rités dans la richesse à ce qu’il a appelé « les poli­tiques racistes et dis­cri­mi­na­toires » d’Israël.

Un autre rapport de l’OCDE, publié en janvier, a montré que, même sur la base des chiffres d’Israël excluant les Pales­ti­niens, si on l’acceptait, Israël aurait tou­jours les écarts sociaux les plus impor­tants de tous les Etats membres de l’organisation.

Nazareth, le 8 mars 2010

[1] L’OCDE compte trente pays membres : Alle­magne, Aus­tralie, Autriche, Bel­gique, Canada, Corée, Danemark, Espagne, Etats-​​​​Unis, Fin­lande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxem­bourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-​​​​Zélande, Pays-​​​​Bas, Pologne, Por­tugal, Répu­blique slo­vaque, Répu­blique tchèque, Royaume-​​​​Uni, Suède, Suisse, Turquie.

Vingt de ces pays sont devenus membres le 14 décembre 1960, lors de la signature de la Convention relative à l’Organisation. Les autres ont adhéré à l’OCDE au fil des ans.

Dans un pro­tocole addi­tionnel à la Convention de l’OCDE, les pays signa­taires déci­daient que la Com­mu­nauté euro­péenne, à travers la Com­mission euro­péenne, « par­ti­cipait aux travaux de l’OCDE ». Cette par­ti­ci­pation va bien au-​​​​delà de l’octroi d’un simple statut d’observateur et lui accorde en fait un statut de quasi-​​​​membre.