Israël menace de tout casser !

R. I. Agences, mardi 17 novembre 2009

Des diri­geants israé­liens ont menacé les Pales­ti­niens de rétorsion s’ils pro­clament un Etat indé­pendant sans accord avec Israël, tout en doutant de leur déter­mi­nation à mettre un tel projet à exécution

Le Premier ministre Benyamin Neta­nyahu a mis en garde dimanche soir la direction pales­ti­nienne contre toute « action uni­la­térale » mais sans pré­ciser quelles mesures Israël pourrait prendre. L’avertissement de Neta­nyahu répond à la décision des Pales­ti­niens de demander à l’ONU de recon­naître leur indé­pen­dance. Les Pales­ti­niens ont l’intention de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU afin d’obtenir son soutien en faveur de la création d’un Etat pales­tinien indé­pendant dans les fron­tières de juin 1967 (soit avant l’occupation israélienne).

L’Autorité pales­ti­nienne a sol­licité, hier, l’appui de l’Union euro­péenne (UE) à son projet. « Toute action uni­la­térale défera la trame des accords passés et entraînera des actions uni­la­té­rales d’Israël », a tou­tefois averti Neta­nyahu, qui a appelé à nouveau l’Autorité pales­ti­nienne à reprendre la négo­ciation, stoppée depuis plus d’un an, « sans condition préalable ».

Plus expli­cites, des ministres de son parti, le Likoud (droite), ont énuméré toute une série de mesures de rétorsion qu’Israël pourrait prendre, y compris l’annexion uni­la­térale de blocs de colonies en Cis­jor­danie, ce qui revien­drait à annuler les accords de paix d’Oslo de 1993. Le ministre de l’Environnement, Gilad Erdan, a accusé les diri­geants pales­ti­niens de « jouer avec le feu » sur la question d’un Etat indé­pendant. Mais il a estimé qu’il pourrait s’agir d’une « tempête dans un verre d’eau » et d’« une manœuvre interne des­tinée à rehausser l’image de Mahmoud Abbas », le pré­sident affaibli de l’Autorité pales­ti­nienne. « Les Pales­ti­niens auraient eux-​​mêmes beaucoup à perdre en cas de pro­cla­mation uni­la­térale d’indépendance », a ajouté ce proche de Neta­nyahu, évoquant la pos­si­bilité qu’Israël « stoppe les trans­ferts d’argent » dus à l’Autorité pales­ti­nienne en vertu des accords signés sur les tarifs doua­niers. Israël, qui occupe la Cis­jor­danie, pourrait également, selon lui, rétablir un certain nombre de bar­rages rou­tiers retirés der­niè­rement et – plus sérieux – « pro­céder à une annexion for­melle d’une partie des implan­ta­tions » juives en Cisjordanie.

Le quitte ou double

Le ministre tra­vailliste du Com­merce et de l’Industrie, Benyamin Ben Eliezer, a reconnu que l’initiative pales­ti­nienne « tra­duisait la frus­tration d’une popu­lation qui ne voit pas d’issue à une occu­pation qui dure depuis près de 43 ans ». S’inquiétant d’un « iso­lement croissant d’Israël sur la scène inter­na­tionale », le ministre tra­vailliste a exhorté le gou­ver­nement « à faire tous ses efforts pour relancer au plus vite les négo­cia­tions », y compris en annonçant un gel total mais tem­po­raire de la colonisation.

Du côté pales­tinien, le porte-​​parole de M. Abbas, Nabil Abou Rou­deina, a accusé Israël de « chercher des pré­textes et des excuses pour s’opposer à l’établissement d’un Etat pales­tinien ». « La réponse du Premier ministre est un aveu que l’actuel gou­ver­nement israélien ne veut pas la paix », a com­menté M. Rou­deina. La reprise des pour­parlers achoppe sur le conten­tieux des colonies, les Pales­ti­niens réclamant d’abord un arrêt total des implan­ta­tions en Cis­jor­danie occupée (dont Jérusalem-​​Est), alors que le gou­ver­nement Neta­nyahu offre seulement un gel partiel de la construction. Les Pales­ti­niens, qui ont sus­pendu les négo­cia­tions il y a près d’un an après des années de trac­ta­tions infruc­tueuses, accusent les Israé­liens d’être les pre­miers à mener « une action uni­la­térale » en créant des faits accomplis de colo­ni­sation, 500 000 Israé­liens s’étant désormais ins­tallés en Cis­jor­danie (dont 200 000 à Jérusalem-​​Est).