Israël • Quel sera le changement promis par Obama ?

Amir Mizroch et Herb Keinon, dimanche 9 novembre 2008

Tel-​​Aviv sait qu’il peut compter sur Obama. Mais il faudra attendre le résultat des légis­la­tives israé­liennes pour avoir des réponses pré­cises quant aux rela­tions entre les deux pays, estime le Jeru­salem Post.

C’était le grand slogan de la cam­pagne de Barack Obama, un slogan qui ne disait rien mais voulait tout dire : "Yes, we can". Aujourd’hui que l’élection est passée et que la longue et dif­ficile cam­pagne a pris fin, des mil­lions de per­sonnes, aux Etats-​​Unis et partout dans le monde, se demandent : "Pouvons-​​nous vraiment ?" ou, plus pré­ci­sément, "Peut-​​il ?". Peut-​​il vraiment, comme il l’a promis, changer le système, remettre le monde sur pied et trans­former la façon d’agir à Washington ? Israël est l’un des endroits dans le monde où cette question se pose avec un intérêt et une inquiétude par­ti­cu­liers, pour la simple raison que notre des­tinée et celle des Etats-​​Unis sont très étroi­tement liées. Ici, res­pon­sables gou­ver­ne­mentaux et Israé­liens lambda se posent tous, chacun à sa façon, la même question : pouvons-​​nous compter sur Obama ? En d’autres termes et en premier lieu, pouvons-​​nous compter sur les Etats-​​Unis pour main­tenir le même niveau de soutien et d’aide ?

Oui, nous le pouvons [Yes, we can]. Même si, selon le pire et le plus inima­gi­nable des scé­narios, Obama voulait modifier pro­fon­dément les rap­ports israélo-​​américains, il n’est guère pro­bable qu’il y par­vienne. Pour Eran Lerman, directeur de l’antenne Israël et Moyen-​​Orient de l’American Jewish Com­mittee, ce qu’Obama sou­haite vraiment, c’est modifier en pro­fondeur les Etats-​​Unis, réformer le pays. Pour ce faire, il va avoir besoin de chercher des sou­tiens au Congrès et de bâtir des coa­li­tions. Or la consti­tution de coa­li­tions à Washington est béné­fique pour Israël, car Tel-​​Aviv compte à Capitol Hill de nom­breux amis qui ont de la suite dans les idées.

Pouvons-​​nous compter sur le gou­ver­nement Obama pour faire front avec nous en ces temps dif­fi­ciles ? Oui, nous le pouvons. A moins, bien sûr, que nous élisions un gou­ver­nement d’extrême droite qui, sans la moindre pro­vo­cation, déclenche une guerre contre tout le monde arabe. Pouvons-​​nous sur­voler l’espace aérien irakien pour aller frapper les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes ? Non, nous ne le pouvons pas. Pouvons-​​nous demander aux Etats-​​Unis de regarder ailleurs pendant que nos avions rejoignent l’Iran par un autre chemin ? Non, nous ne le pouvons pas. Pouvons-​​nous attendre des Etats-​​Unis qu’ils fassent le boulot pour nous en Iran ? Non, nous ne le pouvons pas.

Pouvons-​​nous compter sur les sys­tèmes d’alerte avancée amé­ri­cains pour nous pré­venir en cas de lan­cement de mis­siles ira­niens ? Oui, nous le pouvons. D’ailleurs, ils existent déjà. Mais nous pouvons aussi faire confiance aux 120 mili­taires amé­ri­cains qui font fonc­tionner ces sys­tèmes pour garder l’œil sur notre propre aviation afin d’éviter toute surprise.

Pouvons-​​nous nous attendre à ce que les Etats-​​Unis négo­cient avec l’Iran sans condi­tions préa­lables ? Oui, nous pouvons, et cela ne va pas nous plaire. D’ailleurs, les pre­mières mani­fes­ta­tions publiques de mécon­ten­tement à ce sujet sont apparues. Ce jeudi 6 novembre, la ministre des Affaires étran­gères Tzipi Livni a clai­rement fait com­prendre qu’Israël était opposé pour l’heure à l’instauration de ce dia­logue direct. Elle a déclaré sur Israel Radio que la dis­po­sition affichée d’Obama à entamer le dia­logue avec l’Iran était poten­tiel­lement nui­sible aux efforts faits pour convaincre Téhéran de revenir sur son pro­gramme nucléaire. Pouvons-​​nous compter sur les Etats-​​Unis pour qu’ils pour­suivent leurs efforts afin d’imposer des sanc­tions à l’Iran ? Oui, nous le pouvons : cer­tains assurent même que la menace de sanc­tions sera bien plus efficace si c’est Obama lui-​​même (et non Bush) qui la brandit.

Pouvons-​​nous espérer la même tolé­rance si Israël continue à traîner les pieds dans le déman­tè­lement de colonies afin d’éviter la confron­tation avec les colons d’extrême droite ? Non, nous ne le pouvons pas. Il est peu pro­bable que le nouveau gou­ver­nement amé­ricain se montre aussi patient et modéré face à l’incapacité d’Israël à res­pecter les pro­messes qu’elle a faites aux Américains.

Pouvons-​​nous nous attendre à ce qu’Obama s’engage dès le début de son mandat sur la question du pro­cessus de paix israélo-​​palestinien ? Oui… et non. Le nouveau pré­sident amé­ricain mettra en place une équipe chargée du Moyen-​​Orient vrai­sem­bla­blement assez vite, mais il est peu pro­bable qu’il ait beaucoup à faire avant la fin du prin­temps ou le début de l’été, essen­tiel­lement parce qu’il devra attendre de connaître l’issue des élec­tions israéliennes.